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IV. Le Prédicat

§ 396. Un nouveau développement de la proposition est le prédicat, c.-à-d. un nom qui est tantôt simplement juxtaposé au sujet ou au régime, tantôt uni à eux par un adverbe de comparaison ou par une préposition, et qui a pour fonction d'exprimer l'aspect sous lequel un être se présente, la particularité grâce à laquelle cet être nous apparaît comme auteur ou comme objet de Taction. Il y a connexion très étroite entre le prédicat et l'attribut; en apparence même, dans bien des langues, ils ne sont pas distingués : ainsi le lat. Vergilius poeta peut, d'après l'intonation, signifier « le poète Virgile » ou « Virgile est un poète ». Toutefois, même indépendamment de l'intonation, il existe encore une grande différence entre les deux locutions : en effet, dans le premier cas, Vergilius poeta est une (427) partie séparée d'un tout par le grammairien pour la commodité de l'analyse et qui ne se rencontre guère dans la langue parlée, tandis que dans le second cas nous avons affaire à une véritable entité linguistique. Mais, en faisant même abstraction de cette distinction, il existe au point de vue du sens une différence profonde entre la tournure attributive et la predicative. Si nous comparons par exemple les deux propositions « je connais cet homme heureux » et « je connais cet homme comme heureux », nous constatons dans le premier cas un régime direct composé, dont les diverses parties se trouvent avec le [verbe dans un rapport identique; Tidée « homme heureux » est visà-vis du verbe une idée une : le seul point de contact qu'elle ait avec l'action de connaître, c'est que le substantif est encore plus exactement déterminé, délimité par un adjectif. Il en est tout autrement dans le second cas. Le fait qu'on connaît un homme est tout à fait indifférent en soi : ce qui est important,

c'est l'aspect extérieur sous lequel on le connaît. Quand le prédicat se rapporte au sujet, il se rapproche du complément adverbial : il y a même de nombreux cas où la tournure adverbiale et la predicative s'emploient côte à côte avec une valeur presque identique, attendu qu'on peut suivant les cas attirer l'attention sur la manière dont l'action s'accomplit ou bien au contraire sur l'aspect extérieur de l'auteur de cette action (cf. § 399). Il faut maintenant signaler encore une différence importante. Dans « je l'ai vu comme roi », l'aspect extérieur exprimé par le prédicat est un aspect que possède réellement le régime; au contraire, dans « il a vécu comme roi », il est dit que le sujet nous apparaît comme quelqu'un qui possède l'aspect extérieur exprimé par le prédicat. On aperçoit de suite l'étroite parenté des deux classes; une autre preuve, c'est qu'en français elles ne se distinguent pas dans la forme. Le roman possède diverses formes pour rendre le prédicat de comparaison. Du moment qu'il recourt à la particule ital. corne, franc, comme, il n'y a rien de plus à signaler ici à ce propos; mais on a d'autres tournures plus importantes, celles qui étaient h l'origine prépositionnelles ou constituées par toute une proposition. Le roumain nous offre un mélange des deux espèces de prédicats lorsque, à côté de a avea de profesor, il dit également a avea ca profesor (avoir comme profes- (428) seur). Indépendamment de la question de savoir quels sont les verbes qui exigent un prédicat et quelle est la forme de ce prédicat, se présente ensuite surtout l'examen des rapports entre le sujet et le prédicat, et ici l'on doit d'abord considérer que le sujet peut quelquefois adopter dans les propositions predicatives une forme autre qu'avec les verbes transitifs et les intransitifs; ensuite il faut tenir compte de l'accord en cas, en genre et en nombre. Quand les deux membres sont de nombre différent, il faut naturellement rechercher aussi avec lequel des deux le verbe s'accorde.

L Verbes prédicatifs

§ 397. De la même manière que chez les verbes transitifs (p. 389), on peut aussi distinguer chez les prédicatifs entre ceux qui exigent ordinairement un prédicat et même qui

§ 397' VERBES PRÉDICATIFS ' 445

ne se conçoivent guère sans, et ceux qui peuvent suivant les circonstances être accompagnés d'un prédicat ou employés seuls. A la première classe appartiennent avant tout, parmi les verbes intransitifs, les verbes qui marquent un état, et aussi bien ceux qui signifient « se trouver » que ceux qui veulent dire « entrer dans un état », à savoir les verbes

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