‹ Grammaire des langues romanesChapitre 69 sur 141 · TEMPS. IMPARFAIT. PARFAIT · texte numérisé non relu

TEMPS. IMPARFAIT. PARFAIT

charte bien plus ancienne : ubi nunc dilectus episcopus praesulatum tenebat (pour tenet) Esp. sagr, XIV, 412 (ann. 975). Un exemple portugais est : os dias vivo chorandOy as noites mal as dormia R. Egl. 4. Les poètes artistiques ne semblent pas connaître cet usage singulier ; cependant Camoëns a dit armas que trazia 1, 64, d'après son commentateur Faria e Sousa, pour le présent trago, « inclinandose à la vulgaridad », et cette expression est également regardée par Ferreira comme un « modo vulgar » . L'existence de ce solécisme en portugais est donc attestée.

3. he par fait, l'expression du passé entièrement accompli, a à sa disposition, dans les nouvelles langues, deux formes, l'une simple, l'autre périphrastique. Le premier parfait ou parfait simple, it. indeterminato , fr. défini {amai, j'aimai, pass. fui amato, je fus aimé), désigne un passé absolument séparé du présent et sert surtout au style historique*. L'allemand lui donne pour correspondant le simple prétérit. Le second parfait ou parfait périphrastique, it. determinato, fr. indéfini {ho amato, fai aimé, pass. sono stato amato, j'ai été aimé), désigne au contraire, comme le temps correspondant en allemand, un passé plus rapproché, ou du moins qui se trouve en rapport avec le présent de celui qui parle, en sorte que sa signification est en parfait accord avec ses éléments. On dit ainsi en italien : l'anno passato trovai il mio amico a Napoli, mais l'ho trovato oggi ; Cesare arriva a Roma, mais mio fratello é arrivato ; ho inteso una nuova che mi sorprende ; in questo secolo sono state moite guerre. Les autres langues procèdent exactement de la même manière : esp. mpadre me ensenô d hablar latino; Cervantes naciô en Alcald y muriô en Madrid; siempre te he tenido por discreto ; he callado un ano, ahora no puedo mas ; fr. Alexandre attaqua Darius et le vainquit deux fois ; il a fait grand chaud cette semaine. Ainsi donc le latin vidi regem est, au point de vue de l'idée de temps, plus exactement déterminé dans les langues modernes, puisqu'il est rendu par io vidi il re, yo vi al rey, je vis le roi, ou par ho veduto il re, he visto al rey, fai vu le roi. La grammaire a strictement déterminé l'emploi des deux formes :

1. Les grammairiens français le nomment défini, parce que, d'après eux, il désigne un moment déterminé {j'écrivis hier). C'est là une expression mal choisie et qui ne convient pas à son emploi le plus important, comme temps historique. L'italien dit à l'inverse indetermi- Tiato, et le grec désigne un temps tout semblable par le mot àopKrxo;.

le premier parfait ne doit être employé qu'en parlant d'événements qui ont au moins un jour de date, s'ils sont plus récents, c'est le second qui doit être appliqué : fr. il partit hier ; il est parti aujourd'hui. Cependant ce dernier temps pourrait s'appliquer aussi à des événements d'une date plus reculée qu'on veut rapprocher du présent, moins pour les faire connaître que pour les apprécier, par ex. ital. egli è stato in lialia ; Y}%io padre è partito jeri ; fr. Carthage a été détruite par les Roynains ^ — Les temps du passé se comparent mieux avec les temps du grec qu'avec ceux du latin. L'imparfait correspond à l'imparfait grec, le premier parfait à l'aoriste et le second parfait au parfait grec.

4. Au lieu du premier parfait le style populaire ou de la poésie épique primitive emploie souvent aussi, outre le présent, l'imparfait ou le second parfait, de sorte que toutes ces formes s'appliquent indifféremment à la même idée de temps. Dans certains cas la rime ou la structure du vers peuvent bien avoir amené cet échange : abaxan las lanzas apuestas de los pendones, enclinaron las caras desuso de los arzones, ybanlos ferir de fuertes corazones PC. 724. Prov. Vus fai lo jueç dels bavastelz, l'autre jugava de coutelz Flam. 603 ; a chival l'en fan traire e puis si fon pendutz G A. 2455. Le traducteur français a donc rectifié le second passage de la façon suivante : ils le firent tirer par des chevaux et puis le PENDIRENT. Y.franç. il garde avant, vit un espié forhi, il s'ahaisait, maintenant l' ait saisi GVian. 819. L'usage de faire suivre le présent ou le premier parfait du second parfait, généralement accompagné de si, a presque pris dans ce poème (et aussi dans d'autres) la valeur d'une formule : Vespée trait, soure II est aleiz 773 ; comp. 546. 555. 663. 870. 945. 1016. 1095 etc.; prov. près lo entre sos bratz, si l'a baizat GRoss. 8101. Mais même des poètes épiques artistiques ne craignent pas cette confusion, Camoens moins que tout autre, ainsi il dit : blasphéma e maldizia 1, 90, tocava e pagdrâo 3, 83.

5. Au plus-que-parfait correspondent deux sortes de formes. 1) Deux formes périphrastiques, la première formée avec l'im-

1. C'est encore la grammaire française qui procède ici avec le plus de rigueur. Voltaire blâme cette phrase de Corneille : nous partîmes cinq cent {Cid, k, 3), parce que l'événement dont il est question a eu lieu le miême jour, mais il ajoute : « plût à Dieu que cette licence fût permise au poète I ». H. Estienne connaît déjà la règle quelque peu pédante qui a été donnée plus haut, voy. Hypomneses (1582) p. 191.

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