VI. — Des consonnes euphoniques introduites
dans la coiijugaison.
§ 213. — Toutes les fois que, dans la transformation d'un mot latin en mot français, une s, une n ou une / s'est trouvée rapprochée d'une r, il s'est introduit un d après « ou /, et un t après s, pour faciliter la prononciation. C'est ainsi que le latin gén[é)rum a donné gendre y etc. Ce fait s'est produit dans les verbes, après un radical terminé par /, s ou n, devant une flexion commençant par une r, c'està-dire devant les flexions du futur et du conditionnel [rai, rais) et devant celle de l'infinitif des verbes en re.
Le radical de môlere, d'où vient moudre ^ était mol^ devenu moul en français. A la suite de la chute régulière de la voyelle atone e, qui séparait en latin le radical mol de la terminaison re (mol{e)re), on a eu molre^ qui a été trans-
formé en moldre, moulure^ puis inouàre, par rintroduction d'un d euphonique entre / et r.
Dans absôlverey VI était séparée de IV par une consonne et une voyelle qui sont tombées l'une et l'autre : abs6l[ve)re. Dès lors un d euphonique s'est introduit dans la forme française : absoldre^ absoudre.
Pour la même raison c6ns{ue)re a donné cousrfre; nàs{ce)re, nais^re ; cognôs{ce)re, connois^re ; crés{ce)re^ crois^re; plân{ge)rey iplsLindre; fin{ge)re, feinrfre, etc.; et au futur : cousdrai, absoudrai^ etc.
§ 214. — Il faut remarquer que le rf ou le ^ s'est maintenu même après la vocalisation ou la suppression de la première consonne dont il facilitait la prononciation. Aujourd'hui on dit moudre et coudre; la consonne finale du radical (/, s) est tombée, mais le d est resté.
Quand on veut, d'après l'infinitif actuel, retrouver le véritable radical de ces verbes, il faut donc, non seulement supprimer la dentale euphonique en même temps que la flexion re, mais encore rétablir l'ancienne consonne qui précédait cette dentale et la rendait utile : / dans moudre, s dure {ss) dans croître, s douce dans coudre : moul, croiss, cous. C'est ce radical ainsi complété que l'on trouvera dans les autres formes de ces verbes : « mou/ant, oromais, cowsons, etc. ».
§ 216. — Les verbes venir, tenir, valoir, falloir, etc., ont aussi une dentale euphonique au futur et au conditionnel : « tiendfrai. Viendrai, fauc^rai, vau^^rai. »
§ 216. — On peut dire d'une façon générale que, toutes les fois qu'on a, soit au futur et au conditionnel seuls, soit à ces deux temps et à l'infinitif, un d ou un t, qui ne se retrouve pas dans les autres formes du même verbe, cette dentale n'appartient pas au radical latin. Il n'y a d'exception que pour prendre (latin préndere), qui Clédat. 7
liO GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS.
perd sa dentale étymologique à tous les temps autres que Tinfinitif, le futur et le conditionnel, précisément par analogie avec les verbes où cette dentale est euphonique.
§ 217. — Dans les verbes dérivés des latins gém[e)re (geindre) et <rém(e)re (craindre), on devait avoir, d'après les lois phonétiques, non un d euphonique, mais un b; car c'est un h qui s'intercale ordinairement entre une m et une liquide. Mais les infinitifs «^«emôre OMgembrej criembre ou crembre », ont été de bonne heure remplacés par ^eindre, çreindre (ensuite craindre, par une modification purement graphique), par analogie avec les verbes en aindre, eindrCf dérivés des verbes latins en angere, ingère (Voy. § 208).
§ 218. — Nous avons déjà indiqué le rôle de l'y euphonique §§ 173 et 174.
§ 219. — Un V euphonique s'est introduit dans toutes les formes de l'ancien verbe po-oir, pou-oir^ où le radical {peu tonique, ou pou atone) était suivi d'une voyello : pouvoir, pouvant, ils peuvent.