‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 56 sur 243 · V. — Présent du sulijonctif · texte numérisé non relu

V. — Présent du sulijonctif

Conjugaison en er.

§ 278. — Le présent du subjonctif des verbes latins en •«re se conjuguait comme suit :

DU VERBE. 12ft

pôrt-em (que je porte)

pôrl-es (que tu portes)

p6rt-et (qu'il porte)

port-émus (que nous portions)

port-étis (que vous portiez)

• pôrt-ent (qu'ils portent).

§ 274. — D'après les lois générales et particulières de la phonétique, la flexion de la première personne du singulier devait tomber entièrement, et il ne devait rester que Vs pour la deuxième et le t pour la troisième (le t, dans le cas du verbe porter , devait se confondre avec le t final du radical). LiC subjonctif du verbe porter devrait donc être au singulier : « que je port, que tu porz (ports), qu il port. Mais de bonne heure, le subjonctif de la conjugaison en (ire a. été assimilé à celui des autres conjugaisons (voyez § 276 et suivants), et il en est résulté que, pour les verbes en er, le singulier du subjonctif présent et le singulier de Vindicatif présent se sont trouvés identiques : port-e^ port-es, port-e.

Aux deux premières personnes du pluriel, on a substitué aux flexions étymologiques {eins qu'aurait donné émus, eiz de étis) les terminaisons ons, ez, et plus tard ions et iez, qu'on empruntait aux. verbes des autres conjugaisons latines (Voyez ci-dessous § 279). Quant à la troisième personne du pluriel, le lelin partent a, donné régulièrement le français portent, sans le secours d'aucune assimilation.

§ 275 . — Parmi les exemples anciens des formes étymologiques du subjonctif présent dans la conjugaison en er, nous signalerons notamment des troisièmes personnes du singulier en t, sans e muet : culzt du verbe cw/cAe^r (coucher), demeint du verbe démener, dans la Chanson de Roland. Jusqu'au xvu® siècle on a dit : Dieu \o\xs gart!

Conjugaison en re, oir, ir.

§ 276. — Dans les autres conjugaisons latines, le subjonctif présent offrait les formes suivantes :

2° CONJUGAISON (ère).

respônd-eam (que je réponde) respônd-eas (que lu répondes) respônd-eat (qu'il réponde) respond-eâmus (que nous répondions) respond-eâtis (que vous répondiez) resp6nd-eant (qu'ils répondent).

3® CONJUGAISON (L ère).

vénd-am (que je vende) vénd-as (que tu vendes) vénd-at (qu'il vende) vend-âmus (que nous vendions) vend-âtis (que vous vendiez) vénd-ant (qu'ils vendent)

recip-iam (que je reçoive) recip-ias (que tu reçoives) recip-iat (qu'il reçoive) recip-iâmus (que nous recevions) recip-iâtis (que vous receviez) recip-iant (qu'ils reçoivent).

4® CONJUGAISON (ire).

pârt-iam (que je parte)

pârt-ias (que tu partes)

pârt-iat (qu'il parte)

part-iâmus (que nous partions)

part-iâtis (que vous partiez)

pârt-iant (qu'ils partent).

§ 277. — Sur ces quatre types de flexions, deux étaient identiques dans le latin classique (partiam, recipiam), et un troisième (respondeam) s'était identifié aux deux premiers dans le latin populaire, Ye placé devant une

voyelle s'étant changé en i : respondeam = respondiam. Nous choisirons donc l\in de ces trois types, partiam, et tout ce que nous dirons de partiam s'appliquera à respondeam et à recipiam.

§ 278. — Si Ton compare partiam à vendam on verra que, au point de vue de la flexion, ces deux subjonctifs ne diffèrent que par une lettre, Videpat^tiam, qui est un i atone, et qui doit tomber, sauf certaines réserves limitées à des verbes déterminés (voyez § 177 et suivants). Donc, en principe, les flexions iam de partiam et amde vendam doivent produire la même flexion française, un e muet. Il suffît d'ajouter un e au radical du verbe, pour avoir la première personne du singulier du subjonctif présent : « que je part-e,que je vend-e. » De même, à la deuxième et à la troisième personne du singulier, ias et as produiront e^' français, iat et at : et (par un e muet), puis e. Ënûn à là troisième personne du pluriel iant et ant donneront ent,

§ 279. — Aux deux premières personnes du pluriel, 1'/ atone se trouve avant la voyelle tonique de « part-iâmus, part-iâtis » et précède immédiatement cette voyelle. Or, d'après les lois phonétiques, Vi atone doit exercer une influence sur l'a tonique qui suit. En règle générale, l'a tonique suivi d'une m se change en ai, et non suivi d'une m il se change en é ; mais par exception, dans les deux cas, quand il est précédé d'un i, il se change en ié.

Ainsi :

venddmus devait produire vendnins

venddtis — vendez

partiâmus — partiens

partidtis — partiez.

On a substitué aux flexions « ains, iens », de la première personne, la terminaison uniforme ons, qui tendait à s'introduire partout; mais on a respecté l'i de « part?ens », si

bien que vendains (forme théorique) est devenu vendons^ et partiens (forme dont on a de nombreux exemples) est devenu partions. On a donc, d'un côté, « vendons, vendez »^ comme à l'indicatif présent, et d'un autre côté « partions, partiez »• C'est ainsi du moins que l'on peut expliquer les premières et deuxièmes personnes du subjonctif en ons, ez^ que l'on trouve dans les anciens textes au lieu de ions^ iez , De très bonne heure il y a eu assimilation, dans les deux sens, et on a dit : vendions, vendiez, et partons, partez ; mais ce sont les flexions ions et iez qui l'ont emporté.

Les flexions subjonctives des deuxième, troisième et quatrième conjugaisons latines se sont donc confondues, et nous avons vu qu'elles ont été aussi introduites dans les verbes dérivés de la première conjugaison.

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