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Grammaire des langues romanes;

§ I. La première partie de la grammaire a été consacrée à l'étude des sons en eux-mêmes, la deuxième à celle des mots considérés dans les éléments formels qui les constituent; la troisième aura pour objet d'exposer les combinaisons des mots entre eux. Elle aura donc à montrer quels sont les mots susceptibles d'être ainsi combinés, comment s'opère leur groupement (par des procédés flexionnels ou par des mots spéciaux?), quelle est leur place respective et leur accentuation. Il n'y a pas de délimitation bien tranchée entre la matière de cette partie et celle des deux précédentes. Déjà il a fallu s'occuper des combinaisons des mots entre eux (I, § 611-634), vu que le changement phonétique d'un mot en liaison est autre en bien des cas que lorsqu'il est isolé; il existe encore plus de rapports intimes entre maint chapitre de la deuxième partie et ce qui doit être discuté dans la troisième : c'est ainsi, p. ex., qu'on peut considérer le franc, chanterai comme une forme flexionnelle, alors que l'histoire de la langue enseigne que chanterai a été à l'origine la combinaison d'un verbe avec un infinitif, c.-à-d. un groupe de mots. Puis il a été exposé (II, § 542) qu'entre les mots composés et les mots combinés ou, pour employer une dénomination plus exacte, les groupes de mots il se produit un déplacement continuel au profit des premiers, de sorte qu'en un certain sens les phénomènes qui vont maintenant être examinés, constituent l'introduction à l'étude de ceux qui ont été discutés plus haut. Mais en même temps ils sont aussi infiniment plus variés, et bien des faits qui précédemment étaient rares et exceptionnels, apparaissent ici avec fréquence et régularité.

Meter-Lûbkb, Grammaire III. I

(2) § 2. Il y a encore une autre partie de l'étude grammaticale à laquelle la syntaxe touche de si près qu'il n'est pas facile de tracer entre elles une séparation : il s'agit de la lexicologie, du contenu du dictionnaire. Toutes deux, syntaxe et lexique, s'occupent p. ex. des prépositions, des adverbes, des conjonctions, mais c'est d'un point de vue différent qu'elles les envisagent. Le dictionnaire énumère les diverses significations du mot en lui-même en se fondant sur des considérations d'ordre historique ou logique ou psychologique; la syntaxe au contraire part des mots combinés entre eux : elle devra donc examiner à trois places absolument distinctes les expressions la mare au diable^ fidèle à ses principes, parler à (quelqu'un, à savoir la première au chapitre consacré aux groupements formés de deux substantifs (§ 239), la deuxième à celui qui traite de l'association du substantif et de l'adjectif (§ 254), la troisième dans l'exposé des compléments que régissent les verbes (§ 350). C'est ainsi que l'ital. piti uomini (plusieurs hommes) rentrera dans une autre catégorie de faits que più bello, etc. (§ 133 et 138). Mais, si la syntaxe sépare l'une de l'autre des choses que le lexique réunit, l'inverse arrive aussi : c'est ainsi qu'en franc., syntaxiquement, la fille de Pierre et la fille à Pierre sont étroitement apparentés, tandis qu'au point de vue lexicographique ils sont complètement distincts, même si l'on classe les mots autrement que dans l'ordre alphabétique habituel. Ceci doit montrer à l'évidence en quoi consiste la différence entre la grammaire ou plus exactement la syntaxe et le dictionnaire : l'une et l'autre traitent la même matière, mais le dictionnaire s'occupe avant tout du mot et de sa signification, considère le mot comme une chose isolée, dont il expose les divers modes d'emploi en tenant compte des significations qu'il peut adopter; la syntaxe au contraire a pour point de départ le groupe de mots, dont elle étudie la structure : elle distinguera donc dans les catégories de mots entre les vocables susceptibles de former un groupement et les simples éléments copulatifs, mais elle ne pourra pas détacher ces derniers pour les traiter isolément.

§ 3 . Mais l'exposé de ces rapports formels ne sera pas le seul objet du troisième volume; il en aura encore un autre, non

moins important, auquel il a déjà été fait allusion I, p. 3, à savoir l'étude de la signification des désinences flexionnelles exa- (3) minées dans le deuxième volume et des groupes de mots qui seront étudiés dans celui-ci. Et ici, en ce qui concerne ces derniers, il n'est pas possible d'établir une distinction rigoureuse entre l'examen de leur forme et celui de leur sens : il est même nécessaire de les réunir, et cela pour les motifs suivants. Du point de vue formel, on ne voit aucune différence en ital. entre casa (maison) et canta (il chante) : ce sont l'un et l'autre des mots simples, avec lesquels en tous cas l'étude des groupes de mots n'a rien à voir. Mais, sous le rapport de la signification, ils sont entièrement différents : casa est un mot; dans le discours parlé il ne se rencontre pas ainsi seul ou du moins c'est rare; c'est plutôt l'indication d'une idée détachée de la contexture du discours par quelqu'un qui réfléchit sur la langue ou qui n'en possède pas encore le maniement. Au contraire canta est une expression complète en soi, que peut employer celui même qui parle parfaitement la langue, sans y ajouter quoi que ce soit; c'est, pour le désigner par une expression empruntée à la logique, une proposition. Or, comme bien des groupes de mots, peut-être même la plupart et en tous cas les plus importants d'entre eux, sont des propositions, on a même nommé la syntaxe tout simplement étude de la proposition, désignation contre laquelle on ne pourrait rien objecter si elle n'excluait l'examen de toute une série de groupes, comme p. ex. ceux qui ont déjà été cités : la mare au diable, la fille de Pierre, fidèle à ses principes, etc. Toutefois on peut en apparence remédier à cet inconvénient en distinguant entre « groupes de mots » et « propositions », c.-à-d. en comprenant parmi ceux-là les groupes qui, comme ceux qui viennent d'être cités, ne forment pas proposition, et parmi celles-ci des expressions comme le franc, l'oiseau chante, la vie est belle, il aime sa patrie et autres semblables. Mais alors, que deviennent les propositions ayant la forme de l'ital. canta, pour n'en pas citer d'autres tout aussi simples ? C'est ainsi qu'on tombe dans une nouvelle contradiction; mais aussi n'en peut-il absolument pas être autrement, car le groupe de mots est une chose exclusivement formelle, et la proposition une chose exclusivement abstraite. Cependant,

au point de vue pratique, il est très utile de pouvoir diviser cette matière si vaste et si variée en deux ou mieux encore en trois parties : 1° le groupe de mots, 2° la proposition, 3° le groupe de propositions, et il serait difficile de trouver une division quelconque plus simple. Aussi peut-on bien risquer ce (4) léger accroc à la stricte logique, c.-à-d. après avoir étudié le groupe de mots, discuter en premier lieu dans la proposition, non pas, comme la logique l'exigerait, des formations qui, comparées au groupe de mots, seraient à peu près aussi étendues que le groupe de mots par rapport au mot, mais s'occuper d'abord de formations beaucoup plus simples que n'importe quel groupe de mots.

Sur ce qui appartient à la syntaxe et ce qui doit en être exclu, il y a pour certains points une grande diversité de vues, et même on peut concevoir de façon très différente le mode d'exposition et la distribution intrinsèque de la matière. Cp. sur cette question G. Grôber dans son Grundriss I, 212 sqq., et J. Ries : Was isl Syntax} Marbourg 1894, où notamment la distinction entre forme et signification est examinée avec beaucoup de pénétration.

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