Constructions avec l'Infinitif
§ 318. Dans la combinaison d'un verbe avec un infinitif, celui-ci remplit d'ordinaire à l'origine le rôle de régime : aussi cette particularité soulève-t-elle en toute première ligne la question de savoir quelle est la limite entre les cas où l'on doit considérer la locution comme un verbe personnel composé de deux éléments et ceux où l'on doit y voir un verbe personnel simple avec un verbe comme régime direct. Il est impossible de répondre avec précision à cette question, rien que déjà pour le motif que cette limite n'a aucun caractère de fixité. Certes, il ne peut y avoir un instant de doute sur la façon d'interpréter Tital. canterd, franc, chanterai et même l'esp. ver-lo-he, uniquement déjà pour la raison que la place des mots y est contraire à celle qu'occupent d'ordinaire par rapport l'un à l'autre le verbe et son régime; mais en revanche il est jrès difficile d'assigner une place certaine au franc. // veut chanter, car pourja forme il ne se distingue d'abord en aucune façon de il désire^chanter, et pourtant on ne prétendra pas ranger ici cette dernière locution. Avec plus de raison l'on peut établir pour le franc. // peut, il ose, a. -franc, sieut chanter une catégorie à part : en effet, ces verbes ont ceci de commun que non seulement ils ne peuvent pas s'adjoindre comme régime un nom de chose, mais qu'ils exigent toujours un verbe ou bien que, dans les cas où ils sont employés absolument, l'idée d'un verbe est sous-entendue : // peut, il ose n'est possible que s'il a déjà été question d'un fait qui est ajouté mentalement à l'idée exprimée par « pouvoir.
350 CHAPITRE III : LA PROPOSITION § jlS. 319.
oser ». Il s'agit donc ici de verbes qui n'ont pas d'existence indépendante, mais qui servent uniquement à rendre la manière dont s'accomplit l'action marquée par d'autres verbes. (337) Or il va de soi que, par suite de déplacements de sens, des verbes originairement attributifs peuvent descendre au rang d'auxiliaires du mode, ce qui détermine une impossibilité de tracer entre eux une délimitation précise. C'est ainsi p. ex. que le verbe « vouloir » appartient aux deux catégories : dans je veux la paix il est verbe attributif, tandis que dans ;> veux venir et plus manifestement encore dans le roum. veni voiû (§ 322) il est auxiliaire du mode. A velle, posse, debere, solere on peut encore adjoindre ausare; en effet, dans des patois du moins, il a pris une forme analogue à celle des premiers (II, p. 166); mais en revanche il fout en séparer les verbes qui signifient « devoir », puis ^/^mzn (daigner) et indistinctement tous les verbes de désir proprement dits. Mais on doit peut-être encore, outre habere, prendre en considération ire et facere. A tous ces verbes l'infinitif se juxtapose simplement, tandis qu'aux autres, et parfois aussi parmi eux habere et debere, il s'unit au moyen de prépositions, de sorte donc qu'on peut ici distinguer comme plus haut entre juxtaposition et copulation. Pour ce dernier cas, les mêmes questions se représentent naturellement : jusqu'à quel point le verbe personnel conserve-t-il sa valeur attributive, et ici aussi la délimitation est dans une certaine mesure arbitraire.
a. Juxtaposition
§319. On peut accorder la première place à cantare habeo. Déjà au t. II, § 112 nous avons exposé que cette combinaison fut appelée à prendre la place du futur latin sur une grande étendue du domaine linguistique roman, et de fait les débuts de ce phénomène apparaissent déjà au IV siècle. Parmi les différentes formes de habere, celles de l'indicatif entrent seules en ligne de compte : le présent se retrouve partout; des deux prétérits, la France et la péninsule ibérique ont adopté habebam et l'Italie habui, bien que celle-ci connaisse aussi une flexion mélangée, sur laquelle nous avons donné au t. II, § 322 les indications indispensables. Mais, tandis que dès les tout
§319- 320. CONSTRUCTIONS AVEC l' INFINITIF 35 1
premiers textes dans l'italien canterà et le français // chantera le verbe attributif et l'auxiliaire du mode se sont fusionnés en une forme fixe, qu'on peut au fond placer sur un même rang avec cantava et chantait, il a été loisible à l'espagnol jusque vers le milieu du xvii*^ siècle et il l'est encore actuellement au portugais d'en séparer les deux éléments au moyen d'un pronomrégime : en esp. veer-lo-ha, port, vel-o-ha, et même l'ancien C338) provençal présente des cas analogues : dir vos ai un pauc (B., C. 190, 39). Cela suffirait d. montrer que dans ces langues cantarâ ne constitue pas encore une unité; mais on le voit encore plus clairement quand on considère que l'ancien espagnol et le portugais peuvent dire ha cantar, phénomène qui (nous l'avons montré plus en détail au t. II, p. 152) peut aussi s'observer notamment dans les anciens textes du Nord de l'Italie. Sur la place respective des deux membres, voy. Chap. VI. Une autre question à examiner ici, mais dont la solution est difficile, c'est celle de savoir si, dans ces régions qui ne connaissent pas la combinaison de habere avec l'infinitif, on est en présence d'un état de choses primitif ou secondaire. Cette question n'intéresse que le Sud de l'Italie. Un fait qui plaide peut être en faveur de la seconde hypothèse, c'est que le futur du passé (conditionnel) est connu dans des parlers comme p. ex. ceux de Campobasso, Lanciano, Gessopalena, Teramo et qu'à Lanciano p. ex. la 3^^ p. sing, du futur du présent (f. simple) aussi re/êt une forme où l'on pourrait difficilement voir un emprunt, à savoir une forme avec rr : kanlarrô. De plus, Teramo connaît une deuxième et une troisième pers. sing, et plur. ; il évite seulement la première, ce qui nous ramènerait encore à penser plutôt que cantare habco s'est perdu, vraisemblablement parce que les autres personnes disposaient d'une variété de sens plus étendue que la première.
