II. — Consonnes
Consonnes chuintantes et gutturales {),ch, c, k, qu, g).
§ 33. — Si des voyelles nous passons aux consonnes, nous verrons que notre ch est quelquefois remplacé dans les anciens textes par un c ou un k, et notre j par un g Cette orthographe et cette prononciation se rencontrent surtout dans le nord-est de la France. Ainsi on trouvera \Leval pour cheva/, Isien pour chien, cambre pour ehambre, gambe pour jambe.
§ 34. — On a souvent k au lieu de qu, ou bien k ou qu au lieu de c dur. Toutes ces orthographes sont équivalentes : car est écrit kar ou quar; on a &t aussi bien que qui.
§ 36. — Dans un certain nombre de mots le c (devant e, i] de l'ancienne orthographe a été remplacé par deux s : fasse (subjonctif du verbe faire) au lieu de face, bosse au lieu de boce. Tous ces mots se distinguent encore des autres mots écrits par deux s : ils sont dits à rimes brèves. Ceux qui ont toujours été écrits par deux s donnent des rimes longues.
§ 36. — Enfin dans certains dialectes du nord-est de la France on trouve souvent le w comme équivalent d'un ^ dur français (d'origine germanique) : warder pour garder, etc.
Dentales (d, t).
§ 37. — Les mots latins qui avaient un e^ ou un t entre deux voyelles ont perdu cette consonne au bout d'un certain temps dans les mots français correspondants ; il en est résulté que les deux voyelles séparées en latin par le </ ou le ^ ont formé hiatus en français, et souvent elles se sont, avec le temps, contractées en une seule. Ainsi mdére adonné voir, où"bi a été produit par l'e tonique du latin. Mais iQoir a été précédé de la forme x^eoir, en deux syllabes dont la première représente le m latin. Cette forme a été elle-même précédée d'une autre, où le d latin était conservé, et comme à cette époque le diphtongue ei n'avait pas encore été remplacée par oi (voyez ci-dessus § 18), on trouvera dans les textes les plus anciens vedeir au lieu de ooir, sedeir au lieu seoir (s'assseoir). On a de même edage ^u lieu de âge.
§38. — Lorsque le t terminait un mot français et suivait immédiatement la voyelle tonique ou un e muet, il est généralement tombé de bonne heure, mais on le trouve encore dans les anciens textes : bontet (bonté), portet {qui équÏYOMi tantôt à porte, troisième personne de l'indicatif présent de porter, tantôt à porté, participe passé du même verbe).
Clédat. 2
Labiales (p, f, b, v) et liquides (1, r).
§ 39. — Il n'y a aucune remarque importante à fai pour les labiales, ni pour les liquides; cependant dai quelques mots / est tombée après ou : pouldre, fouldn 17 mouillée finale est souvent écrite ill : conseill, périlL
Nasales,
§ 40. — Vn mouillée [gn] est quelquefois précédée d'un autre n {ngn) : empoingner, plaingnant, etc.
s, X et z.
§ 41. — Dans un très grand nombre de mots; Vs d< l'ancienne orthographe est tombée devant une autre con sonne ; la voyelle qui la précédait a souvent pris Taccenl circonflexe :
escrit
aujourd'hui
écrit
espée
épée
esté
été ^
mesprendre
méprendre
desfaire
défaire
teste
tête
chasteau
château
qu'il portast
qu'il portât
lascher
lâcher
nostrey le nostre
notre, le nôtre
apostre
apôtre
épistre
épitre
croistre
croître
paistre
paître
mist
mit
soustenir
soutenir
§ 42. — Nous écrivons aujourd'hui par un x (au lieu d'une s) le pluriel des noms en au, eau, eu, et de plusieurs noms en OM. Dans Tancienne orthographe cet a? représentait
non pas simplement une s, comme aujourd'hui, mais us : on écrivait animaus ou animax., fous ou /bx, cieus ou cieic.
Quant aux niots qui se terminent aujourd'hui par un i et un X, comme paix, faix, poix, l'ancienne langue les a écrits longtemps : pais, fais, pois, etc., ou paiz^ faiz, etc. I Voyez les paragraphes suivants).
§ 43. — Le 2 de Tancienne langue représentait un t suivi d'une s, A ce titre, il se trouvait au pluriel (cas régime) des mots tels que bontet, portet (participe passé de prier), qui faisaient bontez, portez. Le z a persisté au pluriel longtemps après que le t était tombé au singulier. Les participes présents, ayant le singulier terminé par un t, avaient aussi le pluriel (cas régime) en z.
§ 44. — D'assez bonne heure on a employé le z à la fin des mots comme équivalent d'une s, sans que cette s eût été jamais précédée d'un t. On trouve aussi Vs au lieu àx z, même dans les mots où nous avons conservé le z primitif : voulés pour voulez.
Consonnes redoublées.
§ 45. — Il nous resterait à parler des consonnes redoublées. En général, surtout à l'origine, elles étaient beaucoup moins nombreuses qu'aujourd'hui; mais, d'autre part, celles qu'on redoublait s'écrivent quelquefois simples de nos jours. L'explication de ces différences ne saurait entrer dans le cadre d'une grammaire élémentaire. Il suffit d'être averti qu'on rencontrera des mots comme roman écrits avec deux m, et, inversement, des mots comme couronne écrits avec une seule n.
Nous aurions pu grossir cette liste de particularités orthographiques, en y faisant entrer les variantes des quelques textes antérieurs au xi° siècle qui nous sont
parvenus; mais ces textes demandent une étude spécial et nous avons cru devoir nous borner à la période d€ vaste qui s'étend du xi* au xvi® siècle.