‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 9 sur 121 · G. Paris, La litt. fr. au moyen-âge, 3e éd., § i5a · texte numérisé non relu

G. Paris, La litt. fr. au moyen-âge, 3e éd., § i5a

scribe) ; la Vie de Saint Alexis, texte intéressant au point de vue linguistique et littéraire (vers io4o ; 625 vers en strophes de cinq vers de dix syllabes) ; le Pèlerinage de Charlemagne (vers 1060); la Chanson de Roland (vers 1080 *).

Les voyelles en latin vulgaire.

Le latin classique avait les cinq voyelles suivantes (longues et brèves) :

et

et

et

et

et

En latin vulgaire a et à sont confondus 2 ; è est maintenu ; t se confond avec ë ; è est maintenu ; à également; ï se maintient, ainsi que û et ô; à se confond avec ô.

On a donc en latin vulgaire les voyelles suivantes (entre parenthèses se trouvent les voyelles brèves ou longues du latin classique).

(â et a)

(è et \} ainsi que ce)

(e et œ)

(ô et 11)

1 . La Chanson de Roland remonte plus haut ; mais le texte le plus ancien qui nous ait été conservé date de cette époque-là.

2. Du moins en ce qui concerne le latin qui est à la base du français.

Ainsi on ne divise pas les voyelles du latin vulgaire en voyelles brèves et longues, mais en voyelles ouvertes et fermées.

Les voyelles fermées les plus usuelles sont e et o ; les principales voyelles ouvertes sont £ et ç. D'importants changements phonétiques se produisent selon que les voyelles sont ouvertes ou fermées.

Voyelles libres et entravées.

La voyelle est libre quand elle est suivie d'une seule consonne : mare, soror, pater, ou de deux consonnes dont la 2e est r ou / ; pâtre, cathedra, capra, etc. ; ou enfin d'une voyelle : me-a, tu-a1-

La voyelle est entravée quand elle est suivie de deux ou plusieurs consonnes. Ex. : rxxpta > route, ca.lcem, rumpo, dormio, etc.

En général l'entrave a une action conservatrice et la voyelle ne change pas.

L'entrave peut être latine ou romane ; ou plus exactement primaire ou secondaire.

Spissum, partent, noctem, mentem, etc., sont des exemples de la ire catégorie.

Anima devenu anma, anma dans le latin vulgaire, femina — femna, domina — domna, *soliculnm — solicluni, viridem — virdem, dubitare — dubtare, etc., sont des exemples de la 2e catégorie.

En général les effets de l'entrave, qui consistent à empêcher la transformation de la voyelle entravée, sont les mêmes, que l'entrave soit latine ou romane.

i . Le groupe ns, dans des mots comme mensem, ne forme pas entrave, car ce groupe s'était déjà réduit à s en latin classique.

Accent.

L'accent, a dit le grammairien latin Diomède, est Tàme du mot. Il est resté en général, dans les langues romanes, à la place qu'il occupait dans le latin vulgaire. L'accentuation du latin vulgaire elle-même ne différait que sur quelques points de celle du latin classique : ainsi on accentuait en latin vulgaire bâtt(u)erc > battre, au lieu de battûcre, côns(u)ere > cousre, cousdre. coudre, au lieu de consûere; filiôlus > filleul (lat. cl. filiolus), muliérem > a. fr. moillier (esp. mujér) (lat. cl. milliers m), etc.

Les mots latins de deux syllabes sont accentués sur la première : rasa, témplum, sôror, cànem > fr. temple, rose, sœur, chien.

Les mots de trois syllabes et au-dessus sont accentués :

i° sur Lavant-dernière (ou pénultième, du mot latin pgenultimus, qui signifie : presque dernier, avant-dernier) quand cette avant-dernière voyelle est longue en latin classiqu

Ex. : sorortm > a. fr. serour; favorem > faveur ; vicimim > voisin ; divinum > devin, etc.

2° sur l'antépénultième (c'est-à-dire sur la troisième syllabe en partant de la fin du mot) quand Lavant-dernière voyelle est brève en latin clasique :

Ex. : cârcérem > a. fr. chartre ; fêmlnam > femme :

âstnum > âne ;

jûvënem > jeune, etc.

Traitement de la partie posttonique du mot.

La voyelle de la syllabe atone finale des mots latins accentués sur l 'avant-dernière syllabe (pénultième) tombe, sauf quand elle est un a.

Ex. : bonum1 > bon ; fidem > foi ; homo > hom, on ; manum > main ; manère > manoir; amâre > amer, aimer ; amàrum > amer (adj.), etc.

Mais, avec a final :

causant > chose ; cantat > chante ; amat > aime, etc.

Dans les proparoxytons (mots accentués sur la 3e syllabe en partant de la fin du mot) la voyelle placée entre la syllabe accentuée et la syllabe finale tombe 2 :

Ex. : mâsculum > masle, mâle; ténerum > tendre ; préndere > prendre ; presbiterum > preveire (prêtre) ; véndere > vendre ;

i. En réalité on avait en latin vnlgaire bono, fide, etc.; cf. les observations préliminaires.

2 On trouve, dans les plus anciens textes, des proparoxytons apparents, comme âne me, jovene, imâgene, ângele, glérie, etc. ; mais la pénultième ne compte pas et il faut prononcer : ân'me,jév'ne, imâj'ne, ânj'le, glôr-ye.

pérdere > perdre ; paner e > pondre ; irâhere > traire, etc.

Quand, par suite de la chute de la voyelle finale, le mot français n'aurait pu se terminer que par un groupe de consonnes difficile à prononcer, un e sourd à l'origine, plus tard muet ou féminin, se maintient à la finale.

Ex. : temphim > temple; intro > entre ;

f rat rem > frère (a. fr. fredre) ; pat rem > père (a. fr. pedre) ; insimul > ensemble, etc.

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