A. L'ÉNONCIATION
I, Le Verbe personnel
§ 287. La forme la plus simple de la proposition est représentée par le verbe à un mode personnel : en lat. canto (je chante), pluit (il pleut) et de même en roum. dnty ploae, ital. canto, piave, a. -franc, chant, pluet, esp. canto, llueve, port, canto, chove. Mais en même temps on trouve aussi, (311) dans presque toutes les langues romanes, avec un sens plus ou moins identique, le verbe à un mode personnel accompagné du pronom personnel correspondant : en ital. io canto, franc, mod. je chante, esp. yo canto, port, eu canto. Cette tournure se justifie tout d'abord quand on veut insister particulièrement sur le sujet, de la même manière donc qu'en latin on ne dit à l'origine ego canto que là où celui qui parle doit attirer l'attention sur soi; cependant presque partout le pronom s'est affaibli jusqu'à un certain point, et il est surtout devenu le compagnon indispensable du verbe lorsque, par suite de l'appHcation des lois phonétiques qui régissent les finales, la personne n'est plus exprimée par le verbe lui-même : c'est p. ex. le cas en français moderne, où chante (sài) est très équivoque et où je chante seul représente entièrement un verbe à un mode personnel. Avec le français concordent les patois du Nord de l'Italie, à cette différence près qu'ici la réduction du pronom est encore poussée beaucoup plus loin (v. II, § 80). Si donc, au point de vue moderne, le franc, ^ysàt correspond exactement au latin canto, il nous faudra pourtant, tenant compte du développement historique, renvoyer au § 335 l'examen plus détaillé de ce type, et cela surtout aussi parce qu'à la 3= p. sing, i-sàt n'est pas
^±4 cHàWtrë iti : La proposition §287. 288.
encore devenu tout à fait l'équivalent de caniat, étant donné que homo cantat ne devient pas l-om i-sàt, mais l-om sàt. On pourrait donc tout au plus dire que le simple verbe à un mode personnel possède en français une double forme, suivant que le sujet est un nom ou un pronom, forme dans le premier cas plus courte ou simple, dans le second plus longue ou à sujet préposé. A part cela, il n'y a rien à dire sur les propositions constituées par une forme simple du verbe à un mode personnel. Nous devons accorder d'autant plus d'attention à celles qui renferment une forme composée. Elles se divisent en trois classes, selon que le verbe principal est un participe, un gérondif ou un infinitif. Les deux membres sont le plus souvent juxtaposés; c'est seulement avec l'infinitif que, concurremment avec la juxtaposition, on doit aussi tenir compte de la copulation.
a. Combinaisons avec un participe
§ 288. Parmi les combinaisons avec un participe, la plus importante est de beaucoup celle qui contient habere. En latin déjà l'on rencontre de bonne heure des expressions comme (312) reniotum habere (tenir éloigné), clausum habere (tenir fermé), constittitiim habere : ibi castellum Caesar habuit conslîtutum dé]à presque au sens d'un parfait : « il posséda un château qui était érigé là — il avait un château érigé là », puis cognitum habeo, qui est l'équivalent de fnihi cognitum est. C'est précisément avec les verbes qui expriment une activité intellectuelle que s'accomplit le plus facilement le passage à l'idée de parfait, c.-à-d. à l'idée de l'état résultant de cette activité : en etfet, le sujet du participe est alors le même que celui du verbe personnel, ce qui d'ordinaire n'est pas le cas avec scriptum habeo. A côté de cognitum habeo, de bonne heure on rencontre notamment compertum habeo et l'expression équivalente mihi compertum est, puis aussi déjà dictum : de Caesare satis hoc tempore dictum habebo, dit Cicéron (Phil. 5, 32); et l'on rencontre encore isolément quelques tournures de cette espèce, mais — chose assez surprenante — au cours de l'époque impériale elles tombent plutôt en désuétude, jusqu'à ce que avec le vi'' siècle cette tournure prenne tout d'un coup sa plus large extension, avec
§288. 289. Habere et Esse avec le participe 325
cette restriction toutefois que même alors elle reste encore limitée aux verbes à régime. Le dernier pas, consistant à dire aussi *habeo venututn, *haheo demoratum etc., paraît avoir été franchi un peu plus tard encore, mais cependant toujours avant les débuts de notre littérature romane.
Cf. Ph. Thielmann, Habere mil dein Part. Perf. Pass., Arch. lat. lex. II, 372-423, 509-549-
§ 289. Comme nous venons de l'indiquer, à côté de habere prend place esse. La différence qui existe entre ces deux tournures est jusqu'à un certain point la même que le latin établit entre l'actif et le passif, c.-à-d. que l'être auquel on attribue la propriété exprimée par le participe est avec habere l'objet, avec esse le sujet de l'action, ou bien que par esse on indique l'état où se trouve l'auteur de l'action, par habere au contraire une activité. Dès lors on comprend que tout participe, dès qu'il s'agit précisément d'indiquer un état, soit susceptible d'être joint à esse; une autre conséquence, c'est qu'un seul et même verbe peut se construire avec habere et avec esse lorsque sa signification lui permet d'exprimer tantôt une activité, tantôt un éiat. Ainsi le franc. // a chaiité exprime donc une activité;// est (313) chanté désigne donc un état. C'est ainsi qu'on distingue entre avoir dormi et être endormi; l'anc. français, à côté de /"/ a tant aie, dit il est ale:(^ (il est allé), où l'on ne considère donc pas tant l'action d'aller que l'état qui en est le résultat, le fait de se trouver quelque part. Cela étant, l'on peut dire que les verbes dont l'activité s'étend sur un être, c.-à-d. les verbes transitifs, sont susceptibles d'être unis en toute circonstance avec habere et esse; et ils le seront avec le premier s'il faut dire que cet être est atteint par cette activité ou mis par elle dans l'état dont l'idée contenue dans le verbe constitue un signe caractéristique, avec esse si l'on doit indiquer qu'il se trouve déjà dans cet état : Ravaillac a tué Henri IV — Henri IV est tué. A côté de ces verbes qui tolèrent les deux constructions, il s'en trouve un petit nombre qui n'admettent que habere ou que esse : ce sont d'une part ceux dont l'activité est proprement le fait d'un seul être sans qu'un second en soit aucunement atteint (en franc, dormir : fai dormi), de l'autre ceux qui
326 CHAPITRE m : LA PROPOSITION § 289. 29O.
indiquent seulement un état ou le fait de se mettre dans un état comme en franc, mod. mourir : // est mort, aller : il est allé etc. Quels sont maintenant les verbes qui appartiennent à la première classe et ceux qui appartiennent à l'autre ou, pour mieux dire, dans quels cas une idée verbale nous représentet-elle un état, et dans quels cas nous représente-t-elle une action ? Cela dépend jusqu'à un certain point de la façon dont nous concevons individuellement les rapports linguistiques et c'est, rigoureusement parlant, la tâche de la lexicologie plutôt que de la syntaxe d'indiquer, en se fondant sur le sens de chaque verbe en particulier, la classe à laquelle il appartient. Mais il existe pourtant une série de phénomènes généraux qu'il est permis d'examiner à cette place. En effet, l'on peut dire que les langues romanes ont une tendance décidée à simplifier les trois classes (i^ habere et esse, 2^ habere, 3^ esse) de manière que la troisième disparaisse au profit de la seconde. Faut-il y voir une différence de conception, une prépondérance décisive de l'idée d'activité, ou bien avons-nous là plutôt une assimilation mécanique, qui aurait fait descendre de plus en plus habeo can- (314) tatum au rang de forme temporelle analogue à cantabam, cantavi, entraînant ensuite une formation autant que possible identique chez tous les verbes ? C'est une question qui n'est pas encore résolue.
