V. — De la vocalisation de 1' « 1 » dans les formes
verbales.
§ 209. — Nous avons déjà vu, dans les chapitres de l'orthographe et du nom, que 1'/ (mouillée ou pure) de l'ancienne langue se maintenait en général lorsqu'elle terminait le mot ou lorsqu'elle était suivie d'une voyelle, mais qu'elle se vocalisait en u lorsqu'elle était suivie d'une consonne : cheval et travail sont restés cheval et travail; valeur est resté valeur; mais chevals et travails sont devenus chevaus (chevaux) et travails (travaux), falcher est devenu faucher. L'application de cette loi de phonétique modifie singulièrement la physionomie de la conjugaison dans les verbes dont le radical se terminait par cette consonne (simple ou redoublée, pure ou mouillée), du moins dans les verbes en re, oir et dans les noms inchoatifs en ir; car dans les verbes en er, et dans les inchoatifs en îV,
la consonne qui termine le radical est toujours placée devant une voyelle.
§ 210. — Pour les verbes en re la consonne terminant le radical se trouvait suivie d'une autre consonne : 1° à rinfinitif, au futur et au conditionnel, devant r des flexions re, raiy rais; 2* aux deuxièmes et troisièmes personnes de l'indicatif présent, devant s et t.
Or dans moudre, la consonne finale du radical est / (latin mol-ere), que l'on retrouve dans moulons, moulez. Cette / s'est maintenue partout où elle était suivie d'une voyelle, mais elle a disparu par vocalisation et confusion avec la voyelle ou^ dans moudre, mowdrai, moudrais, tu mous (aujourd'hui écrit mouds), il mowt (aujourd'hui écrit moud). Le d de « mourfre, mourfrai » est euphonique (Voyez § 213). On l'a introduit par confusion dçms : « tu mourfs, il moud. »
§ 211. — Pour les verbes en oir et en ir (non inchoatifs), la consonne terminant le radical se trouvait suivie d'une autre consonne aux mêmes temps que ci-dessus, moins l'infinitif (dont la flexion commence par une voyelle : oir, ir), c'est-à-dire au futur, au conditionnel et au singulier de l'indicatif.
Valoir, falloir^ ayant le radical terminé par une /, cette / s'est vocalisée en w et a formé diphtongue avec Va qui précédait : 1** dans vaut, faut; 2* dans vaudrait, faudrait; 3* dans vaudra, faudra; et dans les difl*érentes personnes de ces temps (celles du singulier seulement pour l'indicatif). Dans vouloir, qui est un verbe à voyelle du radical variable, 1'/ s'est confondue avec la diphtongue ou du radical atone dans voudrai, voudrais (au lieu de vou/d^ai, vouMrais); elle s'est confondue avec la diphtongue eu du radical tonique au singulier de l'indicatif « il veut >» au lieu de : il veulL
Faillir faisait à Tindicatif «c il faut », comme falloir ^ qui remonte d'ailleurs au même Terbe latin fallere. Le futur était aussi : je faudrai, qu*on remplace aujourd'hui par je faillirai , forme refaite sur l'infinitif.
Assa\\\ir et tressaillir faisaient jadis : il assaut, il tressant ^ il assaudra, il tressaxxdra. Le futur et le conditionnel ont été refaits sur l'infinitif, et le singulier de l'indicatif, où l'on a rétabli 1'/ mouillée de la première personne, et où Ton a ajouté un e muet, ressemble aujourd'hui à un verbe de la première conjugaison, à travailler ^t exemple (Voyez ci-dessus § 190).
§ 212. — Ainsi, dans la conjugaison ancienne des verbes dont le radical se termine par « /, //, tW, » il arrive que, au futur, au conditionnel et au singulier de l'indicatif (et à l'infinitif pour les verbes en re), cette /ou ces / sont remplacées par un w, qui s'ajoute à la voyelle précédente ou se confond avec elle.