LE SUJET
un verbe. Lorsque, pour représenter le dernier, on fait choix d'un nom abstrait à thème verbal, celui-ci se trouve être alors l'équivalent du sujet nominal et ne requiert aucune autre observation. Mais il faut examiner plus en détail les cas où la langue se sert de l'infinitif. Quand le sujet est une première ou une seconde personne, ou bien quand c'est une troisième personne déjà citée, on peut ou même en beaucoup de langues on doit l'exprimer au moyen du pronom personnel; alors il peut en résulter parfois que le sujet se trouve exprimé deux fois, par un nom ou un verbe et par un pronom. Il va sans dire qu'il y a concordance pour le nombre entre le sujet et le verbe, que par conséquent un sujet singulier réclame aussi le singulier dans le verbe et un pluriel le pluriel; toutefois il se présente dans un sens et dans l'autre des violations de la règle, lesquelles s'expliquent le plus souvent par un conflit entre le sens et la forme grammaticale de bien des substantifs. Mais de plus le sujet peut aussi se composer d'iin groupe de mots, et l'on doit alors se demander à quel nombre ou bien, quand le groupe est constitué par celui qui parle et celui à qui l'on parle (352) ou par l'un des deux et un troisième individu, à quelle personne le verbe doit se trouver.
Nous devons ici faire observer expressément que « sujet » est employé dans un sens purement grammatical, c.-à-d. qu'il désigne l'auteur de l'action. Il est vrai que cette définition va à l'encontre de la valeur première de ce terme, qui est emprunté comme on le sait à la langue de la logique. Au point de vue de la logique (la remarque en a été faite à bon droit par A. Tobler, Beitr. 1, 191), dans la proposition il arrive deux étrangers il n'est pas douteux que // arrive est sujet, deux étrangers prédicat; mais, au point de vue de la grammaire, le rapport entre le nom et le verbe reste le même, que ce soit l'un ou l'autre qui précède. Grammaticalement parlant, il arrive dans l'exemple donné et il pleut se trouvent sur le même rang : dans les deux cas nous avons comme sujet le pronom de la troisième personne du singulier, le verbe qui en dépend est à cette même personne; la seule différence qui existe entre eux, c'est que la première fois, au contraire de la seconde, // reçoit encore après coup une détermination plus précise. Quant à bannir complètement de la grammaire le terme « sujet » parce qu'il y a reçu une acception tout autre que dans la logique, la raison ne me paraît pas suffisante; il suffit qu'on s'entende bien sur cette différence de sens et que, dans l'emploi des deux termes en question, l'on observe également avec soin la distinction entre la logique et la grammaire.
§ 333. Quand c'est un nom, le sujet prête à peu d'observations. Le latin, le vieux français et le vieux provençal ont pour le rendre une forme spéciale au nominatif; quant aux autres langues romanes, elles y ont toutes renoncé, et le plus souvent à la suite de transformations d'ordre phonétique : l'-j^ caractéristique du nominatif dans la plupart des substantifs s'est amuie, ce qui a provoqué la confusion du nominatif avec le cas régime. Une seconde cause, c'est que le nominatif du singulier est identique au cas oblique du pluriel et vice-versa; or, comme la différence des nombres est considérée comme plus essentielle que celle des cas, la première est alors fortement indiquée en ce que le pluriel se distingue du singulier par (353) l'adjonction d'un signe spécial, de sorte donc qu'en espagnol la flexion caballos caballo — caballe caballos s'est simplifiée en caballo — caballos. En général, le sujet ne peut pas être accompagné d'une préposition, car les prépositions servent cà exprimer le rapport réciproque de deux noms (§ 229 sqq.) ou la relation de temps, de lieu ou de manière dans laquelle un nom se trouve avec une activité. Néanmoins cette règle subit quelques exceptions, qui ont été déjà mentionnées à la p. 48. Conformément aux exemples latins et français qui y sont donnés, on dit aussi en ital. fin le nosire donne non son curiose (Manzoni, Pr. Sp. 7), en esp. lo saben hasta las piedras de la calle (Caballero, Cuentos 29), en port, se Ihes desculpam até crimes (Gomes de Amorim, Am. Patr. 35) etc.; cf. encore § 418. Il faut spécialement observer qu'en italien et en français, lorsqu'on doit indiquer que celui qui parle envisage seulement, comme auteurs de l'action, une partie des objets désignés par le substantif-sujet, celui-ci est accompagné de de : en ital. si sono iiccisi degli tioinini (Bocc, Déc.,Intr.), vi sono dei magnifia punti di vista, si videro di gran novità in lutta la sua condotta (Manzoni, Pr. Sp. 10), en franc, du pain me suffit, de Veau vaut mieux que du vin, des étrangers sont arrivés ce soir, des cris d'enthousiasme éclatèrent de toutes parts etc. En français, cet emploi est d'introduction récente; la vieille langue l'ignore encore entièrement; néanmoins il est aujourd'hui devenu beaucoup plus général qu'en italien, où cependant il semble être de date plus ancienne. Il n'est pas douteux qu'il faut en cher-