‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 99 sur 243 · Emploi du mode subjonctif · texte numérisé non relu

Emploi du mode subjonctif

§ 462. — L'ancienne langue employait le subjonctif dans beaucoup de cas où nous mettrions aujourd'hui l'indicatif. Ainsi après cuider (penser), penser, croire et autres verbes analogues :

Joinville ;« Je cuidoie vraiement que il fust courrouciez à moy. » Mot à mot : « je pensais vraiment qu'il fût courroucé contre moi. » Nous dirions : « Repensais qu'il était. »

§ 463. — Après « 'û semble », on trouve tantôt le subjonctif et tantôt l'indicatif. Voici des exemples du subjonctif :

Joinville : « Il li sembloit que toute sa chambre fust pleinne de Sarrazins. »

Commynes : « Il sembloit bien à son visaige qu'il en fust estonné. »

§ 464. — Quand le verbe de la proposition principale était au subjonctif, celui de la proposition incidente se mettait souvent au même mode :

Chanson de Roland : « Trestut seit fel ki n'i fierget ad espleit. » C'est-à-dire : « Félon soit qui n'y combatte de tout cœur. » Nous emploierions aujourd'hui l'indicatif: « qui n'y combattra, »

Ibidem : « Mais tul seit fel, chier ne se vende primes. » C'est-à-dire : « Félon soit qui ne se vende cher d'abord. » Nous dirions : « qui ne se vendra, »

§ 465. — Après la conjonction si, on trouve souvent un imparfait ou un plus-que-parfait du subjonctif (aujourd'hui encore le plus-que-parfait) avec la valeur d'un conditionnel : « sHl voulust ou s'il eust voulu, nous l'aurions aidé; sHl voulust, nous V aiderions. » Dans les phrases semblables le subjonctif ne doit pas être attribué à l'influence

de la conjonction; il s'explique par l'équivalence absolue (même sans conjonction) de ces temps du subjonctif et du conditionnel. Voyez plus haut § 459.

§ 466. — Mais, en dehors de ce cas, on a souvent dans les anciens textes le subjonctif après si (particulièrement après si accompagné d une négation) :

Chanson de Roland: « Li quens RoUanz unkes n'amat cuard... Ne chevalier, s'il ne /w5^ bons vassals. » Mot à mot : « Le comte Roland n'aima jamais un couard, ni un chevalier, s'il ne fût bon vassal. » Nous dirions: « s'il n'était, >»

Ibidem : « S'en ma mercit ne se culzt a mes piez... Jo li toldrai la curune del chief. » Mot à mot : « 5"il ne s'étende (se couche) à mes pieds, à ma merci... » Nous dirions : « S'il ne détend. >y Avec le verbe coucher il n'y a plus aujourd'hui de différence, au singulier, entre le présent du subjonctif et celui de l'indicatif; mais dans l'ancienne langue l'indicatif aurait été culchet, et non culzt,

g 407, — Inversement, dans beaucoup de cas où aujourd'hui on emploie obUgatoirement le subjonctif, l'ancienne langue pouvait mettre l'indicatif :

Après les superlatifs :

Commynes : « Et l'ay veu le plus pouvre roy, habandonné de ses serviteurs, que']e reiz jamais. » Mot à mot : «... que je vis jamais. » Nous dirions : « que y aie jamais vu, »

Après sans que :

Joinville : « Li roy s, sanz ce que nulz ne Venprioity nous dist... » En français actuel : «Le roi, sans que personne Yen priât, nous dit... »

Accord des temps, i. Accord de coordination, et de subordination non complétive. § 468. — L'ancienne langue mélangeait très facilement

le présent historique et le passé, et les différents tenip?^ qui s'accordent avec l'un ou l'autre.

Vie de saint Léger : « Li perfides tam fud cruels Lis ois del cap li fai crever. » C'est-à-dire : « Le perfide fut si cruel qu'il lui fait crever les yeux de la tête. » Nous dirions : « Le perfide fut (ou était) si cruel qu'il lui fit... » ou bien : « Le perfide est si cruel qu'il lui fait... »

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