§ 290. La situation du roumain est tout à fait particulière. Il ne connaît en général que avea : il dit donc non seulement am cîntat, mais aussi am venit, am fost etc., et si dans les premiers temps on rencontre des propositions comme voao datu easte (Math. 13, 11), ^/ era urîtû tuturorû (C. B. I, 359, 9), el fu cunoscut de Priant (352, 17) et autr. sembl., il y a peut-être lieu de se demander si tel est vraiment l'usage du roumain parlé. Mais lorsque, dans la langue moderne, fi se présente avec le participe, l'idée d'état est tout à fait manifeste : cf. en macéd. noi hiim venits din Lunga (nous sommes originaires de Lunga, nous provenons de L.) à côté de noi avem venito din L. (nous sommes venus de L.). On s'étonne d'autant plus et l'on s'explique difficilement que am cîntat ait pour subjonctif Jâ ^ cîntat, chose étonnante aussi pour cette autre raison que ce fi n'a de flexion qu'en vieux rou-
§290.-292. Habere, Esse+PAKTicïPE enroum., rhét., ital. 327
main et de nos jours dans certaines parties du Banat; sinon, à aucune personne absolument il ne subit de modification. Non moins étrange est am fost cîntaty qui appartient à son tour plutôt à la langue des livres, où elle remplace aveam ou avuîû cîntat.
§291. En RHÉTIQ.UE, esse ne s'emploie généralement qu'avec les verbes indiquant le repos et le mouvement : cf. en obw. ei staus (il a été; il s'est trouvé), venius (est venu), ius (allé), ttirnaus (retourné), restaus (resté), daventaus (devenu), vivius (a vécu) et morts (est mort), sgulaus (a volé), suondaus (suivi), compar ius (paru), puis naturellement ei disaus (Barlaam 259, 3 : il est habitué), /û(« seigi ohligaus de survir a H (259, 37 : que je sois obligé de te servir), mi ei commendaii dil reig (264, 39), sum pinaus (259, 39 : je suis prêt) etc. De même en engadin : cf. es muvantô (R. C. 35, est issu), tumô (49, tombé), gratagiô (i, réussi) etc. Si, à côté de l'expression précitée ei turnaus (il est retourné), figure dans le Barlaam ha turnaus a patertgiar (264, il a recommencé à discuter), le mieux est peut-être d'expliquer la chose d'après le § 296.
§ 292. En ITALIEN, essere s'emploie dans une proportion (315) assez considérable, notamment avec les verbes indiquant le mouvement et la stabilité, comme andare, venire, arrivare, entrare, uscire, camminare, giungere, iornare, sortire, campare, passare, fuggire, scendere, salire, levare, montare, calare, cadere, correre, cavalcare; essere, stare, rimanere, restare, dimorare, cessare, giacere et aussi vivere. En outre, on rattache encore à essere, comme verbes exprimant le mouvement ou l'état, divenire et diventare (devenir), apparere, sorgere, scoppiare, smarrire, spirare et finalement mancare. Viennent ensuite les verbes unipersonnels, et tout d'abord ceux qui désignent des phénomènes de la nature : è piovuto (antérieurement ha piovuto), ê nevicato etc., mais on trouve pourtant ha tiratovento, puis accadere, occorrere, bisognare, convenire, calere, valere, bastare, parère, rincrescere, piacere, aussi giovare et finalement sonare en parlant de l'heure sonnante : è sonato mex^o giorno, où l'on voit que la construction originaire de sonare (p. 116) est entièrement oubliée. Sont directement dérivés du latin è nato, morto. Sou-
328 CHAPITRE III : LA PROi>OSITION § 292. 293.
vent on constate une certaine hésitation dans l'emploi. On comprend sans peine que sono fug gito se rencontre en même temps que ho fuggito la morte ou bien sono passato en même temps que Cesare ha passato il Rubicone; à ce propos du reste il faut observer qu'avec le dernier verbe il se produit parfois un croisement des deux tournures : fummo passati la Paglia (Cellini 34). Mais même avec d'autres verbes on trouve avère : c'est ainsi qu'on dit ho vissuto à côté de sono vissuto, puis ho camminato, corso, dimorato. Les patois présentent un état de choses partiellement différent : c'est ainsi par exemple que le sicilien emploie toujours et partout aviri, et que même le Sud de la péninsule suit cet usage dans une proportion qu'il reste encore à déterminer avec plus de précision. Dans les Abbruzzes règne une liberté presque complète : on dit a pyuvut§, nengute, ayye state, menute et, inversement, so vut§ (ho avuto'), fattç, ditte etc.
§ 293. Dans le français, l'usage ancien offre une assez grande différence avec le moderne. La plupart des verbes de mouvement exigent à l'origine être : ainsi il est ale:(, venux, couru^, issu^, sali^, entre:(, repairie:(, galope^, leve^ et couchiexi, monter, avale^, descendu:^, passe^, partix, rentre^, tourne:^, (316) eschape:(^, fui^, nagie:( etc., sauf naturellement les cas où ils ont un complément direct : ses bra^ a leve^ et autr. sembl.; il en est de même des verbes indiquant le fait de se mettre dans un état : il est endormi:^, esveillie^, changiez, afebli:(^, esclarci^,, desvoiie:(, esloigniez^, haissie:^, avancie:{, desjeime:^ etc., auxquels se rattachent aussi les verbes marquant la rupture : est brisiez^, creve:{, croissl:(,fenduz,franiz,froisste:(, rompu^. Viennent ensuite les verbes de repos, c.-à-d. dont le sens est « se trouver, rester dans un état » : est reposez^, demore^, sejorne^, remes. Il faut aussi mentionner est comenciex,feniz, peri^- Mais en même temps avoir se rencontre également avec plusieurs de ces verbes lorsqu'ils sont unis à tant, guaires et autr. sembl. : estale^, mais tant a aie, et de même couru, venu, nagié,fui, targié, et même cette condition n'est jamais requise pour cheminé, chevauchié, erré, siglé, waucré, qui ont toujours cet auxiliaire. Pour les premiers, on peut voir dans le terme de quantité tant une sorte de régime;
§293- Habere, Essere ■\- vkwncwE en français 329
mais les autres réclament une explication différente. Les trois premiers de ceux-ci sont dérivés de substantifs, et de telle manière que le mot simple désigne par rapport au dérivé le moyen ou l'objet de l'action : cheminer veut dire « faire un chemin », et c'est ainsi que cheminer peut produire l'impression d'un verbe transitif. Quant ksigler et waucrer, ce sont des emprunts récents, avec lesquels avoir s'est alors employé dès le début parce qu'il a toujours été d'un usage plus fréquent. A titre de particularités on pourrait encore rappeler que est mor^i et est ne:( se maintiennent comme étant la continuation de mortuus est et natus est, mais que vivre en revanche ne se rattache pas aux verbes qui lui sont apparentés par le sens, car dès l'origine il réclame avoir, par lequel est mise en relief l'idée d'activité. De même on dit toujours a gëu, mes, sis, veillié et esté. Le dernier est particu- Hèrement frappant; il s'explique pourtant dans une certaine mesure par le fait que esté appartient originairement, non à esse, mais à stare, et alors, de même que dans seoir (être assis), gésir (être couché), on considère plutôt dans ester (se tenir) l'action que l'état. Puis, lorsque esté eut assumé la fonction d'un participe de esire, la tournure a esté se maintint sans subir de modification. Si maintenant il existe une différence entre les verbes simples et les composés : a veillié, — est esveillie:(, a geu — est ageu:(, a dormi — est endormi:^, a sis — estas sis etc., elle s'explique d'elle-même par le changement de sens qui s'est introduit dans les composés. — Mais au cours des xv^ et xvi^ siècles il s'est opéré peu à peu une transformation dont le résultat fut que (317) être, sauf naturellement dans la première classe et avec les verbes réfléchis (§ 295), perdit pied sur une très grande partie de son domaine. On dit aujourd'hui fai couru, sailli, sauté, déjeuné, crevé etc., mais on conserve encore je suis allé, venu, sorti, parti, entré, arrivé, tombé, retourné', cf. pourtant chez Voltaire : où serais-je, grand Dieu, si ma crédulité eût tombé dans le piège à mes pas présenté (Orphelin de la Chine II, 3); pour échappé, les prescriptions des grammairiens diffèrent, et pour beaucoup d'autres on peut même encore actuellement, suivant le sens du verbe, employer les deux constructions : // a demeuré trois ans à Paris en même temps que mon cheval est demeuré en chemin; le cortège a passé sous mes fenêtres et le cortège est passé et
autres exemples mentionnés par les grammairiens et dans lesquels être indique l'état, avoir l'action. On pourra donc dire que le français tend à unir tous les participes avec avoir et à réserver être pour les cas où l'emploi de cet auxiliaire lui permet d'exprimer une autre nuance de sens qu'avec avoir. Mais pour le moment l'évolution n'est pas terminée : il s'est même conservé des débris d'une période antérieure où entre autres la plupart des verbes de mouvement exigeaient être.