§ 320. En ce qui concerne la signification du futur du présent il n'y a que peu d'observations à faire. Tout d'abord il désigne une action ou un état encore à venir; parfois cependant il peut également s'employer <à propos d'un événement qui est au fond actuel, à savoir lorsqu'on veut éviter d'être trop précis dans l'expression de sa pensée ; il est donc usité notamment dans
un ordre atténué ou dans une interrogation respectueuse : cf. en ital. // suoi risponsi serberrete et aviser etc la cor te sua (Nov. 5), va mettilo nella cassa mia e domattina il porterai alla Lapa (Sacch. 83), mentre che ella bada a irsene al letto, voi entrer ete que e aspetteretela (Lasca 197), prenderai quel cuor di cinc;hiare e fa che tu ne facci una vivandetta (Bocc, Dec. 4, 9), en a.franç. traïson vers nelui ne fere:( Ne orfelin son fié ne li toldre:( (Cour. Louis 66), beaiis chevaliers dire:{ me vos Qui vos estes (Mér. 4842), en esp. nunca quieras ser jue:(^ de los otros nin judgarAs (Enx. 485, 11) etc. Mais il se peut aussi que le futur (539) exprime un fiiit dont on n'est pas entièrement sûr, un fait dont l'exactitude ne se manifestera complètement qu'à la suite d'informations ultérieures : en ital. avrà venti anni; s'acconwdi, saràfaiigato, en franc. /'/ aura vingt ans; asseyez-vous, vous sere:( fatigué, en esp. es to es, senores, lo que sabré deciros de lo que me habeis preguntado (D. Quich. i, 23). En portugais, tel est de loin l'emploi le plus répandu de cette forme. En vieux français et en provençal, le futur destiné à formuler une affirmation avec réserve est usité notamment aussi lorsqu'on rapporte une action accomplie non pas simplement comme accomplie, mais qu'on porte sur le degré de réalisation où elle se trouve un jugement personnel dont on attend pour ainsi dire de l'avenir une nouvelle confirmation : cf. en a. -franc. Kalles a grant vertu, Mult Varai hui el premier chief veu (Og. Dan. 848), crien, ne vos en anuit, tant vos avrai penés (Alix. 276, 10), en prov. or sai veramen Que es complit so que désirât Aurai tant e cobe^eiat (Jaufr. 171 b). Naturellement on recourt également au futur quand il s'agit d'événements qui par eux-mêmes appartiennent au passé, mais qui se trouvent au futur par rapport à d'autres qui, tout en se rapportant de même au passé, ont revêtu la torme du présent : en franc, le combat cesse d'un commun accord et la paix est conclue : les deux peuples ne formeront qu'un seul, le deux rois se partageront le commandenwnt; on s'en sert également quand il s'agit d'événements qui sont aussi passés, mais qu'on envisage comme devant se réaliser de la même manière : en franc. Laya, celui qui aura le courage, trois ans plus tard, de faire jouer l'Ami des lois, Laya se préoccupe du sort des comédiens. On emploie plus rarement, et au fond à tort, le futur
§320. 321. *Folere haheo au sens de *vûleo 353
quand les événements antérieurs sont racontés sous la forme propre au passé : y avait-il alors une patrie italienne ? Deux cent cinquante ans plus tard elle n existera plus. — Un dernier phénomène à signaler, c'est le très fréquent usage qu'on fait, surtout dans les premiers temps, de *volereJiabeo au sens de *voleo : en ital. quando'da me vorrete sapere più il chiaro, io vel dira altra volta (Sacch. 121), en a. -franc. Vamor nest en V esgarder Et por ce s'en voudra garder (Mér. 1213), en nom de dieu . . . V orrai a rinioiier entendre ÇCléom. i), en prov. sener per benvenguda volrai que vos mi des un do (Flam. 2630), en esp. si qucrras ir (Amadis 12 a) etc.
