‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 13 sur 121 · E OUVERT · texte numérisé non relu

E OUVERT

E ouvert tonique (provenant de ë, ae du latin classique) se diphtongue en ié.

Ex. : heri > hier; pedem > pied; brève m > a. fr. brief; fêbrem > fièvre :; Içporem > lièvre \ferit > il fiert (il frappe,

VOCALISME 17

du verbe férir*); ferum > fier; querit (lat. cl. quaerit) > il quiert (de quérir; cf. requiert, conquiert, acquiert); tenet

> tient; venit > vient; rem >rien; bene > bien; caclum

> ciel; jet > fiel; m*/ > miel; melius > mielz, fr. mod. mieux.

Lorsque e était suivi d'un yod (j, i) ou d'une consonne palatale (c, g), il formait avec ce yod ou Yi qui provenait de la palatale une triphtongue iei, dont l'élément du milieu (e) a disparu avant que la langue française soit écrite; par suite le représentant de e est, dans ce cas, i.

Ex. : médium > *miei (forme non attestée en français) mi; cf. demi, parmi; pretium > prix; pectus > piz (poitrine); sex > six; exit > ist (il sort); lectum > lit; legit

> lit; negat > nie; *precat (pour precaîur) > prie, etc.

Le groupe eu provenant du latin classique (Deum) ou du latin vulgaire (Grec u m devenu Greum) donne en français la triphtongue ieu devenue de bonne heure une diphtongue.

Ex. : Deum > Dieu; Andreum > Andrieu; Graecum > Grieu; celt. kgua, h(g)ua > lieue; germ. *tregua > trieue, trêve.

Méum devait être devenu en latin vulgaire méon, d'où mieen, mien. Ego devenu éo, ieo, jo est devenu finalement je, qui provient de jo employé comme atone.

E ouvert tonique entravé reste e, aujourd'hui e ouvert. Ex. : septem > sept; perdere^> perdre; infernum > enfer ; ferrum > fer; testant > teste, tête; j 'estant > fête, etc.

Lorsque cet e est suivi de / H- consonne il se développe entre e et / un son a; on a ainsi : bellus > beals; novellus > noveals ; agnellus > agneals ; par suite de la vocalisation de / on a ensuite le groupe eau : beau, nouveau, | agneau, marteau (à côté de martel, mot d'emprunt),

i. Fier de ta lance signifie : frappe de ta lance. Anglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. 2

chapeau, manteau, etc. Cf. germ. heîm, bealm > heaume.

E ouvert entravé suivi àen donne la voyelle nasalisée 5, écrite en 1.

Ex. : ventiim > vent; *tremulat, trem'lat > tremble; pendere > pendre; gentem > gent; frumentum > froment.

La prononciation8^;/ (à) remonte haut; on la trouve déjà dans la Chanson de Roland (fin du xie siècle).

Remarque. — Dans les pro paroxytons comme tépidum la diphtongaison de e tonique en ie s'est produite si la chute de la pénultième est relativement récente.

Ex. : Stéphanum > Estienne; tépidum > tiède; ébulum

> hièble; antéphonam > antienne.

Si au contraire la chute de la pénultième est ancienne, l'entrave se produisant de bonne heure a empêché la diphtongaison.

Ex. : gêner um, genrum > gendre ; têntrum, tenrum > tendre; *trémulat, trem'lat > tremble; mêrulam, nier'lam

> merle.

I long2 tonique se maintient sans changement.

Ex. : amicum > ami; nidum > nid; pïeum > pic; rîpatn > rive; ■livum > vif; verbes en -ir venant de -ire {venir, finir, punir') ; participes en -/ venant de-ïtum, etc.8 .

i. En se prononça d'abord in, comme aujourd'hui mdans^/jn, pin, ein dans plein.

2. Rappelons que ï (bref) n'existe plus en latin vulgaire et qu'il est devenu e fermé.

3. Frigidum aurait dû donner frid ; on admet que ce mot est devenu frégedum en latin vulgaire, d'où freid, froid.

VOCALISME 19

Quand i est suivi d'une nasale devenue finale, il a donné en français la voyelle nasalisée in : pinum > pin ; vinum > vin ; finem > fin. Dans la Chanson de Roland in assone avec mis, marquis, ovrir, ce qui prouve que la prononciation gardait à % sa valeur et que la voyelle n'était pas encore nasalisée.

Page 1