‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 19 sur 243 · III. — Noms Indéclinables · texte numérisé non relu

III. — Noms Indéclinables

§ 81. — Les noms indéclinables sont ceux qui, dans l'ancienne langue, se terminaient uniformément par une s à tous les cas, et qui aujourd'hui encore ont une s (ou un x) au singulier comme au pluriel. Ce sont ceux dont le radical latin se terminait par une s ou par une lettre qui est devenue s en français.

§ 82. — Ainsi le mot latin ménsis (mois) faisait à l'accusatif ménsem. Si on le compare kpanis (pain), qui faisait panem, on verra que ïs de mensem a dû se maintenir au même titre que l'n de panem, et que ïs finale et Vs intérieure de mensis ont dû se confondre, après la chute de Vi atone. Mensis et mensem, le nominatif et l'accusatif latin, ont donc également donné mois, avec une s finale. Le mot ne devait pas davantage se modifier au pluriel.

Pour la même raison, étaient aussi indéclinables : nés (aujourd'hui écrit nez), venant de nasiis (accusatif nasum), pois (aujourd'hui écrit poids), venant de pensum (mot

neutre dont Taccusatif est semblable au nominatif), sens, venant de sensus (accusatif sensum)^ tous (aujourd'hui écrit toux)y venant de tussis (accusatif tussim)^ etc.

§ 83. — Les motà neutres « prétium, paldtium, bràehium » ont donné en français pris (aujourd'hui écrit pinx), palais, bras, mots indéclinables. Vs finale de ces mots est le produit de la transformation de ïi atone latin placé entre un t ou une gutturale et une voyelle. De même, l'accusatif pûteum, du mot masculin « pûteus », a donné, comme le nominatif : puiz, puis (aujourd'hui écrit puits). Vs finale ici est le produit de la transformation de Ve atone placé dans la même situation que Vi de palàtium.

§ 84. — Un certain nombre de mots latins féminin? avaient l'accusatif singulier terminé en cem : pàcem, vôcem, etc. Or, le c latin suivi d'un e doit produire en français une s. Ces mots donneront donc en français de? noms féminins qui auront une s au singulier comme au pluriel: pais (aujourd'hui écrit paix) de pâcem, vois (aujourd'hui voix) de vôcem, fois de vicem, faus (aujourd'hui écrit faux) de fàlcem, etc. Le nominatif des mêmes mots se terminait en latin par un x (pax, vox), qui a passé, sous une influence savante, dans l'orthographe française.

§ 85. — On sait que l'accusatif des mots neutres latins était identique au nominatif. Ceux qui sont devenus masculins et qui ne se terminaient pas par une s en ont cependant une en français au cas sujet singulier, par analogie avec les noms masculins, et nous avons vu qu'on leur avait fait aussi un pluriel analogique (§ 70). Mais ceux qui se terminaient par une s n'ont pas subi l'analogie inverse et n'ont pas perdu cette 5 au cas régime singulier. N'étant pas traités comme les autres mots masculins au sin-

gulier, ils né pouvaient Têtre non plus au pluriel. Leur pluriel est identique au singulier; ils sont indéclinables. Exemples : co7^s (aujourd'hui écrit corps) de corpus, (eus (aujourd'hui écrit temps) de tempus, pis (poitrine) de pMus, etc.

Observation générale sur les noms,

§ 86. — Souvent la consonne placée avant Y s de flexion ou r* des noms indéclinables est tombée devant cette s. Ainsi, le mot clef se trouvera écrit au pluriel clés, arc sera écrit ars au cas sujet singulier et au cas régime pluriel. Quand cette consonne finale est un t, en se réunissant à Vs de flexion elle forme un z, qui a été ensuite remplacé par une s; c'est ainsi que hontet (aujourd'hui honte) a fait au pluriel bontez, enfant a fait au cas régime pluriel enfanZy puis enfans, aujourd'hui enfants, etc.

L'/ s'est vocalisée en u devant Vs de flexion ou Vs des noms indéclinables : chevals, cas sujet singulier et cas régime pluriel, est devenu ckevaus, chevaux; fais est devenu fauSy faux,

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