I. — Nombres et personnes
§ 437. — Avec certains mots collectifs comme sujet, le verbe se met encore au pluriel : « la plupart sont venus. » Cette règle s'appliquait dans l'ancienne langue à d'autres noms, par exemple à gent (race, nation, troupe), à gé7irration (au sens de tribu), etc.
Joinville: «, Jusques à sa gent qui estoient sur la rive df la mer. »
Ibidem : « La generacions dont l'on devoit faire roy esliroient entre lour... » Mot à mot : « La tribu d'où l'on devait faire un roi éliraient entre eux. »
§ 438. — Quand nous disons : « c'est moi », ce est traito comme le sujet du verbe, et moi comme l'attribut. Logiquement c'est le pronom personnel qui devrait être sujet, et par conséquent le verbe devrait être à la première personne : « ce suis-je. » On disait ainsi dans l'ancienne langue, et de même : c^es tu, c'est-il, ce sommes-nous, c'estesvous, ce sont-ils (puis ce sont eux, qui est resté).
Roman de Berthe : « Se c estes vous. » Nous dirions : « si «*'est vous. »
n. — Modes et temps.
Infinitif et gérondif.
1 . Particularité commune à remploi du gérondif et de l'infinitif.
§ 439. — Sauf quelques exceptions indiquées par Tusage on ne peut employer aujourd'hui un infinitif ou un gérondif après une préposition, que si \p sujet (non exprimé) de cet infinitif ou de ce gérondif est le même que celui du verbe principal. « Je lui ai donné un jouet avant de partir » signifie : « je lui ai donné avant que je parte » et non « avant qu t7 parte. » On ne dirait pas : « Je Tai interrogé avant de s'amuser », bien que, dans cette phrase, il n'y ait pas d'équivoque possible. L'ancienne langue ne connaissait pas cette règle :
Commynes : « Geulx ^e dedans tuèrent ung herault en les allant sommer. » C'est-à-dire : « Ceux de la ville tuèrent un héraut alors qu'il allait les sommer. »
Ibidem : « Une querelle qui est digne d'estre racomptée, pour veoir les œuvres et la puissance de Dieu. » C'est-àdire : « Une querelle qui est digne d'être racontée pour qu'on voie la puissance de Dieu. »