PROPOSITIONS RELATIVES
La syntaxe de ces propositions ne présente pas de différences sensibles avec la syntaxe moderne. Ainsi on emploie le subjonctif, comme aujourd'hui, quand le relatif introduit une phrase qui marque un but, une intention.
Ex. : Enfant nos done qui seit a ton talent. (Alexis, 26.) Donne-nous un enfant qui soit selon ton désir.
Aujourd'hui cette construction n'est possible qu'après
un substantif indéterminé : en ancien français, comme en latin, le substantif pouvait être déterminé. .
Quatre homes i tramist armé\ Qui lui alassent décoller. {Saint Léger, 37.) Il y envoya quatre hommes armés pour aller lui couper le cou.
On trouve, comme dans la syntaxe moderne, le subjonctif après une proposition principale négative ou interrogative.
Ex. : N'ave^ baron qui miel% de lui la facet. {Roi., 75o.) Vous n'avez pas de baron qui la forme (F avantgarde) mieux que lui.
Dans les phrases comme : N'i at celui n'ait poor de sa vie {Aimeri de Narbonne, 1089), la construction est la même, malgré l'omission du relatif. Cf. supra, p. i85.
Quand un superlatif sert d antécédent au pronom relatif, le verbe de la subordonnée est au subjonctif ou à l'indicatif, comme dans la langue moderne, suivant la nuance qu'on veut exprimer. Seulement encore ici la langue du moyen âge a plus de liberté que la langue actuelle.
Les pronoms relatifs indéfinis qui qui, que que, etc., se construisent avec le subjonctif.
Ex. : Que mort l'abat, qui qu'en plort 0 qui'n riet.
{Roi, 3354.) Il l'abat mort, qui que ce soit qui en pleure ou qui
en rie.
Ambure ocit, qui quel blasmt ne le lot. {Roi., 1689.) Il les tue tous les deux, quel que soit celui qui le
blâme ou le loue.
Qui que'ls rapelt, ja nen retorneront. {Roi., 19 12.) Qui que ce soit qui les rappelle, jamais ils ne
retourneront.
L'ancien français pouvait introduire un subjonctif optatif dans une proposition subordonnée relative, ce qui est contraire à l'usage moderne.
Ex. : Païen, eut Dieus maldie !
Païens, que Dieu puisse maudire !
Godefrois, eut a me soit sa: '
(Roman de Bauduin de Sebourc, XXV, 64-) Godefroy. dont l'âme puisse être sauvée!
Double proxom relatif. — Dans la phrase suivante : deux brebis siennes que il dit que je li ay mangies (Ménestrel de Reims, 4o5), le premier que sert de régime à mangies, tandis que le second est une conjonction. On sait que cette tournure complexe, mais logique et commode, s'est maintenue jusque dans la langue moderne.
La phrase peut d'ailleurs, par suite d'une confusion entre le pronom relatif et la conjonction, se présenter sous une autre forme.
Ex. : Ne dirai chose que je cuit qui vous griet.
(Chrestien de Troyes, Cligès, 5523.) Je ne dirai rien que je croie qui puisse vous attrister l.
Le pronom relatif régime suivi de il (qui!) est souvent remplacé par qui ; la confusion a été facilitée par le fait que / finale s'étant amuïe de bonne heure, qu'il s'est réduit, dans la prononciation, à qui, qui.
Ex. : ... Il f ai soit
Totes les choses qui suivit Qu'a la dame défissent plaire.
(Fabliaux, Méon, I, i~!\, 9.)
1. Voir de nombreux exemples dans Tobler, Vermischte Beitraegc. I (ire éd.), p. io4. sq.
Celui qui li semble
Que des autres soit sire et mestre.
(Rom. de la Charrette, 4x86.)