Cf. F. HoFMANN, avoir und estre in dm iimschreihenden Zeiten des altjraniôsischen intransitivm Zeitworts, Berlin 1890.
§ 294. Dans les premiers temps, I'espagnol et le portugais se trouvent au même point que les autres langues ; ser notamment y est usité avec des verbes d'activité sans complément : cran esforçados (Cid 171, ils s'étaient efforcés), non era puesto el sol (416), qiiando fueredes yantado (1039), es levantado (2219), eran rrepentidos (3557), sedes osado (Cr. Rim. 11), son por matarte jurados (Alex. 1527), furon cenados (Berceo, Mil. 353) et même la maor parte de la mar eran pasados (Alex. 243). De plus, ser est l'auxiliaire ordinairement employé non seulement avec muerto, mais aussi avec les verbes de mouvement : on a donc ser venido, entrado, pasado, tornado, arrivado, partido, llegado, salido. Mais déjà au xiv^ siècle haher s'introduit de plus en plus, et au xvi^ ser se restreint aux verbes de la première classe : on dit donc aujourd'hui ha venido, andado, (318) muerto, nacido, ha cantado et es cantado; he pasàdo (j'ai passé) mais la sierra es pasada (la montagne est franchie) etc. Mais alors il faut encore observer que haber à son tour cède de plus en plus la place à tener. Tandis que le Poème du Cid ne paraît pas encore en offrir d'exemple, on lit dans le Roman d'Alexandre esso que tu di:(es tenia yo asmado (1840), et cet usage s'est progressivement étendu au point que de nos jours avec les verbes transitifs tener a presque entièrement supplanté haber, surtout dans les significations primitives de ce dernier (v. § 306). Même état de choses en portugais. Camoëns connaît encore ser chegado, mais déjà il dit aussi ter vindo, et après lui l'emploi de ser se restreint aux mêmes proportions qu'en espagnol. En ce qui concerne la substitution de ter à haver, le
§294- 295- Habere f Esse -\- participe en esp. et port. 331
portugais va encore plus loin, car aujourd'hui il ne connaît plus que le premier.
Cf. A. H. Fontaine, On the Jmtory of the auxiliarly verbs in the romance languages. University Studies of Nebrasca I, i, 1886, où l'auteur a rassemblé notamment pour les langues de l'Ouest des matériaux précieux pour l'histoire de la question, mais où il a présenté pour la résoudre des vues en partie insoutenables et dont F. HoFMANN déjà a entrepris la critique dans la dissertation citée comme référence au § 293.
§ 295. Une place à part revient aux participes des verbes RÉFLÉCHIS. Il va sans dire que dans l'Ouest et dans l'Est ils se construisent avec habere^ et l'emploi prépondérant aussi en italien de cet auxiliaire s'explique sans difficulté par le fait que les verbes réfléchis peuvent être considérés comme des verbes transitifs. Mais le français moderne, lui, présente toujours être : il s'est éloigné, il s'est tué etc. Voici comment s'explique cet emploi. Étant donné le sens du participe, tel qu'il a été déterminé p. 14 sqq., il n'est pas absolument nécessaire qu'il soit accompagné du pronom réfléchi : esloignie^ signifie « éloigné » , « quelqu'un chez qui l'on constate l'action de s'éloigner » ; esloignie^ est veut donc dire « il est éloigné », sans qu'on prenne égard à celui qui a réalisé l'éloignement. Cet esloigniez^ est peut alors, aussi bien que il s'a esloignié, s'employer pour marquer une opposition formelle avec il s'esloigm; en d'autres termes, la langue se trouve libre d'employer les deux tournures qui sont possibles avec tous les verbes transitifs, lorsque sujet et régime désignent une (319) seule et même personne. En réalité, le vieux français offre les deux tournures : cî. fiere escremie s'ont rendue (Troie 16225), lui cui joie s'a tolue (Ch. Lyon 2795) etc., mais il est vrai que les premiers textes ont plus souvent estre : cf. cascuns des encantés est de son faus aniel vantés (Aniel 166), et par destrece en sunt tel mil en mer féru, Se toute ne le boivent, noie sunt et perdu (Alix. 91, 6). Lorsqu'ensuite au cours des temps, par analogie avec s'esloigne, s'esloignoit, s'esloigna, s'esloignera, le pronom réfléchi eut également pénétré dans les formes composées, estre n'en subsista pas moins : ainsi esloignie:^^ s'est, d'où alors le franc, mod. il s'est éloigné. Tandis que le français moderne en est
332 CHAPITRE m: LA PROPOSITION §295.-297.
arrivé à une rigoureuse régularité, l'italien présente une certaine hésitation. Il est vrai qu'à tout prendre il préfère essere : mi sono jerito, egli si è vantato etc., mais en a.-ital. on lit gli occhi rivolsersi aile luce che promessa tante savea (Par. 8, 43). Parmi les modernes, Goldoni, Foscolo, Manzoni, Pellico préfèrent avère, lequel s'est d'ailleurs toujours employé quand le pronom réfléchi est régime indirect : avevasi recato lo fanciullo in braccio (Bocc, Dec. 7, 3) etc.
