LA CONJUGAISON DU VERBE « ÊTRE
Infinitif.
§ 348. — L'infinitif du verbe « être » était en latin clas
ÏS-
sique ésse. C'était le seul infinitif ne se terminant pas en re. Mais le latin populaire avait fait disparaître cette anomalie, en disant : éssere. C'est de « éssere » que vient le franr-ai> « estre », puis « être ».
Participe présent et participe passé.
§ 349. — Les participes de notre verbe être dérivent des participes du verbe latin stare, dont le sens propre «Hait : « se tenir debout. » Stantem a donné estant^ puis Mant; statum: estéy puis été. Il faut remarquer que stare avait produit le verbe français ester , qui s'est conservé jusqu'à nos jours dans la langue juridique, et que les participes « estant, esté » appartenaient à la fois à ce verbe ester i)i au verbe estre. Les participes de ces deux verbes sont distincts aujourd'hui, parce que Vs s'est maintenue, sous une influence savante, dans l'orthographe et dans la prononciation de toutes les formes du verbe ester {estant, eM), tandis qu'elle est tombée dans les formes du verbe être [Hant, été).
Indicatif présent .
S 350. — L'indicatif présent du verbe ésse était en latin :
SINGULIER. PLURIEL
svm (je suis) sûmus (nous sommes)
es (tu es) éstis (vous êtes)
est (il est) sunt (ils sont).
§ 351. — A la première personne du singulier, le latin populaire disait aussi « sui », par analogie avec le parfait « fui » (Voyez ci-dessous § 360). C'est de cette forme que vient le français suis, d*abord sui. L's finale a été ajoutée à l'époque où on Ta donné une s aux premières per- ^jonnes de l'indicatif présent, par analogie avec les secondes (§ 265).
Les autres personnes sont, en vieux français, es, est, somes ou sommes, estes, sont, A la seconde personne du singulier, on trouve quelquefois ies au lieu de es.
Subjonctif présent.
§ 352. — En latin classique, le subjonctif présent du verbe esse offrait les formes suivantes : sim (que je sois), sis (que tu sois), sit, simus, sitis, sint. Mais, en latin populaire, on disait « *siam » au lieu de « sim », par analogie avec les nombreux subjonctifs en am. On conjuguait ilonc :
SINGULIER
1'® personne stam qui a donné seie, soie 2° — * sias — seies, soies
3« — siat — seiet, soie^ soit
PLURIEL
i ^^ personne sidmm qui a donné seiens, soiens, soyons 2« — sidtis — seieZf soyez
3^ — siant — seient, soient.
Ve muet des formes du singulier a disparu, comme dans les flexions de l'imparfait (§ 286), et la première personne a été assimilée à la seconde.
Imparfait de Vindicatif.
S 353. — L'imparfait de l'indicatif était en latin :
SINGULIER
!'• personne éram qui a donné iére, ère
2« — éras — ières, ères
( ièret, iére, iert 6 — eraï — j ^^^^ ^^^ ^^^
PLURIEL
3* personne érant qui a donné ièrent.
La première et la seconde personne du pluriel étaient eràmus, eràtisy et ont dû donner des formes françaises telles que eronSy erez, ou erions, eriez, avec les flexions ordinaires de Fimparfait; mais on n'en rencontre pas d'exemple.
§ 354, — En même temps que j'ièrc ou \'ère, on disait aussi : « yesteie, estote, tu esteies, estoies, etc. » Ce sont les formes d*où dérive notre imparfait actuel. Elles ont été empruntées à l'imparfait du verbe ester (Voy. ci-dessus § 349), ou bien elles ont été créées d'après le radical est de l'infinitif estre, auquel on a ajouté les flexions ordinaires de l'imparfait.
Futur et conditionneL § 355. — Le futur était en latin :
SINGULIER
l'« personne éro qui a donné ter 2® — éris — iers
PLURIEL
ire personne érimus qui a donné ermes 2» — éritis — ertes
3» — érunt — ièrent.
On aura remarqué (§ 353) que la troisième personne du singulier de l'imparfait était aussi quelquefois iert ou ert.
D'autre part, on trouve aussi iéres, comme à l'imparfait, au lieu de iers, pour la seconde personne du futur.
§ 356. — Le futur populaire, composé de l'infinitif *essere et de kabeo, esseràbeo, aurait dû donner en français estrai. On* trouve en effet cette forme, et aussi esterai. L'une et l'autre peuvent d'ailleurs être rattachées au futur d'ester.
§ 357. — Enfin un troisième futur, le plus usité, est celui qui s'est conservé : serai, seras, etc. On y a vu une dérivation irrégulière de esseràbeo, avec chute exceptionnelle de la première syllabe. Plusieurs autres explications ont été proposées ; aucune ne nous paraît satisfaisante.
§ 358, — Les conditionnels, qui correspondent aux futurs estrai et serai, sont : estreie, estroie, qui serait devenu étrais, s'il s'était conservé, et sereie, seroie, devenu serais.
Impératif.
§ 359. — L'impératif « sois, soyons, soyez » est emprunté au subjonctif.
Prétérit de Vindicatif et imparfait du subjonctif.
§ 360. — Si l'on prend les flexions des prétérits en wi, et si on les fait précéder d'une f, on obtient le parfait du
verbe esse: « fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt ». Les formes françaises correspondantes sont :
SINGUUER. PLURIEL.
je ftii nous fumes
tu fus vous fustes
il fut ils furent.
§ 361. — Le plus-que-parfait du subjonctif était en latin : fuissem, fuisses, etc., formes qui ont produit l'imparfait français : fusse, fusses, fust, etc.