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LE BONHEUR ET LA CHEMISE. ς
renommé pour sa sainteté et sa science, était arrivé le même jour de Kandahar, après un long voyage: ayant appris l’objet de la réunion, il demandait à être introduit, afin d'exposer lui aussi son opinion. | |
34. Sa requête fut immédiatement accueillie. Le derviche nu-pieds se présenta donc et dit à l'assemblée :
— Lumières de Bagdad, trésors de toule science, astres du firmament de sagesse, écoulez mon humble avis. Il n'existe, pour notre très glorieux prince, qu’un seul moyen d'être heureux comme il le souhaite: mettre la chemise d’un homme heureux et dormir une nuit de la sorte.
35. Sur ces mots, il partit. Cette étrange proposition fit sensalion dans le conseil. Mais le renom de sainteté et de science du derviche était grand: du reste aucun autre avis ne prévalait; l'assemblée adopta donc celui-ci par nécessilé.
Le vizir annonea, tout joyeux, le résullat au calife, qui lui inlima aussitôt l'ordre de rechercher quels étaient, d'après l'opinion commune, les plus heureux des habitants de Bagdad, et de les faire venir.
36. Silôt dit, sitôt fait. Un héraul annonça au peupie ce la capitale que, par la volonté impériale, devaient venir au palais Lous ceux qui se considéraient comme heureux. Mais personne ne se présenta spontanément. Il fallut procéder à des investigations, à de nouveaux interrogatoires, el on désigna au vizir trois personnes, que tout le monde regardait comme très heureuses.
La première était le plus riche commerçant de la ville. Jamais il n'avait échoué dans ses entreprises: des caravanes transporlaient au bout de l'Asie ses précieuses marchar:ilises el en revenaient avec des charges d'or. Il vivait magnifiquement, traitait libéralement chez lui ami: el étrangers, et d’une façon générale faisait de sa fortune un usage aussi bon que charitable. |