L'explication du franc, il s'est éloigné est due à A. Tobler, N. Schweiz. Museum III, 241 et Beitràge II, 56-57. Pour l'a. -franc. 50/ avoii- esloignié, on trouvera des exemples dans A. Tobler, Vrai Aniel, Rem. à 166, W. Fœrster, Chev. II esp.. Rem. au vers 3742, K. VoLLMôLLER, Brut de Munich, Rem. au vers 190.
§ 296. Les verbes auxiliaires du mode examinés au § 322 exigent en général habere, c.-à-d. donc que l'infinitif est régime du verbe, lequel est transitif. A cette règle 1' italien fait exception. Il dépouille complètement de son individualité le verbe auxiliaire du mode et règle son choix entre avère et essere sur le verbe principal : il dira donc sono voluto venire, è potuto andare, mais ha voluto cominciare, ha potuto farlo. Dans le domaine français également on rencontre parfois un usage analogue : cf. plus ne me suivoulu^ tenir (Mon. Guill. pr. 14, 23), sou lieu nest peut estre trouvei:( (P. L. 36, 36), sur Vasnesse est volu monter (Mist. Pass. 16 13 5), vous estes volue apparoir (Mir. N. D. I, 460), les Dieux se sont voulu venger (Garnier, Cornélie 274), et Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser (Boileau, Sat. El, 124) etc., exemples dont la date déjà nous interdit de songer (320) à une importation italienne; au reste, le provençal aussi connaît la construction correspondante : com era pogut intrar (Choix 5, 9). C'est également ici que se place l'a. -franc, mult l'ai alet querant (Voyage Charlemagne 279).
D'autres exemples du français sont donnés par A. Tobler, Beitr. II, 37 sq. et A. Risop, H. A. 95, 316.
§ 297. Il va de soi que toutes les formes de habere et de esse peuvent être unies au participe, même les formes composées : habere habeo (§ 319). Une remarque est due à Vrnbui cantatu et à *habeo habutu cantatu. En général, tous deux ont leur place
^297- 298. SIGNIFICATION DE habere avec le participe 3^^
marquée dans l'étude du groupe de propositions et seront par conséquent examinés plus tard. Toutefois il faut observer ici qu'ils sont souvent l'équivalent du simple cantavi : cf. en obw. ad igl darditur vet dau ad els in antenna (Alig 178, et le traître leur fit un signe), a igls survients afumelgs venan faig in fieug enta fniet^ la Cuort, stevan a sa scaldaven (25 e, et les domestiques et valets firent un feu au milieu de la cour, se mirent autour et se chauffèrent); tel est surtout le cas en italien : guardando nella fonte ehbe veduta questa anguilla (Sacch. 209), uno de' signori con uno carbone nella minore audien^a ebbe dipinto ml muro proprio Dino (87), e cost tutti gli ebbono divelti e portati i capi e lasciati i gambi nel luogo loro (91), mais il se présente aussi dans les autres langues : en prov. e quant hac assa^^ remirat la tor . . . el leg si mes, un pauc travala, Et en dormen ac recordat So quel Jorn ac vist e pensât (Flam. 2654), en a. -franc, li quens Bougars de Valence qui sa guerre avoit a furnir ne s'oublia mie, ains ot mandé ses homes a pié et a ceval si traist au castel par asalir (Auc. 8, 2). — Quant à habeo habutu cantatu, il a son principal domaine dans les patois qui ont remplacé cantavi par habeo cantatu (p. 129); ainsi p. ex. dans le sursilvain : cf. Victor, che ha giu faitg scava^ar Sointg Placi (C. Mem. 201, 8 : Victor, qui a fait décapiter saint Placide), suenter Ursacin ei staus vegnius en enconoschienscha (201, 8 : lorsque Ursacin eut appris), // beau Victor ha giu regiu la Claustra entochen pSo (203, 33 : le bienheureux Victor a dirigé le couvent jusqu'en 980), havend el giu mess e restabiliu enten in bien stand la Claustra (211, 7 : ayant mis et rétabli en bon état le cloître), suenter haver giu mess en pei ina armada (208, 17 : après avoir mis sur pied une armée) (321) etc., // schredau hafatg sco femna veglia ha giu detg ad el (March. 3, 36), ei era in prinxj , il quai ina nauscha stria haveva giu midau en ina siarp (14, 39 : il était un prince, lequel une méchante sorcière avait changé en un serpent) etc.
§ 298. En ce qui concerne la signification de la locution HABEO «CANTATU, il y a d'abord à citer quelques cas où le sens primitif de habere « avoir, posséder » apparaît encore clairement. On lit chez Sacchetti in sul mattino levandosi il lavoratore ed andando proveggendo le sue terre, ebbe veduto appiè d'un burrato
questa botte (17), ce qui signifie évidemment « il aperçut ». D'autre part, on rencontre en vieux français des exemples comme faites me. Sire, fait il, tant d'amistié. Se il vos plaist et il vos vient a gré,' K a Karahuel eusse un pou parlé (Enï. Og. 3446 : « que j'obtienne de parler à Karahuel », tout simplement dans le sens de « que je puisse parler »), je niesmay forment de r emprise comment l'aie bien a chief mise (Cléom. 17 : comment j'obtiendrai de conduire l'entreprise à bonne fin), sans tenir aucun compte de cas comme plus de cent homes i ot manois noie:(^ (Jourd. 2162 : il y eut plus de cent hommes immédiatement noyés). Et même, encore aujourd'hui, l'on dit en sic. mi lassassi jiri ca haju H porci nchiusi (Bibl. iv, 142 : laisse-moi , aller, que j'obtienne d'enfermer les porcs).
§ 299. A cette tournure s'en rattache très étroitement une autre qui se rapproche beaucoup pour le sens du passif latin et dans laquelle, étant donné qu'il ne s'y trouve pas de sujet énoncé, habere peut être purement et simplement remplacé par esse. Le vieux français surtout emploie très couramment des tournures comme celles-ci : encor a fait H enfes autre ban recrier Que il n'i ait en l'ost ne tolu ne amblé (G. Bourg, 296), mes dites moi dont estes, que il ni ait menti (441), mais ensuite aussi avec un sujet déterminé : qu'il nait le chief copé (674), en outre fai tous enflés les jambes e les pies (J26), emploi qui se retrouve dans le franc, mod. j'ai le dos tourné (G. Sand, Consuelo 3, 194). On le rencontre également ailleurs : cf. en obw. // fav ha lu stoviu rir ton denavon ch'il ha giu scarpau il tgil (March. 19, 8 : la fève a alors dû rire si fort qu'elle a eu (322) le cul éclaté), en sic. lu pannieri appi tagghyata la testa (Bibl. 4, 275 : le boulanger eut la tête coupée), en a. -port, ay eu querria aver a cabeça talhada (Graal 99).
