‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 11 sur 167 · I. — Diphtongues et voyelles, oi, ai · texte numérisé non relu

I. — Diphtongues et voyelles, oi, ai

§ 22. — Nous n'avons presque rien à ajouter à ce que nous venons de dire, dans les considérations générales, sur les diphtongues oi (§ 18) et ai (§ 19). Il faut cependant remarquer que les textes les plus anciens peuvent avoir la diphtongue actuelle oi; on la trouve de tout temps dans les mots où elle provient d'un o latin suivi d'une gutturale ou d'un i : poison, gloire.

D'autre part, nous écrivons par oi des mots qui s'écrivaient jadis par eei, eoi. Ainsi voir a été veeir, veoir (Comparez ci-dessous § 37).

au, eau.

§ 23. — La diphtongue graphique au provient presque toujours d'un a suivi d'un /. On est sûr de trouver dans l'ancienne langue écrits par al les mots populaires d'ori-

gine latine que nous écrivons aujourd'hui par au : altre pour autre, chevalche pour chevauche, assalt pour assaut, mais pour maux. Dans quelques mots seulement au est une orthographe savante représentant un au latin et un o de l'ancienne langue : ainsi laurier (latin lacurarium) était jadis lorier, et non laurier ; pauvre était povre et non palvre.

§ 24. — De même que au correspond à un ancien al, eau correspond (sauf dans le mot eau, substantif féminin) à un ancien el : ainsi on a belté pour beeiuté, agnel pour agneau, chapel pour chapeauu, etc.

On remarquera d'ailleurs : 1° que la substitution de eau à el est fort ancienne; 2° qu'on trouve souvent iau au lieu de eau. Iau est une forme picarde que La Fontaine a conservée dans le dicton qui termine Le loup, la mère et V enfant : « Biaux chires leups n'écoutez mie, etc. »

Nous avons des traces de l'ancien el dans bel et nouvel, que nous employons encore, au lieu de beau et nouveau, devant les mots commençant par une voyelle : un bel homme, son nouvel habit. Il faut noter en outre que tous les el de l'ancienne langue ne sont pas devenus eau; ainsi hôtel, tel n'ont pas donné hôteau, teau. Cette différence tient en partie à ce que, dans hôtel, tel et mots semblables, el vient du latin aie, tandis que dans beau, chapeau, il vient du latin éllum.

eu, œu.

§ 25. — Les mots que nous écrivons par eu (ou œu) peuvent avoir dans l'ancienne langue des orthographes très variées, que nous diviserons en trois catégories principales :

1° Eu peut venir d'uno long latin, et alors on trouvera, suivant les dialectes ou les époques, le même mot écrit

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par o, u, ou, eu. A côté de valeur on a en vieux français : valor, valur, valour ; à côté de merveilleuse : mcneillose, merveillouse, etc.

2° Eu peut encore venir d'un o bref latin, auquel cas on le trouvera dans les anciens textes sous la forme oe, ue.| Neuf sera, écrit noef, nuef; cœur : coer, cuer;peut : poet, puet; œuvre : oevre, uevre, etc.

3° Enfin eu peut venir d'un ancien el (comme au de al, voyez ci-dessus §23). Cheveu a été ckevel, eux a été els. En se reportant au paragraphe 24, on verra que, suivant les cas, el de l'ancienne langue est resté el (morte/) ou bien est devenu eau (château) ou eu (cheveu).

Remarque. — Dans le cas où eu provient d'un ancien o ou u, il était quelquefois précédé d'un e, qui a disparu par contraction: empereur a été jadis empereor ou empereur. L'o ou Vu est devenu eu, et l'e qui précédait est tombé.

ou.

§ 26. — Les sources de la diphtongue ou ne sont pas moins variées.

1° Les mots tels que courage, mourir, couvert, souvent, oous, nous, amour, etc., sont i crits dans l'ancienne langue mrage et corage, mûrir et morir, cuvert et covert, suvent ?t sovent, vus et vos, nus et nos, amur et amor.

2° Ou vient de ol, — de même que au de al et eu de el — dans cou, anciennement col (conservé encore dans certaines acceptions) fou, anciennement fol, coucher anciennement colcher, etc.

ui, oi.

§ 27. — Les mots que nous écrivons aujourd'hui avec la diphtongue uzse rencontrent souvent, dans les anciens, textes, écrits par oi. Ainsi « je pois, que je poisse » pour*

«je puis, que je pmsse », « noit » pour « irait ». Quelquefois on a l'inverse : « jwindre » pour « joindre », « angzrisse » pour « angoisse ».

§ 28. — Au lieu de l'a, nous trouvons ai : dans le suffixe aige au lieu de âge (couraige, etc.), et dans oigne au lieu de agne (montaigne, etc.).

§ 29. — Beaucoup de mots qui avaient jadis la diphtongue ié l'ont remplacée par un e simple. Nous n'avons plus de verbes en ier monosyllabiques (sauf, si l'on veut, les verbes en yer, gner, lier, comme payer, régner, piller); dans les verbes comme allier, confier, etc., ié forme deux syllabes et n'a jamais été diphtongue. Cette diphtongue se faisait entendre jadis dans beaucoup de verbes tels que aidier (aujourd'hui aider), abaissier (aujourd'hui abaisser), adressier (aujourd'hui adresser), etc., et on la retrouvait au participe passé de ces verbes (aidié, aidiée, aujourd'hui aidé, aidée) et à la deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent, qui se confondait avec celle du subjonctif : aidiez.

En dehors des verbes, nombre d'autres mots ont perdu la diphtongue ié (après ge et cke) : légier, chièvre, chïef, etc.

§ 30. — A la place d'un u simple de notre orthographe, on a souvent eu et quelquefois ou : ainsi pion, pieu, pour plu. (participe passé du verbe plaire), plous, pleus, pour plus (deuxième personne du singulier du prétérit du même verbe), receu, receus, pour reçu, reçus; meur, cheute, seur, blesseure, pour mûr, chute, sûr, blessure.

On imprime généralement ces anciennes formes avec un tréma sur Vu, pour indiquer qu'on prononçait au moyen âge en deux syllabes ; mais on a continué à écrire ces mots par eu assez longtemps après que eu a été contracté en u dans la prononciation; et même nous écrivons encore ainsi le prétérit et le participe passé du verbe avoir : eu, eus, etc., bien que nous prononcions : m.

§ 31. — Certains textes (surtout anglo-normands) ont souvent u au lieu de o : Cunduire, cumbattre, cuntre, cnmu/ie, pour conduire, combattre, contre, commtine.

§ 32. — Il ne faut attacher aucune importance à la substitution de l'y à l'i, ou inversement. Ces deux lettres ont généralement la même valeur dans l'ancienne orthographe. Il ne faudra donc point s'étonner de voir notre adverbe y écrit i, le mot image écrit ymage, ai (d'avoir) écrit ay, etc.

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