Adjectifs en « or
§ 101. — On trouve, dans l'ancienne langue, un certain nombre d'adjectifs en or, qui sont invariables, et qui sont formés par l'adjonction de cette syllabe « or » à un autre adjectif ou à un nom : francor au sens de franc ou français, paienor au sens de pa:ien.
Si ces adjectifs avaient persisté, ils seraient aujourd'hui f rancœur et paieneur, comme l'adjectif possessif leur, qui a été lor, et qui a la même origine. Un d'eux s'est conservé sous forme de substantif; c'est Chandeleur, nom populaire d'une fête où l'on porte des chandelles, des cierges.
Il faut rattacher toutes ces formes au génitif pluriel des noms latins de la seconde déclinaison ; amicus (ami) faisait au génitif pluriel : amicôrum, Or,.le cas nommé génitif exprimait plusieurs des rapports que nous rendons aujourd'hui par la préposition de, « Caméra amicôrum » est « la chambre des amis ». Le génitif pluriel à' amicus n'a pas produit de forme française, tandis que les génitifs pluriels de franeus (franc), de ille (il), de paganus (païen), de candela (chandelle) ont donné les formes francor, lor (aujourd'hui leur), paienor, chandelor (aujourd'hui Chandeleur), qui signifient proprement : « des francs, d'eux, des païens, des chandelles ». Le mot canjdela (chandelle) appartient- à la première déclinaison latine, dont le génitif pluriel était en
ârum et non en ôrum ; c'est par assimilation avec la seconde déclinaison qu'on a pu dire candelôrum^ d'où vient i^.handekur.
Observation générale sur les adjectifs.
§ 102. — Nous répéterons pour les adjectifs ce que nous avons dit pour les noms (§ 86), c'est que la consonne finale est souvent tombée devant Y s de flexion. Ainsi le cas sujet singulier et le cas régime pluriel du masculin franc se trouveront écrits^ « frans ». Quand cette consonne finale est un ty en se réunissant à ïs de flexion elle forme un z, qui a été ensuite remplacé par une s. Ainsi le participe masculin portét (aujourd'hui porté) faisait « portez » au cas sujet singulier et au cas régime pluriel.