LES VERBES RÉFLÉCHIS
d'ailleurs aussi la preuv^e en disant a se veni, sut, culcâ, omorî, et non sî; il y a. cependant d'autres verbes avec lesquels on pourrait plutôt être tenté de voir dans le se le régime indirect : ce sont tous ceux qui sont accompagnés d'un régime direct de chose et par conséquent avec lesquels, conformément au § 375, un régime de personne doit alors prendre la forme du régime indirect, comme p. ex. dans;V me promets quelque chose. Et dans cette classe on peut également ranger l'ital. pensarsi, credersi, a. -franc, soi penser, et l'on n'expliquera pas autrement l'ital. dirsiyfarsi, a. -franc, soi dire, soi faire au sens de « dire » ou l'esp. créer se, saber se : cf. por las razpnes que ellos se sabrian se contentaron con levantar unas treinta choyas (Fray Gerundio I, I, i). Sans doute, il n'est pas possible de tracer ici une délimitation rigoureuse : en effet, puisque tout réfléchi marquant plus ou moins la durée et issu de l'accusatif peut entrer dans n'importe quelle catégorie d'intransitifs, on ne voit aucune raison qui l'empêcherait de se ranger aussi dans les transitifs, étant donné que son sens originaire s'est manifestement effacé. Malheureusement, le roumain ne paraît offrir aucun cas tout à fait identique; cependant il y faut quand même noter des tournures comme eu de-aici câ l'am luat {i-ntralt loc mi Tam muiat (Doine 435, 11 : je l'ai enlevée d'ici (la couche) et dans un autre lieu je me la suis changée), de mi te-oi làsa eu (534, 10 : si je t'abandonne), astà vara mi-am vàrat Sub 0 celinâ de brad (145, I : j'ai passé cet été sous une branche de sapin), ma uit pe la surori, Doarà mi vâd batàr um (431, 7 : je regarde après les sœurs; peut-être en verrai-je au moins une), exemples où il serait peut-être difficile de prétendre voir le datif éthique.
Cf. Gessner, Jahrbuch XV, 201-220 et A. Tobler, Beitr. II, 61- 69, où se trouve tranchée la question relative au cas du réfléchi ou bien, pour mieux dire, où se trouve discuté à fond et résolu dans le sens exposé ci-dessus le point de savoir par quelle voie les verbes intransitifs ont passé en si grand nombre dans la classe des réfléchis.
§ 385. Si des verbes inîransitifs peuvent, sans grande différence de sens, s'employer tantôt avec, tantôt sans le pronom réfléchi, on pourrait de prime abord s'attendre à voir aussi les (410) verbes réfléchis issus de transitifs conserver la signification intransitive qu'ils adoptent dans l'emploi de réfléchis, mais
pouvoir se passer du pronom réfléchi. Prenons un exemple : à côté de l'ital. tmiwere (mettre en mouvement) se place muoversi (se mettre en mouvement, partir) et alors, comme andarsi (s'en aller) s'emploie concurremment avec andare, le simple muovere peut également se placer, avec le même sens, à côté de muoversi (partir) : ainsi p. ex. mosse per allmtanarsi (Ferruggia, Fasc. 44). La chose est possible; mais il arrive tout aussi bien, comme nous l'avons montré p. 397, que le transitit muovere devienne intransitif sans passer par la tournure réfléchie. Lorsqu'un pareil changement de fonction se produit dans un verbe, quand le réfléchi joue-t-il et quand ne joue-t-il pas ce rôle d'intermédiaire? C'est ce qu'on ne peut pas formuler dans une règle générale; il faut plutôt étudier l'histoire de chaque mot en particulier et déterminer si et dans quelle mesure c'est un emploi réfléchi qui se présente. Ainsi, à côté de l'a. -franc, souvent cité soi lever, on trouve aussi Samuel chalt pas leva (IV Livr. Il); de même en prov. levet sus (Flam. 1395 : il se leva), en port, levantou (Rom. XI, 372); ou bien à côté de soi pener l'on rencontre également dont penera chascuns (Watr. 11, 48) et, à côté de soi reconforter , aussi reconfortés, ma bielle fille (Rich. 445) etc. A tout prendre, cette catégorie-ci doit contenir principalement les verbes avec lesquels peut se produire une influence du sujet sur l'action qui le concerne, mais pas ceux avec lesquels une influence de ce genre est inadmissible, tel p. ex. jonchier : de bra^^, de testes et de mains fonche to^ H pats entor (Mér. 4128).