§ 300. Si, dans les types mentionnés jusqu'à présent, il ne -j peut pas encore être question d'une signification temporelle de habeo cantatu, il existe cependant, en vieux français de nouveau, de nombreux cas où la tournure a la valeur d'un présent terminatif. Il est vrai que c'est le plus souvent dans les groupes de propositions qu'on doit les chercher : ils ne devront donc être examinés que dans le prochain chapitre ; toutefois, même dans
§ 300. SIGNIFICATION DE hahcrC AVEC LE PARTICIPE 335
la proposition simple, ils ne sont pas entièrement inconnus. On lit dans Amis et Amiles : Sire compains, ne soie^^ esperdus, oste:( vos dras, ate:(^ les miens vestus (103 1); cf. en outre or tost, dist Bauduins, et si aies mengiet, et buve:( liement (B. de Seb, 9, 655), s'il a bon sanc en lui, si les ait secourus (r8, 731) et la formule épique particulièrement fréquente ne ni aies celé. Un deuxième groupe d'exemples présente, avec les verbes auxiliaires du mode, avoir chanté au lieu de chanter : cf. à la gent qui est de Dieu haie vent la bataille tempre avoir coumencie (Enf. Og. 4963), tot mon roiamne vorroie avoir perdu (4887), ensetmnt voeilt ses gens avoir tenus (B. de Seb. 24, 19), car certes se cent iex avoie Miex les vourroie avoir perdux Qu'ainsi demourasse esperduz^ Que ja mais je ne la veisse (Mir. N. D. 13, 1422), bien quidierent Nerbonne par force avoir conquise Mais Nerbonnois les ont recëus en tel guise Que bien lor doit sambler k'en aus na coardise (B. Comm. 1642), le jour que ele dut sa voie avoir emprise s'est devant le roi Floire, son père y a génois mise (Berte 169), cel jour meisme s'ert li rois conseilliés Coument paiens puist avoir damagiés (Enf. Og. 2487) et encore, pour finir, je la feray de cuer contrict pour plus tost en avoir destruit mes vanité^ (Mir. N. D. 17, 218). Comme on le voit par ces exemples, il est toujours question d'une chose désirée, projetée, possible et qui est présentée non comme s'accomplissant, mais comme exécutée, terminée, exemples avec lesquels concordent donc aussi ceux qui seront donnés au § 303. En ce qui concerne l'origine de cette tournure, on peut se demander si le point de départ doit être cherché dans le cas étudié au § 303 ou bien s'il faut la rattacher aux tournures connues du latin comme non potes probasse nugas (Plaute, Aulularia 5, i, 19), nolito edepol divellissc (Pœnulus 4, 2, 50) etc., c.-à-d. que avoir chatité serait une continuation directe d'un lat. cantasse. (523) Ce qui rend invraisemblable cette dernière hypothèse, c'est que la tournure latine a disparu de bonne heure dans la langue populaire et que c'est uniquement par les poètes grécisants qu'elle a été temporairement réintroduite dans la langue écrite. De plus, l'infinitif passé du latin semble plutôt se rattacher à l'idée d'action momentanée, tandis que la construction romane exprime un tout autre sens. A moins donc que la tournure en
soi ne nous offre un développement purement spontané, il faudra y voir une assimilation à vuelt estre venu:( (§ 303), et cette hypothèse est peut-être d'autant mieux fondée que, dans tous les temps, le latin a connu des phrases comme justam rem et facilem esse oratam a vobis volo (Plaute, Amphitryon, Prol. 33).
Cf. sur cette question et sur le § 303 A. Tobler, Jahrb. XV, 249 et Beitr. I, 131 Rem., Th. Engwer, Ùber die Anwendung der Tempora perfectae statt iniperfectae actionis im Altfranxpsischen, Berlin
§ 301. Mais la signification de loin la plus fréquente, attestée en latin déjà, et la plus employée dans tout le domaine roman, c'est celle d'uNE action complètement achevée au MOMENT ACTUEL, Celle douc du parfait latin, si tant est d'ailleurs que ce dernier soit un véritable parfait (p. 131) : cf. en roum. feacerà acolo râ^oïû mare // multâ sânge s' au vràsat {i multi fârà numàr au périt (C. B. i, 402, 18 : il se fit là une grande guerre et beaucoup de sang s'est versé et beaucoup d'hommes ont péri), multu se cutremurà pâmîntul {i multe cetâti s'au ràsipit {i multi oameni au périt (361, 11 : beaucoup trembla la terre et beaucoup de cités se sont écroulées et beaucoup d'hommes ont péri); de même, en parlant des empereurs morts, on dit toujours au domnit (il a régné durant tel ou tel temps) et les contes commencent en général par a fost 0 data (il fut une fois, mais aujourd'hui cela n'est plus), en obw. scheit a gli bab da casa, igl meister ha gig ilg miu temps ci nau tier (Alig 22 : dites au maître de maison, le maître a dit, mon temps est là), saveits tgei jau hai faig cun vus (55, savezvous ce que j'ai fait avec vous?), scha jau, vies segnur a meister, hai lavau vos peis scha doveits era vus lavar in gliauter els vos pets (56 : comme moi, votre seigneur et maître, j'ai lavé vos (324) pieds, ainsi devez-vous aussi vous laver les uns aux autres les pieds), en ital. lo condussi in casa vostra e Vho nascosto e s ta H, gli ho scritto ieri sera ; signore, io non ho mai ingannato alcuno e tutti mi danno deW ingannatrice (Pellico, Pris. 59), nondimeno io ho sempre avuto in costume camminando di dir la mattina un paternostro (Bocc, Dec. 2, 2) etc. (cf. aussi ha dormito? Non dormiva (Serao, A. A. éi), où la question est faite au point de
§ 301. 302. SIGNIFICATION DE habere avec le participe 337
vue du présent, tandis que la réponse se réfère uniquement à un état appartenant au passé), en a. -franc, or ai trové co que tant avons quis (Alex. 71), li cuens Rollan:{ mie ne s'asôuret, Fiert del espiet tant mm hanstc li duret, A XV colps fraite Vad e perdue, Trait Durendal (Roi. 1321), en franc, mod. jamais femme na conservé plus longtemps sa beauté (cf. aussi fai été son amant, Monsieur, je ne l'étais plus Belot, Une affolée d'amour 64), en esp. el caballero huésped le pide al cabo de algunos dias que ha est ado en su cor te licencia para ir â servir le (D. Quich. I, 116), Pépita Jimenei, d quien muchos han visto nacer, à quien vieron todos en la miseria, viviendo con su madré, â quien han visto des pues casada con el decrépito y avaro Don G., hace olvidar todo esto (J. Valera, Pep. Jim. 53), en port, nào me mint as Gerinaldo, Que nunca me tens mentido (Rom. port. I, 103), Margarida se sentia triste, sem que Ihe acudisse â ideia tudo quanto havemos dito (Diniz, Pup. 25) etc. En ce qui concerne le rapport de cette forme composée avec le parfait simple, qui continue à s'employer très couramment dans les deux langues de l'Ouest (p. 133), il est à noter qu'en portugais la première est d'un usage en général plus rare et qu'en espagnol ha cantado se rapporte d'ordinaire au moment le plus récent ou à un moment tout à fait vague et laissé dans l'indétermination, sans que cependant pareille distinction soit toujours rigoureusement observée.