Cf. A. ToBLER, Beitr. I, 207-212; II, 124-128 et pour l'a. -franc. (340) venir voudra E. Weber, dans la dissertation (pp. 24-27) signalée au § 326.
§ 321. Les divers sens du futur du passé donnent également lieu à des observations. A l'origine, il est avec le futur du présent exactement dans le même rapport que tout prétérit avec chaque présent; à nox venit, homines dormire habent correspond nox veniebat, homines dormire habebant ou nox venit, homines dormire habuerunt : cf. en lat. mergere mox habuit (sujet naufragiuni) cunctos rapiente periculo (Ven. Fort. 6, 8, 27), et il en est encore absolument de même aujourd'hui en ital. moriva l'agosto, finivano le le:Qoni. Tutte le fanciulle, dopo le vacan:(e di settembre e ottobre, sarebbero rientrate pel San Carlo (Serao, Fantasie 38), en a. -franc, purpensa sei cument la cité salvereit, Hasteins Vaveit destruite e Ron la destruireit (Rou 2, 411), en franc, mod. elle aimait, elle aimait de toute son âme. Où la mènerait cette passion! (Desnoiresterres ap. Tobler H, 127), Il faisait très chaud, une poussière fine montait du plancher, on étoufferait (Zola, Œuvre 152), en esp. Contro esto.se rebelaba el orgullo de D. Luis con titânica pujan:(a. Que se diria de él y sobre todo que pensaria él de si mismo (J. Valera, Pep. Jim. 160), en port, a noticia nao podia ser indifférente a Jorge. A boa soluçào d'esta demanda facilitaria os seus projetos economicos (Diniz, Casa mour. 2, 105) etc. Quant à la manière dont le futur du présent et celui de l'imparfait se comportent ici l'un par rapport à l'autre, on le voit p. ex. dans Rou III, 10473 sqq. : Tant ont dit e tant ont preié
Mever-Lubke, Grammaire III. 23
354 CHAPITRE m : la proposition § 32I-
Et tant ont al duc conseillié Que chascuns se met en l'esgart Des barons de chasciine part. Par lor conseil s'acorderont E en lor esgart se metront . . . Establi fu par covenant . . . Altresi li dus H fereit, où l'on voit que fereit se trouve avecfu dans le même rapport que s'acorderont avec se met en Fesgart. Que feirit ait une valeur imperative, le fait est ici d'importance secondaire, puisqu'aussi bien cette valeur se trouve souvent contenue dans le futur (p. 352). Nous avons donc en ce cas un parallélisme complet avec le futur du présent; mais I'espagnol et le portugais seuls nous offrent un second parallélisme avec cet // sei'a fatigué qui a été discuté p. 352 : on dit en esp. très cuartos de légua hc.br ian andado, cuando descubrieron à Don Qiiijote (D. Quicii. i, 29), en port, bateram devagar de:{ horas. Que faria clla àquella hora, pensava (Eça de Queiroz, Cr. A. 171). Or, par suite d'un singulier déplacement de sens, on trouve le futur du passé (341) également avec cette valeur alors qu'il n'est pas précédé d'un prétérit : en esp. pues quién el honibre séria? El mismo diablo hahrà sido (Calderon, Mag. Prod. 3, 390), en port, parece me que alguma cousa conseguiria (Diniz, Casa mour. 2, 114 : que j'obtiendrais quelque chose), tournure qui exprime donc tout simplement l'indétermination, l'incertitude, et où l'on constate cette tendance observée aussi p. 128 à substituer le prétérit au présent lorsqu'on ne veut pas mettre trop en évidence son opinion personnelle. A côté de cet emploi qui paraît limité à l'Ouest, on en remarque un autre, propre à tout le domaine et qui lui est assez étroitement apparenté pour le sens. Le futur du passé prend en effet la place du présent quand on rapporte une chose avec circonspection, quand on l'affirme avec réserve : en ital. avrebbe vissuto fin ad un età awan^ala, en franc. // pourrait avoir raison; est-ce qu'il serait malade?, en esp. podria haber ra^on; séria enfermo?, en port, podria haver raçào-y séria enfermo? ht point de départ de cet emploi se trouve dans les propositions conditionnelles : « Si ce qu'on assure était vrai, il aurait vécu jusqu'à un âge avancé. » Seulement il va de soi qu'on n'a plus présente à l'esprit une pareille phrase : le futur du passé est usité dans la proposition indépendante même comme il l'était à l'origine uniquenient dans la phrase. Quelques types jouissent d'une vogue particulière
§ 321. 322. Cant are habebcim 355
comme formes de politesse : en ital. vorrei, franc, je voudrais ou bien en franc, je ne saurais vous répondre et autres semblables.
Cf. A. ToBLER, Beitr. II, 127-137, où les exemples espagnols et portugais cités en dernier lieu sont interprétés diflféremment ;
H. SCHUCHARDT, Littbl. 189I, 124-I27; O. BURGATZCKY, Das
Imperfeki and das Phisqtiamperfekt des Futurs itn AU/raniôsischen, 1S86.
