Accord du participe employé avec l'auxiliaire avoir
§ 449. — Dans les formes passives, le participe s'est toujours accordé avec le sujet, comme un adjectif attribut : « Elle est poursuivie. » Mais dans les temps composés de la voie active l'accord du participe est plus difficile à régler.
§ 450. — Le participe joint à l'auxiliaire avoir doit logiquement s'accorder avec le régime direct. Car « j'ai lu ces livres » équivaut à « j'ai ces livres comme lus ». Leparticipe est là un adjectif qui qualifie le régime direct. Aussi voit-on souvent, dans les anciens textes, que le participe s'accorde avec le complément ^iTtcX, quelle que soit la: place de ce complément, quHl soit avant ou après le verbe.
Chanson de Roland: « Cruisiées ad ses blanches mains. » Mot à mot : « Croisées il a ses blanches mains. »
Joinville : « Avons ci-arière escriptes partie de hones paroles- et de bons enseignemens nostre saint roy Looys. » Mot à mot : « Nous avons ci-devant écrites une partie des bonnes paroles et des bons enseignements de notre saint roi Louis. » Le partipe écrit est ici au pluriel parce que- « partie » est un nom collectif.
§451. — Toutefois on trouve, même dans l'ancienne langue, de nombreux exemples de participes invariables
(même quand le complément précède le verbe) ; c'est qu alors le participe est considéré comme faisant avec Tauxiliaire une locution indivisible, dont la seule partie variable doit être celle qui marque les personnes, c'est-à-dire Tauxiliaire, tandis que le participe passé devient invariable comme le radical dans les temps non composés.
Joinville : « Leur aumosnes qiie ti devancier leur auront donné. » Nous dirions : « Les aumônes que tes devanciers leur auront données. »
2. Participe avec « ôtre » dans la conjugaison des verbes neutres
et des verbes réfléchis.
§ 452. — Dans les verbes neutres ou intransitifs qui se conjuguent avec l'auxiliaire êtrcy le participe s*est toujours accordé avec le sujet : « elle est venue. »
§ 453. — Quant aux formes réfléchies, il y a deux manières de les considérer. Prenons comme exemple : « ils se sont amusés. » Au point de vue du sens, amusé doit être assimilé à un participe accompagné de l'auxiliaire avoir dans la conjugaison transitive : « après avoir amusé les autres, ils se sont amusés eux-mêmes. » Dans cette phrase, les deux participes ont évidemment le même sens. Mais au point de vue de la forme, il y a un rapport non moins évident entre « ils se sont amusés » et « ils sont venus ». Suivant que l'on donnera la préférence à l'une ou l'autre de ces assimilations, le participe devra s'accorder avec le régime direct ou avec le sujet. Dans les verbes réfléchis proprement dits, le sujet est toujours du même genre et du même nombre que le régime direct, puisque, d'après la déflnition de ces verbes, c'est la même personne qui est représentée par le sujet et par le régime direct. On ne pouvait donc hésiter que pour le cas du participe. Avec la première assimilation on devait employer le cas régiriie, et
avec la seconde le cas sujet. C'est la seconde qui a généralement prévalu. On disait donc : « Vostre amis s'est amusés » et « vostre ami se sont amusé ». Aujourd'hui la question n'a plus d'importance que pour les formes réfléchies où le pronom régime est complément indirect : « ils se sont fait des concessions », c'est-à-dire : « ils ont fait à eux ». Avec ces verbes, le sujet peut être masculin et le complément direct féminin,- ou inversement, et si le genre est le même, l'un peut être pluriel et l'autre singulier. Il importe donc de savoir si le participe doit s'accorder avec le sujet ou avec le complément direct. Gomme nous venons de le voir à propos des verbes réfléchis proprement dits, l'ancienne langue préférait l'accord avec le sujet. Nous n'admettons plus que l'accord avec le régime. On dit aujourd'hui : « les blessures que les combattants se sont faites. » L'ancienne langue aurait dit : « les blessures que H combattant se sont fait, »
Indicatif,