‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 13 sur 243 · ORTHOGRAPHE DU XV SIÈCLE · texte numérisé non relu

ORTHOGRAPHE DU XV SIÈCLE

§ 46. — L'orthographe du xv® siècle appelle quelqu* explications complémentaires. C'est alors (et même dès XIV' siècle) que Ton voit s'introduire dans nos mots, soi l'influence des études latines, ces lettres parasites qu'on r prononçait pas, et qui allèrent en se multipliant dans ] courant du xvi® siècle ; l'Académie les a heureusement fai disparaître, sinon entièrement, du moins en grande partie

§ 47. — Ainsi au xiv' et au xv** siècle on a rétabJ des c et des g qui existaient dans les mots latins mais qui s'étaient vocalises en t, et qui avaient form< diphtongue avec la voyelle précédente ou s'étaient confondus avec elle. Dans le mot fait, le c latin de factura étail représenté par Yi qui suit Va; comme on ne se rendait pas compte de cette transformation, on a écrit faict pour mieux rappeler Tétymologie, si bien que, dans cette orthographe, le c latin était représenté deux fois, par Yi et par le c. Cette réforme était d'ailleurs purement orthographique. Mên^e en écrivant faict ^ on prononçait fait. De même le c latin de rfic^wm s'était confondu avec l'î tonique : français dit. Au xv® siècle on a écrit dict pour mieux rappeler dictum. Nous avons conservé l'orthographe doigt, pour doit, qui s'explique de même.

§ 48. — On faisait reparaître des / déjà représentées dans les mots par des u de diphtongues. On écrivait: aultre, fault, mieulx.

§ 49. — Souvent, dans cette orthographe savante, on trouve unp ou un b parasite devant le v ; or le « était précisément la transformation du ô ou du jo latin, de telle

âorle que cette consonne latine était représentée deux fois : recepwiry debvoir. Le p ou le b latin qui était tombé devant un t ou un dy reparait aussi dans soubdaiiiy doubler, escript (écrit), etc.

§ 50. — Le préfixe latin ad était devenu a en français : ajoindre, avenir, ajourner, aviser. Au xv* siècle on fit reparaître le d latin, et on écrivit adjoindre, advenir, adjourner^ etc. Dans quelques-uns de ces mots Tinfluence de l'orthographe a été assez forte pour modifier la prononciation : aujourd'hui nous prononçons adjoindre, advenir, si bien qu'il est devenu impossible de supprimer dans ces verbes le d parasite. Au xvu* siècle on trouve très souvent l'orthographe « avenir (infinitif), il avient, etc. », ce qui prouve que le d actuel ne se prononçait pas encore. Nous avons conservé d'ailleurs, comme substantif, l'ancien infinitif avenir, et comme adjectif l'ancien participe présent avenant. On a également rétabli le b du préfixe latin ab ou abs, dans abstenir, absoudre, et la prononciation s'est encore ici soumise à l'orthographe.

Le redoublement des consonnes après le préfixe a est aussi un des caractères de cette orthographe.

§51. — Enfin il est arrivé plus d'une fois qu'on s'est trompé sur l'étymologie, et qu'on a ajoutée tel ou tel mot des lettres qu'il n'avait jamais eues en latin. On a écrit sçavoir au lieu de savoir, parce qu'on faisait venir ce verbe de scire, tandis qu'il vient de sapere, qui n'a jamais eu de c après r*. On a écrit et nous écrivons encore poids avec un d, parce qu'on le faisait venir de pondus, tandis qu'il vient de pensum, ou il n'y a pas trace de d.

ir ORTHOGRAPHES DIALECTALES

§ 52. — Ce qui complique l'orthographe du moyen âge, c'est que le dialecte parlé dans l'Ile de France n'était pas

encore devenu la langue officielle, la seule langue littc raire. Les différents dialectes parlés dans la France d Nord sont aujourd'hui réduits à Tétat de patois, c'est-^ dire de langues exclusivement populaires; mais au moye âge, chaque auteur écrivait dans son dialecte. Or souver la prononciation d'un même mot n'était pas identique dan toutes les provinces, et les habitudes orthographique variaient. Nous n'avons pu signaler que quelques-unes d ces différences dans les dialectes les plus importants, dan ceux qui ont produit le plus d'œuvres littéraires, mais il ; en avait un grand nombre d'autres. En outre beaucouj d'ouvrages ne nous sont parvenus que par Tintermédiain de copistes qui apparteiiaient à un autre pays que Tau teur, et qui mélangeaient les formes de leur dialecte i celles du livre qu'ils copiaient. Enfin dans les limites d( chaque prononciation dialectale, il n'y avait pas une orthographe officielle, mais seulement des traditions et dej usages qui n'avaient rien de rigoureux et qui admettaieni souvent plusieurs manières d'écrire le même mot. Dans un seul ouvrage, on trouve le même mot écrit de deux ou trois façons différentes : par exemple vos et vous pour k pronom personnel de la deuxième personne du pluriel, ou bien vus et vos. Il y a des textes où les mots qui ont l'ancienne diphtongue ai s'écrivent tantôt par ai tantôt par e, et ceux qui ont le son è tantôt par e, tantôt par ai.

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