§ 322. VoLO CANTARE (je vcux cliantcr) ne donne lieu en général à aucune observation. Dans la péninsule ibérique et en Sardaigne, velle a dès l'époque préhistorique cédé la place à quaerere : en esp. guiero, port, qttero, logoud. kerro (mais en campid. bo:(^ii, sass. bohi); cf. aussi en a. -franc. /a ines ne quier dire mon non (Mér. 4844). Mais, un fait important, c'est que dans différents domaines volo cantare a pris le sens du futur ; avant (342) tout, on le trouve en rouniain, comme on l'a déjà dit II, § 112, mais ensuite aussi dans l'ancien sursilvain et dans certains patois italiens et français : cf. en obw. vi jau vardar (Barlaam 259, 28 : je verrai), jau vi vignir (261, 39 : je viendrai) etc., en abruzz. vo vedé se tte le po da (je verrai si je te les puis donner) et autr. expressicfns sembl. En ce qui concerne le roumain, voici à peu près les remarques qu'il y aurait encore à faire. Le futur du présent y offre en somme les mêmes emplois caractéristiques que le type issu de habere dans les autres langues (§ 320); il sert donc à exprimer un ordre : te rcg sa string) pe toti boeriî . . . f/ apoi veï porunci sà-mï taie capuJ (Basme, 117, 19 : je te prie que tu convoques tous les grands et après tu ordonneras qu'on me coupe la tête), puis à rendre un présent indéterminé, surtout avec le verbe fi : asa va fi n-a fi a^a (cela sera, cela ne sera pas). De plus, on rencontre aussi la locution composée va vrea ou va vori (il veut) au lieu du simple va : cf. adecà corabiia càtà fiind ^i de jute bîntu 0 adàpostim întorcânduse eu mica cràmità cum va vrea sa 0 porneascà dereptea^-o (Gaster I, 9*, 27) pour traduire 3, 4 de la lettre de S.Jacques, cine va vrea sa stie ce féal de oanieni au fost(j%, 22 : qui voudra savoir quelle sorte d'hommes ce fut), dacà vet voi sa ma ascultî pinà în sfàrsit veï afla câ solia mea are sà-iî aducà veselie (Basme, 288, 17 : si tu veux m'écouter jusqu'à la fin, tu trouveras que mon ordre peut te porter bonheur).
§ 323. Au FUTUR DU PASSÉ dcs autrcs langues (§ 321) correspond ici volebam, qui en macédonien se comporte exactement comme le présent (v. II, p. 152). Dans les autres dialectes, la forme complète ne se rencontre plus qu'isolément à la 3^ p, sing, dans vre, à la 3*= plur. dans vrer conservés dans le Banat ; plus souvent le v- a disparu sans laisser de traces, de sorte, qu'on est en présence des paradigmes suivants :
roum.
ban.
istr.
-rea^t
-res
-res
-real
-rei
-rçi
-reare
-re
-re
roum.
ban.
istr.
-ream
-rem
-ren
-reaiî
-rets
-rets
-rearû
-re
-re
Quant à expliquer le -/;' qui se montre partout à la première personne du singulier et le -re qui est propre au valaque à la troisième, on peut provisoirement réserver cette question. Mais, un fait surprenant et en contradiction apparente avec cette explication, c'est la présence dans les plus anciens textes déjà, en même temps que cîntarea^î, cîntareài, cîntareare etc., de a^ dntà, aï cînlà, arc cîntâ. Or, comme (bien que rarement, il est vrai) la forme plus développée de l'infinitif est attestée aussi par des exemples (cf. arà pufeare, Cod. Vor. 28, 4), on pourra expliquer cette décomposition erronée en l'attribuant à une époque où cîntare et cintà existaient encore à côté l'un de l'autre, de sorte donc qu'à côté d'une forme a^ cîntare avec l'inf. cîntare il a pu facilement s'en produire une autre as cîntâ correspondant à l'inf. cîîitâ. En ce qui concerne la signification, elle est absolument identique à celle du futur du passé des autres langues (p. 331); on trouve notamment ici aussi vrearea^î (je voudrais).
La bonne explication de ctWQ forme a été donnée par G. Weigand, voy. Rum. Jahrb. 3, 139-161. Ainsi tombe naturellement ce qui a été dit à ce propos au t. II, § 114, bien que cependant certains détails, p. ex. V^ de la première personne du singulier, attendent encore une interprétation plus sûre.
