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SYNTAXE DU PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF

Gui ou qui au lieu de que, à qui.

§ 420. — Le pronom relatif qui s'emploie aujourd'hui comme sujet, et après les prépositions : « l'ami qui vous parle, l'ami pour qui vous venez. » Après les prépositions on trouve souvent dans les anciens textes l'orthographe €ui (l'ami pour cui). Comme régime direct, nous employons toujours la forme proclitique que : « Fami que vous recommandez. » L'ancienne langue aurait pu dire : « l'ami cui (ou qui) vous recommandez. » Le même qui s'employait aussi comme régime indirect sans préposition : <( l'ami qui (ou cui) vous parlez. » Voici des exemples de ces deux emplois :

1** Cui régime indirect sans préposition :

SYNTAXE DU PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF. 18î>

'Chanson de Gaydon : « Et li Danois, cui Dex puist mal donner I » Traduisez : « Et le Danois, à qui Dieu puisse envoyer malheur I >>

2* Cui régime direct :

Serments de Strasbourg : « Neuls cui eo returnar int pois. » Traduisez : « Nul que j'en puis détourner. »

Sermons de saint Bernard : « La veriteit cuy ju averai deconue. » Traduisez : « La vérité que j*aurai méconnue. »

Joinville : « Les autres roys... cuy Dex absoyle I » Traduisez : « Les autres rois... que Dieu absolve! »

De supprimé devant le pronom relatif,

§ 421. — Devant le cas régime du pronom relatif,, comme devant le cas régime des noms, on pouvait supprimer le de possessif.

Villehardouin : « Et li marchis de Montferrat en la cui garde li rois Tavoit mis. » Mot à mot : « Et le marquis de Montferrat en la de qui garde le roi l'avait mis, » c'est-àdire : « en la garde de qui, »

Sermons de saint Bernard : « L'avent cuy nous est asseiz renom eiz. » Mot à mot : « L'avent de qui le nom est assez renommé », c'est-à-dire : « dont le nom, etc. »

Joinville : « Je ving au conte dé Soissons, cui cousine germainne j'avoie espousée. » C'est-à-dire : « Je vins au comte de Soissons, de qui j'avais épousé la cousine germaine. »

Pronom relatif avec un nom de chose pour

antécédent.

§ 422. — L'avant-dernier exemple cité montre que cui régime s'employait même quand on parlait d'une chose.

i86 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS.

Aujourd'hui qui sujet seul peut se rapporter à un nom de chose; nous dirions : « Tavent ^m nous occupe », mais non : « Tavent de qui nous nous occupons. » Il faudrait mettre : « dont » ou « duquel. » C'est en effet lequel qui remplace en général qui régime pour les noms do choses. Dans l'ancienne langue on employait aussi la forme neutre quei^ quoi, avec les noms de choses pour antécédents :

Joinville : « Li gaaingnour vont chascuns labourer en sa terre à une charue sans rouelles, de quoy il tornent dedens la terre les fourmens.... » Mot à mot: « Les laboureurs vont chacun labourer en sa terre avec une charrue sans roues, avec quoi ils retournent dans la terre les froments. »

Ibidem : « Trois toyses dou tyson sur quoy nostre nei/ estoit fondée. » Mot à mot : « Trois toises de la quille sur quoi notre vaisseau reposait. »

Que pronom neutre sujet.

§ 423. — Nous avons vu que la forme étymologique du pronom relatif neutre au cas sujet était que. Voici des exemples de ce pronom sujet :

Sermons de saint Bernard : « Rendre a un chascun ceu ke sien est. » C'est-à-dire : « Rendre à chacun ce qui ost sien. »

Ibidem : « Ceu que comandeit nos est. » C'est-à-dire : « Ce qui nous est commandé. »

Cul ou qui interrogatif au lieu de & qui.

§ 424. — Le pronom interrogatif « qui ? » avait aussi la forme cui ou qui comme cas régime indirect sans préposition :

Chanson de Roland : « De ço qui calt ? » Mot à mot :

« De cela à qui chaut-il ? » C'est-à-dire : « à qui cela importe-t-il ? »

Que neutre interrogatif entre deux verbes,

§ 425. — Nous n'employons plus que neutre interrogatif entre deux verbes, si ce n'est devant un infinitif. Nous le remplaçons ordinairement par le pronom démonstratif ce suivi du pronom relatif. On ne dit pas : « j'ignore que vous faites », mais : « j'ignore ce que vous faites. » La première formule se rencontre souvent dans Tancienne langue :

Chanson de Roland : « Or ne sai jo que face. » Mot à mot : « Maintenant je ne sais que je fasse. » C'est-à-dire : « je ne sais ce que je dois faire. »

Joinville : « Et li diz que il alast veoir que c'estoit . » Mot à mot : « Et je lui dis qu'il allât voir que c'était. » C'est-àdire ; « ce que c'était. »

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