LA DÉCLINAISON EN LATIN — GÉNÉRALITÉS
§ 64. — Les rapports qui unissent un nom au verbe ou à tout autre mot de la phrase sont aujourd'hui marqués par la place de ce nom, ou exprimés à Taide de prépositions. Ainsi quand nous disons : « Pierre a recommandé Paul à Jacques », c'est la place des noms Pierre et Paul, Tun avant, l'autre après le verbe, qui indique que le premier est sujet, le second régime, et c'est la préposition d, placée devant Jacques, qui nous apprend que ce dernier nom est régime indirect. Les Latins exprimaient les mêmes rapports par des flexions ou des terminaisons qu'on appelle cas ; ainsi dansja phrase ci-dessus la terminaison us aurait indiqué le sujet, um le régime direct, o le régime indirect : « Petri/5 Jacobo Paulwm commendavit. » En intervertissant les rôles, pour exprimer, par exemple, que Jacques avait recommandé Pierre à Paul, on aurait dit : « Jacobws Petrum Paulo commendavit. » Il en résulte qu'on pouvait, sans nuire à la clarté, mettre les noms dans n'importe quel ordre, les réunir avant ou après le verbe, commencer par le sujet ou par l'un des régimes ; la terminaison, le cas, suffisait à faire reconnaître le rôle de chacun.
De même quand nous disons : « l'ami de Pierre est arrivé » , c'est la préposition de qui exprime que « Pierre » est le régime d' « ami » . Les Latins auraient aussi rendu ce rap port par un cas, ils auraient donné au nom « Pierre » la terminaison i : « amicws Pétri » ou « Pétri amicws ». Comme on le voit, l'emploi des cas rendait souvent inutile celui des prépositions. Mais plus souvent encore, les deux moyens étaient employés à la fois, et se complétaient l'un l'autre.
§ 55. — Il y avait six cas en latin. La succession des cas constitue ce qu'on appelle la déclinaison^ qui était pour les noms ce qu'est la conjugaison pour les verbes. On déclinait les noms comme on conjugue les verbes, et de même que les verbes se répartissaient entre quatre conjugaisons, il y avait pour les noms cinq déclinaisons différentes, qui ont laissé des traces diverses dans la langue française.
§ 56. — Parmi les six cas du latin, l'un, appelé nominatif, était le cas-sujet, celui qui marquait le sujet de la phrase. Un second, appelé vocatif, s'employait quand on adressait la parole à quelqu'un. Les autres servaient à rendre les différentes espèces de régime. Le plus important était Vaccusatifj qui marquait le régime direct des verbes et qui s'employait avec les prépositions indiquant un mouvement.