§324. Ire AVEC l'infinitif 357
§ 324. Ire AVEC l'infinitif acquiert une valeur inchoative : il indique l'introduction, le commencement d'une action. Cette tournure est commune au français, au provençal, à l'espagnol et au portugais; il faut ajouter que sa fréquence augmente à mesure qu'on s'avance vers l'Ouest. Dans les exemples français les plus anciens, aller conserve encore assez bien sa valeur concrète et matérielle : ensemble en vont H dui pedre parler Ç Alexis 9), fil:( quer t'en vai colchier (11) etc. et peut-être également encore tut par seit fel qui ne ' s vait envair (Roi. 2062); mais cet emploi prend une extension toujours plus considérable, accompagnée d'un affaiblissement du sens, d'où il résulte qu'en français moderne on trouve la tournure avec la valeur du futur : /'/ va mourir y tu vas être prisonnier, tu demandais ce que [allais faire etc. En provençal, anar avec l'infinitif est souvent presque l'équivalent du verbe simple : pueis lo pronom teulier va dit (B., (34 0 C. 386, 25), e ' l maistre de la tencharia anet dir a sa companhia (Appel, C. 9, 16), s'en van anar (25), Vescola vai H sonar e pueis el li vai demandar (53) et de même dans beaucoup de textes plus récents. Le catalan pousse encore plus loin cet emploi. D'assez bonne heure déjà on lit e comensaren a cavar E tantost van l'aver trobar (Sept Sages 2193), où son équivalence avec comensaren montre que le présent de anar avec l'infinitif a assumé le rôle d'un prétérit historique. Ici aussi l'on doit probablement prendre comme point de départ la signification inchoative; mais, tandis qu'en français celle-ci se développe dans le sens du futur et que par conséquent ce qui n'est pas terminé est regardé comme n'existant encore en aucune façon, au contraire en catalan une action dont on met le début particulièrement en relief, est représentée par celui qui parle comme postérieure au moment où il le fait. Quant à la modification de forme déterminée par ce changement de fonction, il en a été question au t. II, p. 295. En espagnol, andar n'est usité que dans de rares locutions : andar buscar (correspondant au franc, aller chercher^, ir morir et quelques autres; mais il reparaît avec une fréquence extraordinaire en portugais, où il a tout d'abord le sens inchoatif : 0 vento entrava em correntes impetuosas pelo tubo da chaminé, indo inteiriçar os membros regelados da desditosa creança (Diniz, Pup. 34), puis il a sou-
vent presque la valeur d'un futur : a nào ser a ti, a qtiem queres que eu va dar toda esta amixfide (86), vou ter um commando e dentro em pouco serei almirante (Gomes de Amorim, Am. Patr. 33) ou bien ici encore avec un affaiblissement de sens un peu différent nào vas agora ralhar com a Margarida (Diniz, Pup. 78 : ne va pas à cette heure te fâcher avec la M,), se vic;^ aqui D. Pablo, diga-lhe que va panar um bocado de noite commigo (Gomes de Amorim, Am, Patr. 254).
§ 325. Les trois verbes auxiliaires du uouv. posse, velle, debere appellent encore une observation par rapport à leur forme et à leur signification. En ce qui concerne la première, nous avons déjà observé p. 332 que l'union de ces verbes avec l'infinitif peut être tellement étroite que, dans les temps composés, c'est ce dernier qui détermine le choix de l'auxiliaire et qu'ainsi l'on peut dire en ital. ho volnto cantare, mais aussi sotio voluto venire. Voici un second cas : s'agit-il de présenter comme accomplie au moment présent l'idée de vouloir, de devoir, (34s) de pouvoir, la tournure correcte serait (et c'est aussi la tournure habituelle) *habco voliitum; pas n'est besoin d'en donner des exemples. Mais en même temps l'on dit aussi *volo habere cantatum, c.-à-d. que la notion de volonté etc. s'est tellement affaiblie que l'action exprimée par le verbe principal apparaît comme accomplie : cf. en eng. scodûn hum da bain s dess hauair truppagio (R. Chr. 134 : tout homme de bien aurait dû avoir honte, mot à mot : devrait avoir eu honte), en ital. volendo esser andati a trovare modo â'averne, si convenia al bujo passar Rubicone (S9.cch. 210), en a. -franc. Tolue ne li vorrois avoir s' onnour (Cléom. 3883), la raison Vous en dirai et Pochoison Comment ce puet estre avenu (12907), ;V serai chevaleresse Se de ceens puis estre issue (Mir. N. D. 7, 399) et encore chez Commines de là tira le roy vers S. Germain . . . avec tout ce qu'il povoit avoir fine de gens (7, 16), en a.-esp. oviera Alexandro deste logo oido, yo lo querie aver de su grado veido (Alex. 1127), nunqua cueidô seer en tal porfa^o caido (Berceo, S. Mill. 270), en port. deviamos ter ido (Gomes de Amorim, Am. Patr. 162), muitos navios que podiam ter acompanhado a esquadra para 0 Rio, deixaram-se ficar no Tejo (153) etc. — Un troisième cas nous présente
§ 325- 326. Posse, Felle, Debere avec l'infinitif 359
à l'inverse en français moderne une étroite liaison entre devoir, pouvoir et l'infinitif qui en dépend : c'est ainsi p. ex. qu'au lieu de // doit être venu, il peut F avoir oublié, on y dit il a dû venir, il a pu V oublier. La première tournure est la plus exacte au point de vue logique et sans aucun doute aussi la plus ancienne en date, mais cependant la seconde est la plus naturelle à concevoir : celui qui parle s'attache surtout à exprimer l'état qui résulte de l'action, et ce n'est qu'après coup ou subsidiairement qu'il veut faire observer que l'existence réelle de cette action est purement vraisemblable ou possible.
