‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 72 sur 121 · G. Paris et Langlois. Chreslomathie, 4e éd., p. lxxii · texte numérisé non relu

G. Paris et Langlois. Chreslomathie, 4e éd., p. lxxii

3. Il n'est pas probable que il soit un pluriel masculin, car on trouve il avec un féminin : il sont quatre manières (Vie de S. Thomas. 170).

qui concerne les voix des verbes. D'une manière générale, les verbes à forme pronominale étaient beaucoup plus nombreux que dans la langue moderne, parce que la plupart des verbes intransitifs avaient une tendance à prendre cette forme. Ils indiquaient alors une action qui ne sort pas du sujet et porte essentiellement sur lui.

On disait : s'apareistre, se combatte, se craindre, se demorer, se douter (craindre), se dormir, se feindre, se gésir, se joster (jouter avec quelqu'un), se merveiller, se morir, se monter, se périr, se partir, se recreidre, recreire (s'avouer vaincu, fatigué), se remembrer, se targier (tarder), etc.

On pouvait d'ailleurs employer aussi beaucoup de ces verbes comme transitifs. Ainsi escrier est transitif au sens de appeler, crier.

Ex. : Grant est la noise de Mon) 'oie escrier. {Roi., 2i5i.) Le bruit est grand quand on crie : Montjoie !

Morir, aux temps composés, est transitif.

Ex. : Qui tei a mort France douce a honnie. (Roi., 2935.) Celui qui t'a tué a déshonoré la douce France.

Inversement beaucoup de verbes aujourd'hui réfléchis se présentent sous la forme intransitive; ces confusions sont constantes.

Ex. : A halte voi^ prist H pedre a crider. {Alexis, 891.) Le père se mit à crier à haute voix.

Isnelement sur lor pie^ relevèrent. {Roi., 3575.) Rapidement ils se relevèrent sur leurs pieds. Ço vuelt li reis par amor convertis set. {Roi., 3674.) Le roi veut qu'il se convertisse par amour.

Impersonnels. — Ils étaient aussi beaucoup plus nombreux que dans la langue moderne.

On disait : il afiert (il convient) ; il anuite (il fait nuit) ; il apent (convient) ; il chaut ; il aserit, il avesprit (le soir

arrive); il abelist (il plaît); il dueut (de douloir, il fait de la peine); il besogne (il est besoin); il loist (lat. licel, il est permis); il membre, remembre; il passe (en parlant du temps) : il prend (a remembrer lui prist = il (neutre) lui prit à, il (personnel) se mit à se souvenir); il est net (il est besoin) ; il ennuie (il est ennuyeux que); il i ot (il y eut), avec un participe passé : il i ot mainte larme plorée; maint conseil i ot pris et donné (on prit et on donna maint conseil1) ; il semble, il est vis ou a vis (même sens).

Emploi des auxiliaires Etre, Avoir. — La règle est, dans l'ensemble, la même que dans la langue moderne, où règne d'ailleurs une assez grande liberté dans l'emploi des auxiliaires avec certains verbes; les verbes transitifs se construisaient avec le verbe avoir et les verbes intransitifs, par analogie avec les verbes passifs, se construisaient avec le verbe être. Mais comme beaucoup de verbes pouvaient être à la fois transitifs et intransitifs, il s'est produit, en ancien français, de nombreuses confusions dans l'emploi des deux auxiliaires être et avoir.

Les verbes réfléchis se construisaient ordinairement avec être, m lis ils pouvaient aussi se construire avec avoir, comme on le voit par les exemples ci-dessous.

On pouvait donc dire : il a sorti et il est sorti; il est rentes et il a remasu (= il est resté); il était passé la montagne, il était monté les degrés; il s'a ad Deu comandét (Alexis, 288); il s'a vestu et chaucié: vengié\ m'en sui (Roi., 3778); il s'a bien défendu; il a aie par le chemin (Froissait); et avaient li fuis sorti (Id.Y, il estaient fuis (Id.); il sont corn (= ils ont couru).

Une construction particulière à l'ancienne langue est la suivante : quand deux participes passés qui se suivaient devaient être construits le premier avec être et le second

1. Cf. encore l'emploi de l'impersonnel cité plus haut, p. 198.

avec avoir — ou réciproquement — on pouvait sousentendre le second verbe auxiliaire.

Ex. : Liqueî s'estoient ivernét et passét le temps.

(Froissart, IV, 281.) Lesquels s'étaient hivernes (avaient hiverné) et (avaient)

passé le temps.

Ele a tenu ses termes et venue d'un royaume en Vautre.

(Froissart, II, i3.) Elle a tenu ses termes et (est) venue d'un royaume dans l'autre.

Il y a d'ailleurs des exemples antérieurs à Froissart.

Construction des \erbes passifs. — L'ancien français construisait volontiers le régime des verbes passifs avec de. Cet usage est resté très vivant au xvne siècle1. La construction du verbe passif avec a était également fréquente.

Ex. : Me garde^ aue je soie prise a beste cuiverte.

(Berte, 8g5.) Gardez-moi, que je ne sois prise par une bête perfide.

Emploi de Faire. — Faire pouvait, comme dans la langue moderne, remplacer un verbe déjà employé.

Ex. : Miel^ en voit l'ors que ne font cinc cens livres.

(Roi., 5i6.) Mieux en vaut l'or que ne valent cinq cents livres.

Le verbe faire peut encore s'employer, suivi d'un infinitif, avec la valeur du verbe simple marquée par cet infinitif.

Ex. : Merci, père, dist-il, or me faites entendre.

(Renaul de Montauban, 355.) Pitié, père, dit-il, écoutez-moi.

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