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De celui des deux verbes errer qui signifiait « aller

Chanson de Roland : « Anoit m'avint une avisiun d* angle. » C'est-à-dire : « Cette nuit, il me vint une vision d'ange. »

Anuit et enquenuit ont quelquefois le sens général de « aujourd'hui ».

§ 616. — Un autre adverbe signifiait « cette année » et par extension « maintenant ». C'était : « oan, ouan ».

§ 617. — Parmi les adverbes désignant les divers moments du jour, nous avons perdu main, qui dérive du latin mane, et qui signifiait le matin. On disait : « huimain (aujourd'hui au matin), au main et par main (le matin, ou le lendemain) ».Nous avons conservé le composé demain, qui avait à l'origine le sens de « au matin (prochain) ».

§ 618. — Nous arrivons ainsi aux adverbes ou locutions adverbiales qui marquent une antériorité ou une postériorité soit au moment présent (demain, hier, etc.), soit au moment passé ou futur dont on vient de parler (le lendemain, la veille, etc.).

§ 619. — Hier est pour le passé ce que demain est pour l'avenir. L'ancienne langue avait aussi l'adverbe l'altrier, l'autrier (mot à mot Vautre hier), qui avait le sens de «l'autre jour», et qui marquait ainsi une antériorité indéfinie, mais récente.

§ 620. — Une antériorité plus lointaine était exprimée par la locution adverbiale pièce a, qui équivalait à : « il y a une pièce de temps, un certain temps ».

§ 621. — L'antériorité indéterminée est marquée par ains, ainçois, devant et avant, dont nous avons parlé à propos des adverbes qui sont en même temps prépositions (§ 577-580).

§ 622. — Déjà, (anciennement cfésya) exprime une idée du même ordre. L'ancienne langue employait aussi « Ja » avec la même valeur.

Jà avait encore le sens de désormais, eijà... ne équivalait h jamais.», ne.

Joiriville: « Ainçois dist que son peuple ne lairoit il ja. » C'est-à-dire : « Mais il dit qu'il ne laisserait jamais son

peuple. »

Dans beaucoup de cas, jà était purement explétif.

§ 623. — Dans une énumération d'actions qui se succèdent, le temps de la première est aujourd'hui exprimé par « d'abord » ou « premièrement ». On trouve souvent dans les anciens textes primes et premier (ou premiers), avec le même sens.

§ 624. — Enfin l'adverbe de temps indéterminé par excellence était, dans l'ancienne langue, onques (latin unquam), qui n'a d'autre équivalent dans la langue actuelle que jamms pris affirmativement (si jamais il y arrive). On trouve avec le même sens : onques mais.

Onques ne équivalait à « jamais ne ».

Chanson de Roland : « Ne traïsun unkes amer ne volt. » C'est-à-dire : « Et il ne voulut jamais aimer la trahison. »

One, aine, aJaques, sont synonymes de onques.

m. — Adverbes de quantité.

§ 625. — Les principaux adverbes de quantité sont aujourd'hui : pour la quantité absolue beaucoup, très, guère, peu, uv^peu, assez, trop ; et pour la quantité relative tant et autant, plus, maim.

§ 626. — A c6té de beaucoup Yanci&Baie langue disait, a^ec le même sens» fpranâ eoiip.

JçAfmUe ; n Li roys ot.- grmU c^rap de la terre le conte. » C'est-à-dire : « Le roi eut beaucoup de la terre du

comte.»

§ 627. — L'emploi de moult (lalin rxidtum) est ttt>p QQnnu pour qu'il soit utile d*en donner des exemples.

Par (beaucoup, très, tout à fait) est moins connu. Cet adverbe, comme la préposition par, dérive de la préposition latine joer, qui avait aussi le sens de « très, tout à fait» dans certains verbes composés (perficere, parfaire) et devant certains adjectifs {permagnuSj très grand). Notre adverbe par se joignait particulièrement aux adjectifs attributs ou aux adjectifs s'accordant avec le complément direct du verbe avoir, et il se plaçait devant le verbe : « Par fut proz » veut dire « il fut très preux » .