Sur // a dû venir au sens de « il doit être venu », cf. A. Tobler, Beitr. II, 32-39 et H. Schuchardt, LittbI. 1891, 126; suryV veux avoir chanté, cf. Th. Engwer p. 11 et p. 20 de son travail signalé à propos du § 300 et où il prouve notamment que cette tournure a disparu de la langue écrite avec le xvie siècle, mais s'est maintenue jusqu'à nos jours dans la langue populaire.
§ 326. En ce qui concerne le sens des verbes auxiliaires du mode, la syntaxe n'a que peu de chose à signaler, la plupart des observations étant du ressort du dictionnaire. Tel est le (346) cas p. ex. quand on emploie debere pour exprimer un événement qui selon toute vraisemblance s'est accompli, mais que cependant on ne connaît pas avec une certitude suffisante pour le poser tout simplement en fait, comme dans le franc, on a dû la tuer (tous les indices tendent à prouver qu'elle a été tuée), ou bien quand posse laisse supposer qu'un événement peut s'accomplir, peut se présenter de telle ou telle façon : il peut arriver demain, ce garçon peut avoir dix ans (cf. en a, -franc. XL mille chevalier poeent estre Roi. 3063) etc. — C'est plutôt ici le lieu de dire qu'en vieux français surtout voloir accompagné d'une négation dépouille souvent presque toute signification : j use au palais Hugon nivorent arrester (Rom. Past, i, 58, 78), jusqu'à Cortrai ne se vorrent targier (Mitt. 39, 7); cf. aussi sans négation il se voloit malt pener De s'anor et de son servise (R. Charr. 3568). Dans ces cas, voloir indique un état : c'est la volonté de quelqu'un qu'un événement se réalise grâce à lui; de là vient que voloir avec l'infinitif peut exprimer directement ce qui s'est réellement passé. Mais, un phénomène plus important et tout particulièrement propre à la syntaxe,
c'est l'emploi de debere au sens du futur. Déjà au t. II, p. 153 nous avons exposé que le sarde rend le lat. cantabo par depo kantare. Mais dans d'autres domaines aussi l'on trouve les débuts de cette tournure : cf. en ital. Padre, da che tu mi lavi Di quel peccato ove mo cader deggio, Lunga promessa con Vattender corto Ti farà trionfar nell' alto seggio (Enf. 27, 108), maravigliosa cosa è ad udire quelle che io debbo direÇBocc, Dec. i, 67), en a. -franc. nostre avoir ja départi ont Et si nous doivent au . souper A cascun la tieste coper (Rich. 3350), ne cuidoit pas que a nul jor Deiist an cest vergier antrer Vassaus qui me poïst outrer (Érec 6092), où delist antrer remplace le futur passé du subjonctif qui n'existe pas, en franc, mod. soye^^ sûr que je me les rappellerai tant que je dois vivre et particulièrement souvent avec l'imparfait : déjà ma jeune amie avait disposé de ma journée : elle devait me faire voir la fameuse « côte sauvage », puis nous irions visiter le Fort (Rev. pol. litt. 1887, 397), homme d'esprit, beau diseur, écrivain élégant, il avait promis, il se promettait et il devait promettre toute sa vie de faire U7i livre sur les droits de son chapitre (Sand, Consuelo 77) et naturellement f ignorais que vous dûssie:( venir, en prov. si tu as bon dreg, cant 0 aurei proat, cobraras ton castel aisi (347) ^0 ^'^-^ Ihiurat, e si la santa glei:(a te recep per dampnat, tu deus trobar mercé, si Deus t'a espirat (Appel, C. 7, 180); la tournure est plus rare à l'Ouest : en port, as medidas que par ventura devian regenerar a su casa (Diniz, Casa mour. 2, 141).
Cf. E. Weber, Uber den Gebrauch von devoir, laissier, pooir, SAVOIR, SOLOIR, VOLOIR im AUfraniôstscheii, D'iss. Berlin 1879; pour il devoit venir, cf. A. Tobler, Beitr. I, 132-135.
§ 327. Pour finir il reste à signaler facere cantare au sens du simple cantare, périphrase qui n'est pas rare en vieux FRANÇAIS : cf. devers senestre cola H brans d'acier, Tout son escu H fait jus reoignier (R. Cambr. 2922), ne soi quant me rendras chen que fai fet prester (Gaufr. 106), si soëf porte le dan^el corn fait li lox porter l'aigniel (FI. Bl. 222), je vei dons chevaliers, si funt dons chiens od els mener (M. France, Fables 61, 23) etc. Dans quelle mesure ce phénomène se rencontre-t-il ailleurs ? C'est une recherche qu'il reste encore à faire; il est étonnant que le vénitien moderne, qui possède un emploi analogue de
§ 327. 328. Facere cantare au sens de cantare 361
fare, le présente uniquement avec les verbes accompagnés d'une négation : il dit donc el kanta, mais no el fa kantà etc.
