VI. — Les pronoms régimes
§ 682. — Les pronoms régimes (non précédés de prépositions) se placent aujourd'hui devant le verbe ; il en est de même des pronoms adverbiaux en et y. L'ancienne langue pouvait aussi les placer après le verbe : •
Chanson de Roland : « Faites-le vus de gret ? » Mot à mot : « Faites-le vous exprès ? »
Ibidem : « Il lancent lur e lances e espiez. » G'est-à-dire : « Ils leur lancent... »
Ibidem : « Met sei en piez. »
Livres des Rois : « Pur destruire la. » Nous dirions : « Pour la détruire, »
Poème de Tristan : « Pur oir i le grant servise. » C'està-dire : « Pour y ouir le grand service. »
§ 683. — Dans quelques cas (avec un impératif non accompagné d'une négation), le français moderne met par exception le pronom régime après le verbe : « Tais-^oi, viens-y ». L'ancienne langue pouvait dire : « Te tien (tienstoi), i venez (venez-y). »
§ 684. — Aujourd'hui, lorsque le verbe doit être précédé de deux pronoms régimes, c'est le pronom de la troisième personne qu'on met le dernier : « Je vous le ou les donne, je te le conseille, je me le dis. » Quand les deux pronoms sont de la troisième personne, fe, la, les se mettent avant
lui et leur: « Je le lui ou le leur répète. » Quand les deux pronoms suivent le verbe (après les impératifs), on met toijyours /e, la, les avant lui et leur ; mais si le pronom de la troisième personne est avec un pronom d'une autre personne, on peut suivre Tordre qui est obligatoire devant le verbe, ou Tordre inverse : « Donnez-nous-le » ou « donnez-le-nous ».
Dans Tancienne langue, cet ordre inverse était possible même devant le verbe.
Chanson de Roland : « Jo Vvus parduins. » Mot à mot : « Je le vous pardonne. »
Sermons de saint Bernard : « Ensi ne/ (pour ne le) te mat om mies davant. » Mot à mot : c< Ainsi ne le te met-on point devant. » Nous dirions : « On ne te le met point... »
Joinville : « Car je fe vous doing, et si le vous garantirai. » Mot à mot : « Car je le vous donne et le vous garantirai. »
§ 685. — Nous plaçons y devant en : « Il y en a. » On lit dans Joinville : « Il en y ot de noies. » Mot à mot : « Il en y eut de noyés. »
Ibidem : « Et en y avoit bien six ou sept. » C'est-àdire : « 11 y en avait bien six ou sept. »