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LES VERBES RÉFLÉCHIS

réfléchi correspond absolument à celui du régime nominal. Mais il existe un très grand nombre d'autres cas où, le verbe étant transitif, le rapport avec ce verbe du pronom qui représente le sujet est autre que celui de régime, ou bien dans lesquels le réfléchi se joint tout simplement à des verbes intransitifs sans que ceux-ci (chose qui certes serait possible en soi, p. 389) deviennent pour cela transitifs. Sous ce rapport entrent surtout en ligne de compte les verbes qui désignent un phénomène qui s'observe dans un être, phénomène par lequel l'être en question subit une modification dans son état, de sorte donc qu'en fait il peut être aussi le régime direct d'un verbe actif. C'est ce qu'on voit tout à fait clairement p. ex. dans le franc, évaporer lin liquide et le liquide s évapore. D'une part, il est question d'une activité qui s'exerce sur un objet et qui a pour conséquence une modification de cet objet, sans que cependant ce résultat se trouve autrement exprimé dans la phrase que par la signification intrinsèque du verbe. Dans l'autre cas, on a seulement le phénomène sous les yeux, et l'on pourrait certainement l'exprimer en employant le verbe évaporer comme intransitif (cf. des exemples analogues p. 397); mais l'idée que ce phénomème est le produit d'une activité, domine encore au point que l'on conserve la forme du verbe transitif, bien qu'en fait le sujet n'accomplisse pas (ou ne le fasse que dans une mesure restreinte) l'activité qu'il subit. C'est ainsi que la tournure réfléchie nous conduit à ce sens passif exposé p. 421; mais on peut également imaginer une extension de son emploi dans une autre direction. Si des verbes originairement transitifs admettent la double construction intransitive et réfléchie, toutefois il a dû y avoir, au moins pendant un certain temps, une différence de sens, laquelle a vraisemblablement consisté en ce que, à la forme réfléchie, celle donc qui marquait davantage l'activité, se joignait l'idée de durée, de modification graduelle. Mais, quand le réfléchi eut reçu cette signification (408) secondaire de durée, il n'y eut naturellement plus aucune raison d'en limiter l'emploi aux verbes transitifs; au contraire, son transfert aux intransitifs s'off'rait presque de lui-même. Et, en effet, l'on trouve précisément en grand nombre parmi les réfléchis, en roman, les verbes qui indiquent un état

OU la modification d'un état, c.-à-d. les verbes de mouvement. Le ROUMAIN prend en ce cas également une place à part. En eiîet, si a desfeptâ (éveiller) et le synonyme a îreii ont pour correspondants au réfléchi a se desteptâ, a se tre:(i (s'éveiller), cela n'est pas autrement étonnant, après ce qui vient d'être exposé, qu'on trouve ensuite simultanément plec (j'arrive) et ma plec, tem (je m'effraie) et ma tem, cela s'explique aussi; de plus, ma uit (j'oublie) correspond au franc, mod. je m'oublie, à l'esp.-port. me olvido et peut passer pour un verbe marquant un état. Mais des formes surprenantes sont rog « je prie quelqu'un » ou « je demande quelque chose à quelqu'un » à côté de ma rog (je prie) ou joarà, suhtirico, bine, Cà tu naï altu pe nime Sa ti fie dràgut ca mine (Doine 503, 10 : jure bien, chérie, que tu n'en as aucun autre qui te soit aussi cher que moi) à côté de ^i 'ncepu a se jura (18, et elle commença à jurer), où l'on voit que des verbes transitifs, lorsqu'ils ne reçoivent pas de régime, deviennent réfléchis bien que leur action ne se rapporte en aucune manière au sujet. Il semble qu'on se trouve ici en présence d'une assimilation purement mécanique à des cas comme duc pre cine-va (je mène quelqu'un) : ma duc (je vais) etc. — En italien, l'emploi du réfléchi est très répandu. On trouve des verbes de mouvement comme andarsi, venirsi, fuggirsi, uscirsi, des verbes d'état comme giacersi, sedersi, starsi, essersi, rimanersi, viversi, dormirsi, tacersi, abstraction complète étant faite d'inchoatifs comme addormentarsi , ammalarsi etc.; même état de choses en vieux français, où à soi aler, soi venir, soi fuir qui ont persisté jusqu'à nos jours, se joignent encore entre autres soi gésir, soi seoir, soi ester, soi estre, soi remanoir, soi vivre, soi dormir; se taire est encore en usage aujourd'hui, de même que s'endormir, se mourir et autr. sembl. Une mention revient à se coucher (à côté de coucher') parce que, comme nous avons déjà pu le remarquer pour une raison différente p. 138, il présente manifestement le sens inchoatif qui est un développement du sens de durée. L'Ouest aussi se comporte de même : cf. en esp. irse, venir se, fuirse, quedarse, dormir se, en (409) port, sahirse, virse etc. — Dans les verbes réfléchis examinés jusqu'ici, il est hors de doute que le pronom réfléchi représente à l'origine un régime direct; le roumain nous en fournit

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