D'ordinaire joar était accompagné d'un autre adverbe de quantité, moult ou tant : « moult par ou tant par ». Dans ces locutions, par ne fait que renforcer Tautre adverbe, et peut être négligé quand on traduit :

Chanson de Roland : « Tant par fut bels. » Traduisez : c< Il était si beau. » Mot à mot : « tant beaucoup ou si beaucoup, » Nous disons encore : « par trop, »

Ibidem : « Mult par est grant la feste. » C'est-à-dire : « La fête est très grande. »

Par, joint à un verbe quelconque, avait aussi le sens de « tout à fait, jusqu'au bout ».

Joinville : « 11 par chanta sa messe tout entièrement,, ne onques puis ne chanta. » C'est-à-dire : « Il acheva de chanter la messe entièrement, et jamais depuis il ne chanta. »

§ 628. — Très était en latin une préposition {trans) qui signifiait « au delà », sens qu'elle a encore en composition, sous sa forme savante ou sous sa forme populaire : « transpercer, ^r^passer {pro^remeni passer au delà) y>.

Très se joignait à tout, adjectif ou adverbe, pour le renforcer. Trestout, pris adverbialement, équivaut donc à entièrement.

Chanson de Roland : « Trestut seit fiz. » C'est-à-dire : « Qu'il en soit entièrement sûr. »

Glédat. 1 5

§ 629. — Guères avait à Torigine le sens de « beaucoup», mais s'employait surtout avec la négation, et c'est de là que lui vient le sens négatif actuel.

Chroniques de Saint-Denis: « S'il eust yt/erres vescu, il eust conquis toute l'Italie. »

§ 630. — Le vieil adverbe auques vient d'un adjectif indéfini neutre, aliquid, qui signifiait a quelque chose ». Auques équivaut à « en quelque chose »*, et a, par suite, le sens de « un peu ».

§ 631. — Assez se compose de à et de l'ancien adverbe sez (latin satis), qui a la même valeur. Dans les anciens textes, assez a souvent le sens de beaucoup.

Chanson de Roland : « Asez est mielz qu'il i perdent les chiefs. » C'est-à-dire : « Il est beaucoup mieux qu'ils y perdent la tète. »

§ 632. — Tant s'employait devant les adjectifs et les adverbes, aussi bien que devant les verbes :

Chanson de Roland : « Noz cumpaignuns que oûmes tant chiers, » Nous dirions : « Nos compagnons qui nous étaient si chers. »

§ 633. — A côté de autant {aliud tantum) on avait, avec le même sens, autretant {alterum tantum), de même que autresi, adverbe de manière, à côté de aussi.

§ 634. — Mais (latin magis) n'a conservé le sens adverbial que dans quelques locutions telles que « n'en pouvoir mais ». L'ancienne langue employait mais avec le sens étymologique de « plus, davantage », particulièrement après une négation.

Chanson de Roland : « Nen parlez mais, se jo nel vus cumant. » C'est-à-dire : « Ne parlez plus si je ne vous le commande. »

§ 635. — Les adverbes de quantité relative supposent une comparaison, et se joignent au premier terme de la

SYNTAXE DE L^ADYERBE. 253

comparaison. La liaison avec le second terme est aujourd'hui exprimée uniformément parla conjonction que : « Il est heureux autant, plus, ou moins que nous. »

Dans Tancienne langue, avec les adverbes marquant une égalité {autant^ tant), c'était comme (ou com)^ et non que^ qui unissait les deux termes de la comparaison.

Commynes : « Le parlement, qui vault autant comme les trois estatz. »

Encore au xvii* siècle, Bossuet écrit : « Autant malins comme ils étaient bons. »

De même avec tant :

Chanson de Roland : « Teres e fîeus tant cum vus en vuldrez. » G' est-à-dire : « Terres et fiefs tant que vous en voudrez. »

Mais lorsque tant^ au lieu d'équivaloir à autant^ avait le sens de« tellement, à ce point », il était, même dans les anciens textes, suivi de que et non de comme : « 11 a tant marché qu'il est las. » Il n'y a pas là une comparaison, mais seulement deux faits dont l'un est la conséquence de l'autre.

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