SYNTAXE DE L'ARTICLE, DU NOM, DE L'ADJECTIF, DU PRONOM
La syntaxe française a été fixée au xvne siècle, on sait à la suite de quelles polémiques et de quelles discussions. La syntaxe de la langue du moyen âge ne connaît pas les règles rigoureuses établies par les grammairiens modernes. Mais il y a des usages et des habitudes auxquels les écrivains de cette époque se conforment : ce sont les principaux de ces usages syntaxiques que nous allons relever.
Ce qui caractérise cette syntaxe de la langue du moyen âge, c'est une très grande liberté. Aussi ne saurait-il être question de règles au sens moderne du mot.
Ces « règles » sont loin d'être absolues; elles ne sont pas appliquées d'une manière uniforme et les « exceptions » sont quelquefois fort nombreuses. C'est en se souvenant de cette observation importante qu'on devra entendre les « règles » de syntaxe que nous allons exposer. Elles sont plutôt une façon de parler, un usage plus fréquent que l'usage contraire.
D'autre part la littérature du moyen âge étant surtout l'œuvre des clercs, toute influence savante est loin d'être exclue. Cette influence s'exerce surtout dans les traductions, les paraphrases des ouvrages religieux; elle est
sensible dans quelques tournures syntaxiques qui rappellent la syntaxe latine.
Enfin on remarquera que beaucoup d'anciennes constructions se sont maintenues dans la langue moderne, du moins dans celle du xvie et du xvue siècles. Comme nous n'avons pas eu l'intention d'écrire l'histoire de la langue, nous nous sommes contenté de signaler les principales de ces survivances. Elles suffiront à illustrer une fois de plus cette vérité si souvent exprimée — et si peu admise par certains esprits — que la langue classique ne se comprend bien — et ne s'explique — que si on connaît la langue ancienne. Aucun disciple attardé de Malherbe ou de Boileau ne serait plus excusable de croire le contraire.
Nous avons pris nos exemples de préférence dans les ouvrages suivants : Vie de Saint Alexis1, Pèlerinage de Charlemagne, Chanson de Roland2, Cbastelaine de
i. Composée vers io4o ; éd. Gaston Paris et M. Roques (Classiques français du Moyen-âge).
2. Texte du manuscrit d'Oxford, publié par G. Grœber (Bibliotheca Romanica, nos 53-54)- Nous y avons introduit quelques modifications surtout orthographiques.
La Syntaxe de V Estai de Grammaire de l'ancien français de K. Et:- nne abonde en observations ingénieuses fondées sur l'étude do textes nombreux : nous nous en sommes servi avec fruit pour cette partie de notre travail.
Les exemples concernant le xvie siècle sont empruntés en général à: Darmesteter et Hatzfeld, Le XVIe siècle en France, ire éd.. Paris, 1878.
Plusieurs exemples sont empruntés à la Chrestomathie de l'ancien français, de Gaston Paris et Langlois (4e éd., iqo4), dont l'introduction contient de précieuses notes de syntaxe.
Pour le xvii6 siècle nous nous sommes servi de : IIaase, Syntaxr française du XVIIe siècle, trad. Obert. Paris, 1898, ainsi que de la Grammaire historique de M. F. Brunot et de YHistoire de la langue française du même auteur. Tome IV (Paris, Colin, iqi3). Le tome I du même ouvrage nous a fourni aussi d'intéressants exemples et do précieuses observations. On trouvera des renseignements bibliographi-
SYNTAXE DE L'ARTICLE io£
Fergi{ : c'est à la Chanson de Roland que nous nous sommes référé le plus souvent.