§302. Mais alors, par le £iit qu'on renonce à établir une relation de l'action avec le présent, le parfait devient temps histo- RiauE, et il exprime, notamment par rapport au prétérit de durée, toutes les modalités diverses de l'action dont l'existence a été attestée par des exemples chez l'ancien parfait latin (p. 132 sqq.). Ce changement de valeur s'est surtout accompli dans un (325) très grand nombre de patois, mais il se manifeste souvent aussi dans les langues écrites, et il a peu à peu fait disparaître entièrement l'ancien parfait, phénomène sur lequel nous avons déjà donné à la p. 129 les indications essentielles. En roumain, il se montre surtout dans la Moldavie et le Nord-Ouest du Banat, où am cîntat et cîntai se disputent vivement la prééminence; c'est ainsi qu'une ballade des Cânt. Mold. p. 293 commence-
Meyer-Lubkf, Grammaire III. 22
avec le présent, mais ensuite continue ainsi : Saicu 'n sama nau bagat, tear clobani au bucïumat, S'a^a tare au budumat, buduinasul au crapat (S. n'a pas foit attention, mais les bergers ont sonné de la trompe, si fort ils en ont sonné que le souffleur a cre/é) et ce temps est conservé pendant tout le reste du poème. D'ailleurs, déjà dans l'ancienne traduction de l'Évangile selon S. Mathieu (ii, 7), mersciu et mârs-atî sont employés avec une entière équivalence. Au sursilvain nous emprunterons un bel exemple, qui montre clairement le rapport entre le prétérit de durée et le parfait : in fav et ina viaspra maven in di a spas ded in pleun or a et ein vegni fier in dulg ; ma ne in ne fauter vulevan ira tras l'aua. La viaspra ei ida per in strom (March. 19, i : une fève et une guêpe allèrent un jour se promener à la campagne et sont venues à un ruisseau; mais ni l'une ni l'autre ne voulaient aller à travers l'eau. La guêpe est allée par un brin de paille). En Italie, la langue écrite un peu soignée et même celle du peuple, telle qu'on la trouve par ex. dans les Delizie del volgar toscane de Giuliani, en offrent vraiment peu d'exemples. Aussi, quand nous voyons Goldoni repousser résolument le parfait historique au profit du parfait ordinaire, il fout probablement l'attribuer à une action régressive de sa langue maternelle, qui était le vénitien, et de même pour d'autres écrivains qui manifestent une préférence analogue, on recherchera aussi tout d'abord quel est l'usage suivi par le dialecte de leur pays d'origine. Tout autre est la situation en français, a travers toutes les périodes de son histoire, cette langue maintient entre chantai et ai chanté une entière équivalence d'emploi et de sens, laquelle est même un caractère spécifique de l'ancienne langue poétique : cf. déjà dans l'Alexis m ' l reconurent ne ne l'ont enierciet (25), en outre Alixandres ist del chaste! Contre le roi cui moût fu bel, Si li a le conte randu. Et li rois na plus atandu Que lors ne face sa justise, Mais nwut loe Alixandre et prise (Cligès 2201), li rois lava, tuit ont lavéQAér. (326) 5082) ou bien, à côté du présent historique : Comix et Nerius se pasment. Au revenir lor vies blasment, Et Parmenides desor toi ^ ^^^ chevos detrcix et roz^ (Cligès 2077). L'ancienne prose, en revanche, connaît un peu moins cet emploi, et le xvi'' siècle semble y répugner complètement, tandis que chez les classiques
§ 302. 303- Habere avec le participe comme parfait 339
il n'est pas précisément rare : en passant par devant la chambre d'Angélique, fat vu un jeune homme avec elle qui s'est sauvé d'abord qu'il m'a vue (Molière, Mal. im. 2, 10) et à l'époque moderne, ainsi qu'on l'a déjà indiqué p. 130, c'est lui qui l'emporte de beaucoup, même dans la littérature. En espagnol, la langue épique est d'accord avec celle du français : grado exir de la posada e espidios de amos. Exido es de Burgos e Arlançon a passado : Vino pora la tienda (Cid 200), tomô una espada y rodela Y de seci-eto se ha ido, Vido al conde paseando Y estas palabras le ha dicho (Rom. Cid 11). Cet usage se perd avec l'épopée, mais il réapparaît dans les tout derniers temps, évidemment d'une manière absolument indépendante, surtout quand il s'agit de reproduire un discours parlé; c'est ainsi qu'il se trouve à chaque pas dans Pépita Jimenez de J. Valera, puis chez Caballero : Dolores, que es esto ? Manuel es un pobre enfermo. Tu madré ha qnerido recogerlo. Yo me opuse à ello, pero su nierced quiso (Gaviota 1 7) etc. Quant au portugais, c'est à peine s'il a adopté cet emploi.
Pour les § 301-303, cf. J. Vising dans le travail cité au § 114.
§ 303. Esse AVEC LE participe en -t indique qu'on se trouve dans un état provoqué par une action : en franc. // est porté, il est venu. Conformément à la définition du parfait donnée à la p. 131 et qui enseigne que ce temps désigne un état résultant d'une action antérieure, on peut de prime abord s'attendre à voir la locution dont il s'agit pouvoir assumer les fonctions du parfait et participer en outre à tous les changements de signification qui ont été observés chez habeo cantatum aux § 301 et 302. C'est aussi ce qui arrive en réalité partout où la propriété qu'exprime le participe en vertu de sa signification, au lieu d'être inhérente au sujet, est précisément à son tour le résultat de l'action que le sujet accompUt ou, pour mieux dire, dont il est (327) l'objet. Ainsi l'homme est venu se distingue de la maison est fermée en ce que l'état résultant de l'action n'ajoute au sujet aucun caractère nouveau, tandis que dans la seconde proposition, la maison est fermée, apparaît un caractère que la « maison » ne possédait pas antérieurement. Cela étant, les locutions en question se partagent donc en deux classes, qui sont avec habeo cantatum la seconde en opposition formelle et la première en conformité
parfaite. Pour ce parallélisme et notamment pour l'emploi de // est venu comme parfait et comme temps historique, il est superflu de donner des exemples; mais peut-être faut-il encore entrer ici dans l'examen détaillé de la seconde extension de l'emploi qui a été attesté pour habui caniatu au § 301. Il se trouve parfois en italien : cf. una sera ebbono il comandamento di essere mossi la matiina (Sacch. 31), mais il est surtout fréquent dans le vieux français : a nostre loi doivent estre atome (Enï. Ogier 2448), auBor gignon vueil estre retornés (Mitt. 254, 2j\ jeveul estre partis, plus ne puis maintenir r estât que f ai enpris (H. Capet 37), a sa moil lier Rose se voilt estre partis (B. de Seb. 19, 1083), pour ce s'en vorroit estre aUx^^CXéom . 12027), ne quiert estre retornés Dusqu a tant que de celé emprise Ait aucune nouvele aprise (12334), a Romme cuidai bien estre demoré (B. de Seb. 16, 271) etc., où l'on voit que c'est toujours l'état qui est exprimé à la place de l'action, en a.-esp. tenien que ayna podrie seer passado (Berceo, S. Mill. 126). Pour saisir le rapport étroit entre les deux tournures, on peut comparer on bois de Lorion sont au- devant aie, Au pas ou H gloton durent estre passé (Aye d'Avignon 882) avec el bois de Lorion, Par ou devoit passer Amauguin et Senson (ibid. 892), alors que les deux passages se rapportent au même fait. Il s'agit ici, comme on le voit clairement, d'une différence non entre les moments de l'action, mais entre les fiiçons dont elle s'accomplit. Ensuite il y a conformité parfaite avec les tournures mentionnées à la p. 335 dans l'a. -franc, vus ja ne seie:( muine renduTi ne adube^. Vus estes juefnes hom si poe:( vivre ase^ (Rou I, 1798), or me di vérité, si n'en soies mespris (B. de Seb. 17, 844), enfin bien matin soit no gens fors don chastel issue, S'ocirons par la vile celé gent mescreiie (B. de Comm. 128 1).