Pour l'a. -franc., cf. A. Tobler, Beitr. I, 19-22. b. Copulation
§ 328. Habere ad est commun à toutes les langues romanes : ce doit donc être une création préromane. Habeo ad dicere (j'ai à dire) a d'abord pour objet d'indiquer le but, mais ensuite il se rapproche très fort du sens plus général du futur et même, comme on l'a déjà dit au t. H, p. 152, cette tournure devient tout simplement l'équivalent du futur en roumain, en sarde et ailleurs : cf. en a.-roum. eu ait:(iiJn au^iti {i nii aveti a înnteleage {i và^ândii pràviti fi nu aveti a vedea (Cod. Vor, 104, 4 : avec l'ouïe vous entendez et vous ne comprendrez pas, et voyant vous apercevez et vous ne verrez pas), a vent amu are ûul omenescu (Math. 16, 17 : maintenant viendra le fils de l'homme), are a chinui (17, 12 : il souffrira) etc. Cependant il faut observer qu'à côté de la forme périphrastique ordinaire du futur avec voiû (p. 355), celle-là dans les traductions correspond le plus souvent au slave hnami avec l'infinitif et que par conséquent elle doit être une imitation servile d'un modèle étranger. (348) Dans les autres langues, le sens fondamental se déplace et tend à exprimer une nécessité subjective ou objective : cf. en ital. che diavol nhai ta a pigliarti si gran cura (Arioste, Cass. i, 2), manda loro un dolce sogno, dal quale ancora hanno a svegUare (Leop. 165), credere di avère a godere 0 di aver goduto (171), la félicita dehbe in effetto esser piacere, da qualunque cosa ella abbia a procedere (171) etc., souvent presque avec la valeur du futur : crediamo noi che quelli che verranno abbiano a essere migliori dei presenti (Leop., V.), en a. -franc, ça ne sai je qtia feire aiie:( (Érec 211), tant con je aie a vivre (3751), a dire vos ai encor qu'il a an cest vergier un cor (6 141) etc. et de même encore aujourd'hui, en prov. sembla ' us ni ' us par que^ aia ' n merce a cridar (Appel, C. 22, 62), quieu tnen agues a tornar (100, 168) etc., en esp. que las limosnas aya sin grado â pcdir (Appoll. 132), ovo de la horrura la duena â porgar (312), souvent presque au sens du futur : habré algunas burlas aqui denxerir (Hita 35),
fijo, se de bona ventura ovierdes de seer, O si en este siegio algo as a valer. En muchas grandes coytas te avrns a veer Et seso e esforcio te sera mucho mester (Alex. 67), en a. -port, niinca pudi 0 coraçom forçar Que vos gram bem nom oiivess'a qiierer (Denis 630), aver sempra mort a desejar (1387), avia-lh'as 0 dénia levar (2781). En même temps, dans les deux langues de l'Ouest, de est usité dès l'origine (§ 329) et déjà au xv^ siècle il l'a emporté sur a.
§ 329. A côté de habere a indiquant la nécessité se trouve avec le même sens habere de. En roumain, am de série à côté de la forme habituelle am de scris est surprenant et n'est peut-être pas tout à fait normal ; l'italien présente da : abbiamo da morire, lei ni ha da scusare et autr. locutions sembl. Le français ne possède pas de tournure correspondante, mais l'espagnol et le portugais n'en ont actuellement pas d'autre : en esp. se ha de saber, le habia de entregar, tengo de escribir et déjà en a. -esp. ovo de passar (Alex. 113 i),^or su buena ventura qiiisol Dios preslar, Ovo en un madero chico las manos a echar, La^drado e mesquino de vestir e calçar A tierra de Pentapolin ovo de arribar (Appoll. 112), por muchas de maneras ovieron de pasar, Que quier que les abenga an h de endurar (135), puis plutôt avec l'idée de possibilité : maestro albriça te (349) tengo de demandar (^,26) et en esp. mod. presque avec la valeur du futur : se que V. esta firme como un roble, por lo cual me prometo que ha de dar conmigo largos paseos à caballo y A pié y ha de acompaharme à ca:(ar perdices, . . . A pesar de nuestra edad hemos de emplearnos todavia en algunas cosas harto infantiles (J. Valera, Com. Mend. 31). En portugais, cette tournure est encore plus fréquente et adopte encore davantage le sens du futur : cf. agora ouve door que nunc a ha de aver fini (Aleixo 8, 23), este anno que ha de vir (Rom. XI, 377), eu vou fallar 0 boîicario e hei de resolvel-o a esperar (Diniz, Pup. 65), em quanta J oào Semana fosse vivo, ninguem havia de poder fa:(er-lhe sombra (96), quern ha >'
de dixer que é este 0 menino, a quem eu dava biscoutos (96), nunca ;f
nos ha de faltar quem nos governe (Gomes de Amorim, Am. ^
