‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 12 sur 121 · E FERMÉ · texte numérisé non relu

E FERMÉ

E fermé provient de ë et de l du latin classique (quelquefois, mais rarement de la diphtongue ce).

E fermé tonique libre se diphtongue à l'origine en ei (en passant probablement par éé); ei devient au xme siècle oi (prononcé ôt , en une seule émission de voix) ; oi devient ensuite (xive-xve siècles) oé et oné (xvie-xviie-xvme siècles) et passe enfin dans les temps modernes à oua.

Ex. : fédem > fei (xe-xne siècle), foi (l'orthographe n'a pas varié depuis le xne siècle, mais la prononciation a changé: foé, foité (encore au xvme siècle), Joua, prononciation actuelle).

Cf. encore télam > teile, fr. mod. toile ; fenum > fein, foin; avena > aveine, avoine; habere > aveir, avoir; saper t (pour sâpëre) > saveir, savoir, et autres infinitifs en -oir.

Me, te, se > mei, tei, sei; moi, toi, soi.

E fermé tonique suivi de n s'est arrêté ordinairement au stades' : pœnam > peine ; senum (lat. cl. sinum) > sein ; plénum > plein; venant > veine; cf. cependant plus haut foin, avoine, qui ont un traitement différent de sein, veine et qui sont peut-être des formes dialectales. Cf. encore menus (lat. cl. minus) > moins.

E fermé tonique précédé de c donne i et non ei, oi.

Ex. : ceram > cire;

mercedem > merci ; placere > plaisir ; licere > loisir.

L'a. fr. connaissait aussi tacere > taisir; cf. placere > plaisir.

On admet que ce changement de e en i s'est produit, sous Tinfluence de c, par l'intermédiaire d'une triphtongue ici, dans laquelle l'élément du milieu a disparu (le français n'ayant pas conservé de triphtongues) et les deux i se sont fondus en un seul.

Dans certains cas e tonique était déjà passé à i en latin vulgaire : ceci se produisait lorsque, dans un mot accentué sur l'avant-dernière syllabe, la syllabe finale se terminait par un i long : sous l'influence de cet i long final e tonique se transformait en I.

Ex. : *quaesi pour quaesïvi du latin classique est devenu en latin vulgaire *qu~isï, d'où le fr. quis (de quérir : cf. je requis, '^acquis, je conquis).

De même *prçsi (au lieu de prend idi du lat. class.) est devenu prîs'i, d'où le fr. pris. Cf. infra les conjugaisons.

Cf. encore en syllabe fermée illï — ou ellï en latin vulgaire — devenu ïlli sous l'influence de i long final et aboutissant au fr. il et non el : de là les formes nennil < non illi et oïl < hoc illï.

E fermé entravé ne change pas, conformément à la loi générale : mais il a pris le son ouvert (e).

Ex. : mlttert — méttere > mettre ; vïridem, ve'r'dem > vert ; *solïculuin, lat. vulg. solçclum > soleil ; *pariciihim, parée' I uni > pareil ; vernûeulum, vermçc'lum > vermeil.

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