(328) § 304. La deuxième classe de combinaisons formées par esse avec le participe en -t se rapproche du passif latin et de la i combinaison de « werden » en allemand avec le participe passé, sans que cependant il y ait entre ces constructions identité complète. En effet, le passif latin de même que la tournure allemande expriment l'entrée dans un état, tandis qu'en roman, sauf avec le prétérit inchoatif, la locution indique le fait de se trouver dans cet état : // fut porté, qui est l'exact équivalent de l'aile-
§304- 305- SIGNIFICATION DE CSSe AVEC LE PARTICIPE 34I
mand « er wurde getragen » de même que le simple il fut roi doit être rendu par « er wurde Kônig » (p. 136), tandis que il était porté signifie « er war getragen ». De même il sera porté se rapproche beaucoup de « er wird getragen werden », bien que littéralement il signifie « er wird getragen sein »; mais surtout // a été porté est identique à « er ist getragen worden » et au lat. portatus est. Le fait est assez étonnant, car la valeur primitive de // a été a toujours été d'indiquer exclusivement un état : aussi ne faut-il peut-être pas y voir un développement spontané, mais un résultat de l'influence exercée par l'étroite parenté entre // fut et // a été (p. 337). Quelques exemples empruntés au français le plus récent pourront suffire à élucider la signification de notre tournure : depuis que les enfants gagnent leur vie à part, les vieux Dumont sont quelquefois tentés de dire qu'il y a trop à la maison pour eux seuls (About, R. Br. Homme 4), sa famille était vieille, établie de temps immémorial , et estimée de tout le pays (9). Rappelle-toi, à Mousseaux, en pleine saison des fruits, quand Samy ri était pas là, les pruneaux qu'on nous donnait à dessert. Et pourtant, il y en a des vergers, des potagers; mais tout est vendu sur les marchés de Blois, de Vendôme (Daudet, L'Immortel 17). J'étais littéralement enflammé par la fièvre d'émulation {About, K. Br. Homme 42) etc. Mais Napoléon fut vaincu à Leipzig ou elle fut obligée de le tirer en arriére violemment (Daudet, L'Immortel 291), où le dernier exemple, il est vrai, ne permettrait guère en allemand « wurde », etc.
DiEZ conçoit les choses un peu autrement. Dans sa Grammaire III, 186-7 (traduction), il partage les verbes en perfectifs et imperfectifs, attribuée cette deuxième classe ceux qui signifient « aimer, haïr, louer » etc., lesquels expriment une action qu' « on ne commence pas avec l'intention de l'achever » et traduit la proposition il est aimé de tous par ainalur ab omnibus, en allemand « er wird von alien geliebt ». Mais cependant l'ital. è temuto da tutti se laisse par- (329) faitement bien rendre par « er ist bei alien gefûrchtet, il est redouté par tous », è odiaio par « er ist verhasst, il est haï », de sorte qu'il faut chercher du côté de l'allemand plutôt que du côté du roman une différence dans la manière d'envisager les rapports.
§ 305. Cet emploi de est cantatus étudié au § 304 est inconnu au parler du canton des grisons d'un côté, de
342 CHAPITRE III : LA PROPOSITION § 305. ^o6.
l'autre au roumain : celui-ci s'en tient à la tournure réfléchie (§ 382); celui-là dit en général venu cantalus (voy. § 308). Pourtant des textes sursilvains et engadins contiennent aussi la tournure commune aux autres langues romanes, et l'on doit soumettre à un examen encore plus approfondi la question de savoir s'il faut y voir une locution véritablement propre à cette région ou bien"' au contraire une simple imitation de l'italien. Il est vrai que des cas tels que l'obw. la ahadessa cun il num Gutta, la qmla ha voliu esser numnada per igl avegnir ina magistra dilg uorden de Sointg Augustin (C. Mem. 210, i : l'abbesse avec le nom de G., laquelle a voulu être nommée pour l'avenir une maîtresse de Tordre de saint Augustin), sut quest avat ei igl^ onn 7S9 vegnida faitgia quela mervegliusa area, enten la quala ei vegniu mess en e cmservau las sointgas reliquias de Sointg Placi e^ Sointg Sigisbert, e la quala denter tontas ruinas e berschamens ei entochen ussa sin quest temps adina stada conservada (202, 10) semblent attester l'existence d'une distinction profonde entre la manière d'exprimer l'action d'entrer dans un état (venire) et le fait de se trouver dans un état {esse); or de pareils exemples se rencontrent en très grand nombre. Mais les suivants sont plus étonnants : sin la fin de quest sei onn , suenter la mort de Buchardus ei la administraxiun délia claustra dal Papa Innocentius, il quart, vegnida surdada en maun ad in Spiritual de Milaun, il quai era Caplon tier Sia Sontgadat, efuva da Buchardus slaus rogaus (206, 27 : sur la fin de cette même année, après la mort de B. l'administration du cloître a été remise par le pape Innocent IV aux mains d'un ecclésiastique de Milan, lequel était chapelain près de sa Sainteté, et avait été sollicité par B.) ou bien havevafaig u schau ira ora in décret, che^ tutts ils Christgiauns fussen persequitai (Barlaam 256, 3 : il avait fait et promulgué un décret que tous les Chrétiens fussent persécutés) etc.
§ 30e. A côté de habeo cantatum, la péninsule iBÉRiauE nous oifre teneo cantatum. Bien qu'on puisse observer déjà (330) chez les écrivains latins de l'Espagne les débuts de cette locution, les anciens textes espagnols et portugais attestent pourtant d'ordinaire un emploi prépondérant de habere; c'est seulement
§306.-308. Tmere, Fieri, Venire avec le participe 343
peu à peu que tenere s'introduit et, depuis le xvi^ siècle, les deux tournures sont usitées en espagnol, mais avec cette restriction que l'emploi de tener est limité aux verbes à régime, c.-à-d. donc qu'on dit tengo escrita la carta et à la rigueur aussi le tengo escrito sobre esa materia, pourvu qu'on ait dans la pensée un régime direct; sinon, l'on dira he escrilo et uniquement he sido, he venido etc. Autre est l'usage en portugais, où déjà chez Sa de Miranda et Camoëns l'emploi de haver est tout ta fait rare et où depuis le xvii'' siècle ter est seul usité.
Cf. le travail de A. H. Fontaine mentionné au § 294.
§ 307. L'ancien italien du nord est seul à connaître fit CANTATUS au sens du passif latin : cf. dal corpo tanto fi^o abataliadha he mai ni di ni noge in pax no fio laxadha (Bonv. E 15), ^ s'el me smenaven ke fia perT^o brusadha, ni anc per quel no segue k'eo debla fi blasniadha (H 85), qitando illi fon a quel a cita he Betleem fi anomà (Besc. 521), quérir trop alte cose. . . soperbia fi tegnuda (Pateg 41), elo cor ente pesse si fi preso (Panf. 85) pour traduire /)wnV deprehenditur , fi dito (Cron. imp. 56 a), se le siao da mi paxiio, pu grevemcnti fi ven^iio (Rim. gen. 14, 711) etc.
Un grand nombre de passages sont donnés par AscoLi, Archiv. Glott. III, 270.