Patr. 74), sera por isso, talve^^ . . . Pois por que ha de ser (73) etc. i
Nous avons montré au t. II, p. 306, comment ensuite certains J
dialectes avaient tiré de he de etc. une toute nouvelle flexion. *
Au surplus, l'idée de nécessité n'est pas non plus absente
§ 329- 330- Habere ad et de cantare 363
actuellement dans cette locution : cf. nào me diras tu. Guida, 0 que hei defaT^er a te ver rir (Diniz, Pup. 43) etc. En portugais, ter se construit absolument de la même manière, ce qui ne peut pas surprendre quand on considère l'empiétement de ce verbe sur le domaine de haver, comme on a pu l'observer aussi p. 343 : cf. tens de me ouvir (Diniz, Pup. 61), 0 peior é ter agora de sahir (94) etc. Un fait plus remarquable, c'est qu'en ESPAGNOL et en portugais debere se construit d'après le habere qui a presque le même sens et que par conséquent, à côté de l'esp. deber venir, port, dever vir, on dit aussi en esp. deber de venir, en port, dever de vir, en a. -port, aussi deve a poer culpa (Graal 99), e porem nom deveu a la^erar, senhor, nem devo porenda morrer (Denis 632) etc. Les grammairiens espagnols font entre debe venir et debe de venir cette différence que le premier marque une obligation, le second au contraire la vraisemblance.
§ 330. Stare et essere per indiquent une action sur le point de s'accomplir : cf. en ital. piaveggina e par che sia per piovere più forte (Sacch. 28), é per entrare (Arioste, Supp. i, 3), di che colore sia il nuvolo quando sta per nevicare (Verga, Vita Campi 27), fu per venirsi meno (Lasca 56), dalla quai cosa quanti e quali incomnwdi sieno per nascere (Leop. 127), stai per Oso) opporti (Arioste, Cass. 4, i), stava per morire (Lasca 37) etc. C'est dans un sens un peu différent que la locution se trouve employée par Sacchetti lorsqu'il dit non era per muoversi (il ne pouvait pas se mouvoir), e colui cheto com' olio e lascia dire Lapaccio quantunche vuole, chè non era ne per rispondere ne per tornar nel letto (Nov. 48),/oij-/ per esser vilipeso (Leop. 148). Faut-il voir un italianisme ou non dans la tournure correspondante de l'obw. provident ch'ils Hunners fussen per rumper en la tiarra (C. Mem. 200, 28 : prévoyant que les Huns allaient faire irruption dans le pays) ? La question demande à être examinée encore de plus près. En français, être pour n'est plus en usage; l'ancien français lui-même le connaît à peine, mais au xvi*" siècle il est employé, notamment par Ronsard et son école, vraisemblablement par imitation de l'italien. Dans les langues de l'Ouest, en revanche, on rencontre de nouveau estar por, para avec un emploi tout aussi étendu qu'en italien : en esp. estoy por hacer, ■ estaba para venir, en port, estou por fa:(er, estaba para de:(ir etc.
§ 331. Pour finir, il reste encore à signaler quelques groupements moins importants. Les verbes qui signifient « être » et les verbes de mouvement se joignent à Tinfinitif avec ad pour indiquer la continuité d'une action ou exprimer une opinion subjective sur l'accomplissement d'une action : en ital. io mi credo che h suore sieno tutte a dor mire (Bocc, Dec. 3, i), Voste era a sedere sur una piccola panca (Manzoni, Pr. Sp. 14), la giovane lo sta a mirare e niente dice (Sere. 344), non stette a dire (Lasca 53) et même altre anime stanno a seder e, altre stanno erte (Enf. 34, 13), andare a Iravare (aller trouver), noi anderemo quivi ad aspettarvi (Arioste, Cass. 3, i), voi vi andate a miitare (Lasca 144, 23), la conversazione vennea caderesui lihri (V.) etc., en franc, les bergers de la contrée étoient longtemps à se regarder (Rab. I, 25), cet enfant est toujours à demander, les deux armées ont été longtemps à se regarder, si ce secret venait à être découvert, en esp. estoy à ver, fué à buscar, las seis van à dar, venir à ser cruel, en port, estâ-me a letnbrar (Diniz, Pup. 103), estava Margarida à 1er quando Clara foi ter com el la (45), Daniel ia a replicar (103, D. allait répliquer), vamos a ver 0 que tu querias (42), ia a sentarse (91), meu grande desejo é vir a ser regedor câ (351) na aldeia (97). Une tournure spéciale au français est venir de : // vient d'arriver. Pour finir, une remarque encore, à savoir que dans les Abruzzes tenere ad a complètement éliminé le verbe simple : yi teng a ffa (je fais), te a nnengue (il neige), yi me tene a vvesti (je me vêtis) etc.