Verbes en « re
§ 246. — Dans croire, le radical atone est cre (on disait jadis créons, créant, au lieu de croyons, croyant). Si Tony ajoute la flexion u, on a l'ancien participe passé creû, devenu cru par contraction. Dans boire, le radical atone est ben (devenu buv dans buvons, buvez, etc. Voyez § 172) qui dérive du latin bib; la labiale latine b étant tombée devant Vu de flexion, le participe passé sera beû, aujourd'hui ou.
§ 247. — Quant aux verbes croître, paraître, connaître^ et autres, ils ont fait au participe passé « creû, pareû, conneû » par analogie avec les nombreux participes en eu qui dérivent directement du latin. Ainsi, dans ces verbes, la voyelle e deeûsL été substituée à la voyelle ou diphtongue du radical, quelle qu'elle fût.
§ 248. — Le participe vécu, du verbe vivre y est tout à fait irrégulier. Il se rattache au radical spécial que Ton trouve au prétérit de ce verbe (via?), radical auquel on a ajouté Vu de flexion (Voyez §336).
Participes en s.
§ 249. — Des verbes latins des deux conjugaisons en ère avaient le participe passé en sum, souvent avec modification du radical.
§250. — Parmi les verbes en oir, «voir » devrait faire au participe passé vis (du latin visum) ; mais cette forme, que Ton trouve dans l'ancienne langue comme substantif, avec le sens de visage, et d'où vient d'ailleurs le mot visage ^ avait été remplacée, dès l'origine, comme participe passé du verbe voir, par une forme analogique en 6ton, d'où vient le participe veû, vu.
§ 251. — Le vieux verbe remanoir faisait régulièrement au participe passé remés (remânsum) . La suppression de Yn et le changement de l'a du radical en e s'expliquent par les lois phonétiques.
§ 252. — Le seul verbe actuel en oir qui ait le participe passé en s, est seoir (s'as^eotr) qui fait : sis {assis). Encore cette forme ne dérive-t-elle pas directement du participe latin {sessum); elle est due à une analogie avec d'autres participes tels que occisum [à'occidere, en français occire) qui a donné occis (anciennement ocis). C'est à la même analogie, et. aussi à l'influence du prétérit de l'indicatif,
DU VERBE. i^l
qu'on doit lesparticipes : mis (de mettre), pris (de prendre), quis (de qtierre ou quérir. Voyez § 223). Les participes passés de ces verbes, s'ils étaient venus directement du latin, eussent été bien différents; au lieu de mis on aurait mes, forme que Ton rencontre en vieux français avec la valeur d un substantif et le sens de « envoyé, messager ».
§ 253. — Le verbe clore a un participe passé en s, clos, qui dérive directement du latin. Il en est de même du vieux verbe ardre (brûler), qui faisait ars.
§ 254. — Enfin, par une analogie inverse de celle que nous avons plusieurs fois signalée, le participe latin en ûtum du verbe absolvere {ctsoldre, asoudre, absoudre) a été remplacé par un participe en s : français asols, asous, absous. Le féminin devrait être absouse ; c'est par une influence savante (à cause du t d'absolutum), ou par analogie avec les participes en t, qu'on dit : absoute.
Participes exceptionnels en i et en elt.
§ 256. — Il nous reste à parler des quelques verbes français en re qui ont le participe passé en i.
Suivre, qu'on trouve aussi sous la forme «sivir, suivirY>, a le participe passé qui convenait à cette seconde forme.
Nuire et luire n'avaient pas de participe passé en latin classique. Pour le premier on trouve au moyen âge un participe en u : « neû » . Tous les deux ont aujourd'hui le participe en i comme des verbes en ir. En réalité, ces participes sont sans flexion, carl'i qui les termine fait partie du radical du verbe.
On en peut dire autant de rire, qui fait ri, au lieu de ris qu'appelleraient le latin risum et l'analogie avec occis, de €ccire.
Suffire devrait avoir au participe un t comme confire :
« suffit ». Ce verbe a subi aussi une fausse assimilation avec les verbes en ir, et le participe passé a été réduit au radical suffi,
§ 256. — On trouve dans lancienne langue quelques participes passés en eit qui ont longtemps embarrassé les romanistes : colkit k côté de coilliy du verbe coillir (cueillir), chaeit à côté de chaû^ du verbe chaeir (cheoir, choir), etc. Colleit vient directement du participe latin rolléctum : col représente le préfixe (c'est le préfixe coin de comprendre^ avec assimilation de Y m à la première consonne du radical) ; lei est le radioal, et t la flexion. C'est donc un participe ordinaire en t, A Tinfinitif de ce verbe, la voyelle du radical était i', et non ei ; et cet i s'était confondu avec Te de la flexion des verbes ir (Voyez ci-dessus § 227). Partout ailleurs la voyelle du radical était tombée, par exception aux lois générales de phonétique» et c'était l'ancien préfixe, devenu coil et cueil^ qui jouait le rôle de radical. A côté de ce nouveau radical, Veit du participe colleit ressemblait à une flexion. C'est par suite de cette ressemblance, que la syllabe eit a été ajoutée <*.omme flexion au radical d'autres verbes, tels que chaeir.
Bésumé,
§ 257. — En résumé : 1° Verbes français en re. — Les verbes latins correspondant à cette terminaison avaient le participe passé en tum et sum, et exceptionnellement en ûtum. Cette dernière terminaison (en français u) a singulièrement empiété sur les deux autres. Elle s'applique aujourd'hui à près de la moitié des verbes français en re. Parmi les autres, la plupart ont le participe en t (latin tum), quelques-uns en s (latin sum) ; enfin un petit nombre de verbes, dont la voyelle radicale est i et précède immédiatement la terminaison re, ont été confondus, à cause de
cette voyelle, avec les verbes en ir, dont ils ne diffèrent à l'infinitif que par Ye muet final, et ont aujourd'hui le participe en i.
2** Verbes en oip. — Ces verbes, sauf asseoir , ont le participe en M, qu'ils doivent à une assimilation.
3° Verbes non inchoatifs en ir (participes latins en itum, sunif tum). — La plupart de ces verbes ont le participe en t, conformément à la flexion itum du latin. Quelques-uns ont la flexion w, si commune pour les verbes en re et en oir.
Ouvrir, couvrir, souffrir et offrir ont le participe en t. Enfin un seul de ces verbes a le participe en s, et encore appartenait-il, en latin, aune autre conjugaison; c'est qrw^rir (et ses composés) : conquis,