§ 308. Fenire awec le participe se rencontre sporadiquement en ESPAGNOL et en portugais, plus souvent en italien, et avec une abondance toute particulière dans le parler des grisons. Dans l'Ouest, c'est à peine si le sens fondamental en a été modifié : cf. en esp. me arrojô por la ventana un pahuelo, donde venian atados cien reaies (D. Quich. i, 27), la malleta venia cerrada con una cadena (i, 23), los païios en que venia envueUa mostraban ser de ricos padres nacida (Nov. ej. 287) et aussi las manillas de los pies y manos asimismo venian llenas de gruesas perlas (65), en port, 0 frade desceu à camara, onde vinha alojado (G. de Amorim, Am. Patr. 77), vinha corada (Eça de Queiroz, Padre Am. 6). Cette combinaison est plus fréquente en italien, (331) et ici l'on doit observer qu'elle exprime volontiers, surtout avec les noms de choses, l'idée accessoire que l'événement est fortuit : cf. al cavalière venne veduto un torchio, la cui cera non
era sei once (Sacch. 69), a Guasparri venue veduto quella cosa al^cirsi (Lasca 185, 7), se una rosa H vien veduta, mêla saluia pour traduire cette phrase de Heine : « wenn du eine Rose siehst, sag icli lass sie grûssen », e venneli fatto (Sacch. 125), tengo per cerio che il massimo numéro dei suoi lettori e lodatori non iscorge ne' poemi suoi più che una bellex^a per ogni dieci 0 venti che a me viene pur fatto di scoprire (Leop. 184). Si donc, comme il résulte des exemples cités, c'est précisément viene veduto, viene fatto qui sont particulièrement fréquents, il y a pourtant d'autres locutions encore : gli venue pensato un modo (Bocc. 3, 4), le venne sentit a una novella (3, 9), si venne ahbattuto a una storia (Sacch. 66^, questo favore tni veniva concesso (Fogazzaro, Fedele 208). Puis sans idée d'événement fortuit : io vengo rovinato, Bulicame viene nominato uno stagno, quai sarà il mio coraggio, se scampato dal fuoco verra condolto a morte (Pellico, V.). Cette tournure est surtout recherchée en ancien vénitien : cf. uarda ço qe te ven dato (Caton 308) pour traduire serva datum, per la arte si ven levado lo grande eucargo (Panf. 84) pour traduire arte levatur honus, lo sol che luse ah mondo e e conpagnio delà luna vien continuamente vardado dal' oliro sol (Brandan 30 r 2) etc., où l'on voit que l'idée d'événement fortuit fait également défaut. Cet emploi est encore beaucoup plus étendu dans le PARLER DES GRISONS, OÙ venirc avec le participe est presque la seule façon de rendre le passif latin : cantor, cantaris, cantatur etc. deviennent donc en obw. veng, veins, vein kuntaus; cf. encore en obw. quel ei anno 120) dils religius einheligamein vegnius tschernius ora per lur avat (C. Mem. 205, 29 : celui-là a en l'an 1203 été choisi par les religieux unanimement pour leur abbé), sil suenter aber ei quela baselgia dils fîdeivels pli a pli vegnida enrihida (211, 32 : mais dans la suite cette église fut enrichie de plus en plus par les fidèles), ei veng legiu en historias veglias (Barlaam 256, i : on lit dans de vieilles histoires), en eng. in Dardet:( Hua bella giufna dalg mel Spert gniva tanteda (R. Chr. 209 : à Dardetz une belle jeune fille fut tentée par le mauvais Esprit), per tuott Ig muondt vain ditt (337), chi la ratschun et giusticia smantingia inguaelmaing Chia nun vingia ne (332) surfat ne manchianto (608) etc. Plus à l'Est, dans le tyrol, la tournure est rare, et c'est au futur qu'elle apparaît encore le
§ 308.-3 10. Venire, Andare, « Rester » avec le participe 345
plus souvent; le Frioul ne la connaît pas; cependant on ne peut guère douter de l'existence d'un rapport avec l'ancien vénitien, bien qu'il reste à déterminer avec plus d'exactitude encore comment s'est établi ce rapport.
§ 309. Andare aussi s'unit au participe en -t. En italien, cette tournure implique ordinairement une idée de nécessité : far la castellana corne andava fat to (Verga, Nov. 119), un altro modo diremo da far figure che vadano gettate di bron^o (Cr.), // mercurio anderebbe riceviito in un cappello di terra invetriata (Cr.). Dans l'ancienne langue, au contraire, elle exprimait simplement une idée de durée : d'ira e di cruccio fremendo andava disposto di fargli vituperosatnente morire (Bocc, Dec, Cr.), poi mostra a dito ed onorata andresti Fra Je madré latine e fra le spose Çïsissc, Jér. 6, 77). Au contraire, le franc, /m aller fait marque l'achèvement : la conjuration s'en allait dissipée (Corneille, Cinna 953 : était en train d'être dissipée), comme ce rôti s'en allait cuit, arrive un autre homme à cheval, pour dîner dans ce cabaret (Saint- Sim., L.), la carême s'en va finie etc. ; en espagnol et en portugais réapparaît comme en ancien italien l'idée de continuité : en esp. el caballero andaba catisado, la casa va vendida, ir desmayado, perdido, en port, eu ando muito enganado (Diniz, Pup. 72), muitas vexes na tnâo que estendia ao pulso ia escondida a esmola (68), quem levar a Margarida nào vai mais mal servido (99); cf. aussi andava mais amarello (34), tournure très étroitement apparentée, comme on voit, au passif latin et aux constructions examinées au § 308. D'autres verbes de mouvement s'emploient de même en espagnol, ainsi traer : lo que traia vestido (D. Quich. I, 27), me trae perdido el cuerpo (Amadis 7 a), llevar : llevamos dicho (Fray Ger. i, 3, 3), seguir : nuestras manos seguian unidas aun (J. Valera, Pep. Jim. 104).
§ 310. L'Ouest notamment présente encore d'autres verbes avec le participe en -t, et tout d'abord ceux qui signifient « rester » : en esp. esta enamorado, ocupado pour exprimer un état passager, lo que quedaba concertado (D. Quich. i, 27), quedô admirado (ibid.), aquellas ramones que quedan referidas (22), qu£dô vencida (Trueba, H. Cid 20), se quedô el cuento (333)
imperfecto tomo la historia la déjà contado (D. Quich. i, 27), fincaredes remanida (Cid 281), destruye el regno e finca nmy rohado (R. P. 518); cf. aussi coydô ser vencedor et fincô el vencido (Hita 230), dejo sentado, (j'ai établi), lo que dejô dicho en la primera parte (ce qu'il a dit dans la première partie), atàndome esta las manos Su hermano para que aqui No le deje castigado De este atreviiniento (Solis ap. C, D.) etc., en port, esta ocupado etc., ficaroni cansados (Graal 108), Jorge III parcceu ficar satisfeito (G. de Amorim, Am. Patr. 295), deixainos referidos os acontechnentos (155) etc.
§ 311. Pour finir il fliut citer, en sicilien, la copulation de vuliri avec le participe : vuggyu impristatu lu porcu (Fiabe 6 : je veux le porc en prêt), vosi chiamatu lu rc (68 : il voulut qu'on appelât le roi), chi vuliti purtatu (70 : que voulez-vous qu'on vous porte), ntra termini vintottu jorna vogghiu fabbricatu di tuttu puntu un palai:{u ... e lu vogghiu fattu n facci imni staju io (Bibl. 4, 75).