‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 32 sur 243 · II. — En français · texte numérisé non relu

II. — En français

§ 130. — Or, dans la transformation du latin en français, la voyelle d'un mot proclitique a été traitée comme celle de la première syllabe non tonique d'un mot ordinaire. Et nous savons déjà qu'une même voyelle peut subir deux transformations différentes suivant qu'elle est à la première syllabe d'un mot ou dans la syllabe tonique. Ou ne s'étonnera donc pas que te latin proclitique ait donné le français « te », et te latin accentué : « toi », de même que les deux premiers e de « debére » ont donné l'un e, l'autre ot, dans le français « devoir. »

§ 131. — Les pronoms ci-dessus n'ont cependant pas tous donné deux formes. Les nominatifs (sauf ego) ne sont représentés que par un seul mot français; il en est de même des cas régimes du pluriel. Seuls, l'accusatif et le datif singuliers ont deux formes ; mais ces deux formes sont les mêmes pour l'accusatif et le datif, parce que l'accusatif et le datif latins se sont confondus en passant au français.

Il faut remarquer en effet que Ye des pronoms latins me, te^ei le premier i de mihi, tihi, doivent, d'après les lois de la phonétique, être représentés en français par le même son. (Voyez, dans \di phonétique^ les tableaux de Vi bref et de Ye long.)

D'autre part la seconde syllabe de mihi et de tibi devait tomber ; mihi s'est donc confondu avec me, tibi avec te.

§ 132. — Mihi et me ont donné mei, puis moi^ comme forme normale, et me comme forme proclitique. Tibi et

te ont donné ^^, puis toi^ et te. Chacun de ces quatre mots (me, moi, te, toi), se rattachant à la fois à l'accusatif et au datif latin, doit pouvoir s'employer également comme régime direct et comme régime indirect sans préposition. Nous disons en effet : « Il me rencontra », où me est régime direct, et « il me parle », où me est régime indirect. De même pour te. On dit aussi : « Ecouie-moi, et rends-moi justice », donnant à moi successivement la fonction de régime direct et celle de régime indirect sans préposition. — Les formes plus rares « mi, ti » peuvent s'expliquer par l'action de Vi final de miki, tibi (§ 724). On trouve d'ailleurs les mêmes formes en latin.

§ 133. — « Ego » a donné yo, je, où l'on remarque le maintien de la voyelle de la seconde syllabe, comme dans l'article. A côté de « jOf je » , on trouve dans quelques textes la forme gié (en une seule syllabe), qui provient de égo non proclitique.

§ 134. — Les pronoms des deux premières personnes se déclinent donc au singulier :

i'« personne, 2* personne.

Cas sujet : je, je (quelquefois gié) tu

Proclitique. Proclitiqas

Cas régime direct: ) . . . . • x • x- ^

Oasr4tin€mdir.:P^^'^^^'™^ ^^ lei, toi, ti te

§ 135. — En latin, le pluriel des mêmes pronoms avait «ne forme commune pour le nominatif et l'accusatif : nos, vos. En outre, les lois phonétiques devaient amener la confusion du datif « nobis, vobis » avec le nominatif-accusatif « nos, vos, » Nous aurons donc en français une seule forme pour les trois cas :

l'« personne» 2* personne*

'Cas sujet : ]

€as régime dv*ect : ! nos, nous vos, vous.

<Jas régime indirect : j

CUBDAT. 5

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