LE GROUPE DE MOTS
§ 120. La réunion de deux ou plusieurs mots constitue le groupe de mots. La dépendance réciproque des diverses parties d'un tel groupe ou bien n'est pas exprimée par la forme des mots, ou bien l'un d'eux adopte dans sa forme une modification qui marque cette dépendance, ou bien enfin des particules spéciales s'y ajoutent pour opérer leur réunion. Quant à la relation de sens qui unit les éléments constitutifs du groupe, il faut distinguer si les deux mots sont coordonnés ou si l'un sert à déterminer l'autre. Le premier de ces phénomènes peut être appelé simplement coordination, le second subordination. En ce qui concerne les différentes espèces de mots, on peut dire que la coordination présuppose des mots homogènes, la subordination sans particule copulative des mots hétérogènes, la subordination avec particule des mots de l'une aussi bien que de l'autre espèce : ainsi en franc, le père et la mère, bon et beau, celui-ci et celui-là, avant et après, il rit et il chante ; le bon père, trois fils, cette maison, très bien ; en lat. d'une part pater familiae, d'autre part fidelis patriae. Nous l'avons déjà remarqué précédemment (§ 40), la dernière classe n'a que de très rares représentants en roman; aussi faut-il recourir au latin pour en donner des exemples. On a la subordination de mots homogènes sans particule copulative dans très bien et d'après, le premier formé par la juxtaposition de deux adverbes, le second par celle de deux prépositions; toutefois il y a à cela des raisons spéciales (v. § 131). A part ce cas, on pourra dire qu'un mot qui, comme le franc, vainqueur, voisine, est généralement substantif,
(148) passe aussitôt au rang d'adjectif si on le joint immédiatement à un autre substantif pour le déterminer avec plus de précision : le peuple vainqueur, la ville voisine. Si la répartition des groupes de mots en coordonnés et subordonnés a pour base leur signification, en revanche on peut reprendre leur forme comme point de départ pour faire une distinction entre la JUXTAPOSITION et la COPULATION : ainsi d'une part le père, la mère, le fils; le bon père, trois fils, cette maison, très bien, d'après, de l'autre le père et la mère, le père de famille, le mari avec la femme etc. Enfin il existe un troisième point de vue, qui tient le milieu entre les deux précédents et qui se fonde sur la nature des mots, à savoir la combinaison de mots homogènes : en franc. le père et la mère, l'amour de la patrie, d'après et la combinaison de mots hétérogènes : le bon père, cette maison etc. Aucun de ces principes n'est susceptible d'une application complètement rigoureuse; toutefois c'est peut-être le second qui permet l'exposé le plus clair. Mais alors, si on le prend pour base, on se heurte encore à la question de savoir si la première place revient à la juxtaposition ou à la copulation. Envisagés au point de vue historique, elles sont toutes deux également anciennes en roman; cependant on ne peut pas contester que le dernier de ces phénomènes ait légèrement empiété sur le domaine du premier; par conséquent, il vaudra mieux lui assigner la seconde place.