V. — Adverbes d'affirmation, négation ou doute
§ 641. — Parmi les adverbes d'affirmation, certes est employé dans l'ancienne langue comme de nos jours. On trouve aussi à certes. Mais cet adverbe a surtout des acceptions dérivées, telles que: « sérieusement, instamment».
Joinville : « Madame la royne... me pria si à certes comme elle pot. » G'est-^ dire : « Madame la reine me pria aussi instamment qu'elle put. »
§ 642. — Nous avons conservé le vieil adverbe voire avec le sens de « même ». Voire (ou voir, voirs) a eu d'abord le sens étymologique de vraiment.
Chanson de Roland : a Guenes respunt : Ja ne sai veirs nul hume... ». C'est-à-dire : « Ganelon répond : Je ne connais vraiment personne. »
D'ailleurs on a des exemples anciens de voire avec le sens de « même ».
§ 643. — MêmemBxi un autre synonyme, qui était neis, nis. On l'employait surtout dans les phrases négatives , car le sens primitif de cet adverbe est « pas même ». • Joinville: « Ja... de la foi crestienne tu ne me osteras, nés se tu me feisses touz les membres tranchier. » C'est-àdire : « Tu ne m'ôteras jamais de la foi chrétienne, même en me faisant trancher tous les membres. »
§ 644. — Même a servi à former l'adverbe mèmement, qui signifie aujourd'hui « de même », mais qui, dans l'ancienne langue, avait plutôt le sens de « surtout ». On peut d'ailleurs, dans ce sens, le rattacher au latin « maxima mente ».
§ 645. — Le sijd>stantif espoir était employé adverbialement avec le sens de « peut-être ».
Joinville: « Espoir c'estoit uns Assacis. «Traduisez: « G é[mi peut-être un Assassin. »
§ 646. — L'ancienne forme de la négation ne est « nen ».
« Ne (ou nen).,. mie » avait le même sens que « ne... pas » ou « ne... point ».
Chanson de Roland : « Il ne s'esveille mie. »
D'autre part, dans l'ancienne langue, ne (ou nen) s'em-
ployait plus librement qu'aujourd'hui sans être accompagné de joas, point, ou mie.
Chanson de Roland : « Jo nen ai ost ki bataille li dunget. » Nous dirions : « Je n'ai pas d'armée qui lui livre bataille. »
§ 647. — Le vieux mot nient, noient > a tantôt le sens de notre substantif n^an^, tantôt celui de rien. Il s'emploie aussi adverbialement avec la valeur de « nullement ».
Chanson de Roland: « Et dit al cunte : Jo ne vus aim nient. » C'est-à-dire : « Et il dit au comte : Je ne vous aime nullement y en aucune façon, »