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Sujet pronominal

§ 334. En latin, le sujet pronominal n'est exprimé que s'il doit être mis particulièrement en évidence : tu venis (toi, tu viens) ou quand, le verbe n'étant placé qu'à la fin d'une proposition assez longue, on veut néanmoins dès le commencement annoncer le sujet : nos ut tristiores ad tant viles accessimus cibos (Pétrone 88, 22), ego illi jam très cardeks occidi (^116, 10) etc. Parmi les langues romanes, c'est le roumain qui a conservé le plus fidèlement l'usage latin, en ce sens que même encore (3 54) aujourd'hui les pronoms n'y sont généralement exprimés que si l'on doit attirer l'attention sur eux; on les exprime en tout cas à la 3^^ personne lorsqu'il est important de marquer la distinction entre les genres. Au contraire, en italien, en espagnol, en portugais et même dans les dialectes français du moyen âge, le pronom a déjcà quelque peu étendu son emploi : sans doute il n'est encore obligatoire en aucune foçon, il peut même être omis au gré de chacun ; cependant il apparaît assez souvent et toujours davantage immédiatement à côté du verbe, même quand le contexte exclut l'hypothèse d'une insistance particulière. Il n'y a qiie I'impératif qui prenne une place à part. Nous en avons déjà fait la remarque, il repousse l'emploi du pronom et cela d'une manière très rigoureuse, même encore en français moderne, à moins qu'on ne doive précisément attirer l'attention d'une façon spéciale sur le sujet : on a donc en roum. spune tu (Cânt. Mold. 325), vol au:(^iti (Math. 13, 18), en ital. e tu ferma la speme (Purg. 3 , 6G^, ora andiam not (Bocc, Dec. 10, 6), en a. -franc, e reis celestes, tu nos i fat venir (Alexis 67), usage particulièrement fréquent avec un impératif accompagné d'une négation, en franc, mod. viens, toi — alle^vous-en, vous autres , en esp. tû finca en el campo (Alex. 73), haced vos (Don Quich. i, 20), en port, tu mira, considérai vos etc., exemples qui donnent lieu d'observer qu'ici vos a persisté dans l'Ouest à la place de la forme vosotros, vosouiros employée ordinairement comme pronom tonique (II, p. 103). La situa-

tion particulière de l'impératif peut s'expliquer par cette circonstance que l'émotion sous l'empire de laquelle un ordre est communiqué, nécessite l'emploi d'une tournure aussi brève que possible.

§ 335. En FRANÇAIS MODERNE, au Contraire, les choses se présentent sous un aspect essentiellement différent. Ici, quand le sujet n'est pas autrement exprimé, le pronom accompagne constamment le verbe : donc je chante, tu chantes, il chante, mais l'oiseau chante, et non l'oiseau il chante. Cet état de choses s'est constitué au cours des xV et xvi^ siècles. Chez Commines, les pronoms-sujets peuvent encore être omis à volonté; chez Amyot et Montaigne, ceux de la première et de la deuxième personne sont presque toujours exprimés; toutefois on trouve notamment encore souvent l'expression quasi consacrée ne sais. Nous avons évidemment aussi une formule toute faite dans gage qu'il se dédit — Et moi gage que non chez Molière (Et. 1029), tandis que dans le Tartuffe l'avocat Mr. Loyal se sert (355) d'un archaïsme quand il dit comme save:( de reste (1753). Les patois vont plus loin. L'emploi du pronom-sujet est aussi de règle en rhétique et dans les parlers du Nord de l'Italie, parfois sous des formes fortement abrégées (II, p. 107 sqq.); mais alors ces formes persistent même quand il y a des sujets nominaux : en piém. tin om al avia doi fiôi (un homme, il avait deux fils), mil. el fiô el y a dit (le fils, il lui a dit), romagn. un om l'avea du fiuô, frioul. un omp al veve doi fis, mais cet emploi ne se trouve plus dans le Tyrol et le canton des Grisons ni dans le vénitien. Il est connu dans certains patois du Nord de la France : en neuch. on omu l'ave du valé, le père Va partad;^i k bè (le père, il a partagé le bien), en pic. Agatô i s rapiir (Rev. Pat. Gall. I, 109 : Agathon, il se remet), nn Ôm i se nieÇiio : notre homme, il s'assied), se kartô il l'asit a ter (m : les charretiers, ils l'assoyent à terre) etc. Cf. encore § 341.

§ 336. Les verbes unipersonnels (§ 98) occupent une place à part. On devrait d'abord s'attendre à les trouver sans pronom : en effet, leur sujet étant inconnu et d'autre part une confusion des personnes, comme p. ex. dans le franc, sàt, ne

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