III. — Place du complément indirect et de l'attribut
§ 671. — Les cas où le complément indirect ou l'attribut peuvent précéder le v^rbe sont rares aujourd'hui. Dans les anciens textes cette inversion est fréquente.
Attribut {adjectif ou substantif).
§ 672. — Villehardouin : « Li dux de Venise, qui vialz hom ère, » Mot à mot : « Le doge de Venise, qui vieil homme était, »
Sermons de saint Befmard : « Halz est voirement nostre Sires. » Mot à mot : « Baut est vraiment Notre Seigneur. »
§ 673. — Quand deux attributs sont coordonnés, l'un peut précéder et Tautre suivre le verbe :
Roman de la Rose : « Lède estoit et sale et foulée, » Mot à mot : « Laide elle était, et sale et foulée. »
§ 674. — Le sujet et Tattribut peuvent être réunis après le verbe :
Chanson de Roland : « Si est la citet sue, » G'est-à-dire : « La cité est sienne, »
Ibidem : « Si est sue la terre, » G'est-à-dire : « La terre ^%i sienne, »
Complément indirect,
§ 675. — Livres des Rois : « Li poples del service Deu se retraist. » Mot à mot : « Le peuple du service de Dieu se retira. »
Joinville : « Quant il de celle péri llouse terre eschapoit. » C'est-à-dire : « Quand il échappait de cette périlleuse terre, »
Le complément indirect peut être placé aussi entre l'auxiliaire et le participe passé.
IV. — Sujets et compléments d'un verbe à l'infllnitif et du verbe qui le régit.
§ 676. — L'infinitif peut précéder le verbe qui le régit : « Pendre les fist. » C'est-à-dire : « Il les fit pendre. »
§ 677. — Le sujet d'un verbe à l'infinitif se met généralement aujourd'hui après l'infinitif : « Il laisse partir son
ami. » Dans Fancienne langue, ce sujet est souvent placé avant le verbe, quelque long qu'il soit.
Joinville : « Je li ferai la teste dou patriarche voler en «on geron. » C'est-à-dire : « Je lui ferai voler la tète du patriarche dans son giron. »
§ 678. — Le sujet du verbe principal et le régime de l'infinitif se trouvent souvent réunis après les deux verbes:
Joinville : « Lors envoia querre li roys le légat. » Mot à mot : « Lors envoya quérir le roi le légat. » Le sujet d'envoya (le roi) et le régime de quérir (le légat) sont réunis après les deux verbes.
§ 679. — Le régime de l'infinitif peut être placé entre les deux verbes : "^
Joinville : « Quant il vouloit aucune chose affermer. » Mot à mot : « Quand il voulait quelque chose affirmer. » C'est-à-dire : « affirmer quelque chose. »
§ 680*. — Lorsque le verbe à l'infinitif est uni au verbe dont il dépend par une préposition, le régime de l'infinitif se met quelquefois avant la préposition :
Villehardouin : « Et comencent la rive à aprockier. » C'est-à-dire : « Et ils commencent à approcher (de) la rive. »
Joinville: « Li clers qui aidoit la messe à chanter, » Mot à mot : « Le clerc qui aidait la messe à chanter. » C'est-àdire : « à chanter la messe. »
§ 681. — Aujourd'hui le pronom personnel et le pronom indéfini « on » ne peuvent être séparés du verbe dont ils «ont sujets que par la négation « ne » ou par d'autres pronoms : « je le lui ait dit. » Dans l'ancienne langue le pronom sujet pouvait être séparé du verbe par n'importe quels mots :
Sermons de saint Bernard : « Quand il les choses singuleres enseut, » Nous dirions : « Quand il suit les choses singulières. »
Joinville: « Quant il de celle perillouse terre eschapoit. »
Ibidem : « Liquex estoit uns des plus hardis homes que je onques veisse. » C*est-à-dire : « Lequel était un des hommes les plus hardis que j*eusse jamais vus. »