‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 12 sur 167 · II. — Consonnes · texte numérisé non relu

II. — Consonnes

Consonnes chuintantes et gutturales (j,ch,c, k,qu, g).

§ 33. — Si des voyelles nous passons aux consonnes, nous verrons que notre ch est quelquefois remplacé dans les anciens textes par un c ou un k, et notre j par un g Cette orthographe et cette prononciation se rencontrent surtout dans le nord-est de la France. Ainsi on trouvera keua/ pour cheval, k/en pour chien, cambre pour chambre, gambe pour ïambe.

§ 34. — On a souvent k au lieu de qu, ou bien k ou qu au lieu de c dur. Toutes ces orthographes sont équivalentes : car est écrit kar ou quar ; on a ki aussi bien que qui.

.5 35. — Dans un certain nombre de mots le c (devant e, i) de l'ancienne orthographe a été remplacé par deux s : fasse (subjonctif du verbe faire) au lieu de face, bosse au lieu de boce. Tous ces mots se distinguent encore des autres mots écrits par deux s : ils sont dits à rimes brèves. Ceux qui ont toujours été écrits par deux s donnent des rimes longues.

§ 36. — Enfin dans certains dialectes du nord-est de la France on trouve souvent lewcomme équivalent d'un^dur français (d'origine germanique' : warder pour garder, etc.

Dentales (d, t).

§ 37. — Le? mots latins qui avaient un d ou un t entre deux voyelles ont perdu cette consonne au bout d'un certain temps dans les mots français correspondants ; il en est résulté que les deux voyelles séparées en latin par le d ou le t ont formé hiatus en français, et souvent elles se sont, avec le temps, contractées en une seule. Ainsi vidére a donné voir, où oi a été produit par Ye tonique du latin. Mais voir a été précédé de la forme veoir, en deux syllabes dont la première représente vi latin. Cette forme a été elle-même précédée d'une autre, où le d latin était conservé, et comme à cette époque le diphtongue ei n'avait pas encore été remplacée paroi (voyez ci-dessus § 18), on trouvera dans les textes les plus anciens vedeir au lieu de voir, sedeir au lieu seoir (s'assseoir). On a de même edage au lieu de âge.

§ 38. — Lorsque le t terminait un mot français et suivait immédiatement la voyelle tonique ou un e muet, il est généralement tombé de bonne heure , mais on le trouve encore dans les anciens textes : boulet bonté), portet (qui équivaut tantôt à porte, troisième personne de l'indicatif présent de porter, tantôt à porté, participe passé du même verbe). Clédat. i

Labiales (p, f, b, v) et liquides (1, r).

§ 39. — Il n'y a aucune remarque importante à fair pour les labiales, ni pour les liquides; cependant dan? quelques mots / est tombée après ou : pouldre, fouldrei 17 mouillée finale est souvent écrite ill : conseill, périll.

Nasales.

§ 40. — L'm mouillée (gn) est quelquefois précédée d'une autre n {ngn) : empoingner, plaingnant, etc.

s, x et z.

§ 41. — Dans un très grand nombre de mots, Ys de l'ancienne orthographe est tombée devant une autre consonne ; la voyelle qui la précédait a souvent pris l'accent circonflexe :

escrit

aujourd'hui

écrit

espée

épée

esté

été

mesprendre

méprendre

desfaire

défaire

teste

tête

chasteau

château

qu'il portast

qu'il portât

lasclier

lâcher

nostre, le nostre

notre, le nôtre

apostre

apôtre

épistre

é/jitre

croistre

croître

paistre

paître

mist

mit

soustenir

soutenir

§ 42. — Nous écrivons aujourd'hui par un x (au lien d'unes) le pluriel des noms en au, eau, eu, et de plusieurs noms en ou. Dans l'ancienne orthographe cet a? représentait

non pas simplement une s, comme aujourd'hui, mais us : on écrivait animaus ou animai, /bus ou /bx, d'eus ou «ex.

Quant aux mots qui se terminent aujourd'hui par un % et un x, comme paix, faix, poix, l'ancienne langue les a écrits longtemps : pais, fais, pois, etc., ou paiz, faiz, etc. (Voyez les paragraphes suivants).

§ 43. — Le z de l'ancienne langue représentait généralement un t suivi d'une s. A ce titre, il se trouvait au pluriel' (cas régime) des mots tels que bontet,portet (participe passé de porter), qui faisaient bontez, portez. Le z a persisté au pluriel longtemps après que le t était tombé au singulier. Les participes présents, ayant le singulier terminé.par un t, avaient aussi le pluriel (cas régime) en z.

§ 44. — D'assez bonne heure on a employé le z à la fin des mots comme équivalent d'une s, sans que cette s eût été jamais précédée d'un t. On trouve av.ssi ïs au lieu du z, même dans les mots où nous avons conservé le z primitif : voulés pour voulez.

Consonnes redoublées.

' § 45. — 11 nous resterait à parler des consonnes redoublées. En général, surtout à l'origine, elles étaient beaucoup moins nombreuses qu'aujourd'hui; mais, d'autre part, celles qu'on redoublait s'écrivent quelquefois simples de nos jours. L'explication de ces différences ne saurait entrer dans le cadre d'une grammaire élémentaire. Il suffit d'être averti qu'on rencontrera des mots comme roman écrits avec deux m, et, inversement, des mots comme couronne écrits avec une seule n.

Nous aurions pu grossir cette liste de particularités orthographiques, en y faisant entrer les variantes des quelques textes antérieurs au xi° siècle qui nous sont

parvenus; mais ces textes demandent une étude spéciale, et nous avons cru devoir nous borner à la période déjà vaste qui s'étend du xie au xvie siècle.

ORTHOGRAPHE DU XVe SIÈCLE

§ 46. — L'orthographe du xve siècle appelle quelques explications complémentaires. C'est alors (et même dès le xive siècle) que l'on voit s'introduire dans nos mots, sous l'influence des études latines, ces lettres parasites qu'on ne prononçait pas, et qui allèrent en se multipliant dans le courant du xvic siècle ; l'Académie les a heureusement fait •disparaître, sinon entièrement, du moins en grande partie.

§ 47. — Ainsi au xive et au xve siècle on a rétabli de? c et des g qui existaient dans les mots latins, mais qui s'étaient vocalises en i, et qui avaient formé diphtongue avec la voyelle précédente ou s'étaient confondus avec elle. Dans le mot fait, le c latin de factura était représenté par l't qui suit l'a; comme on ne se rendait pas compte de cette transformation, on a écrit faict pour mieux rappeler l'étymologie, si bien que, dans cette orthographe, le c latin était représenté deux fois, par l't et par le c. Cette réforme était d'ailleurs purement orthographique. Même en écrivant faict, on prononçait fait. De même le c latin de dictum s'était confondu avec l't tonique : français dit. Au xve siècle on a écrit dict pour mieux rappeler dictum. Nous avons conservé l'orthographe doigt, pour doit, qui s'explique de même.

§ 48. — On faisait reparaître des / déjà représentées dans les mots par des u de diphtongues. On écrivait: aultre, fault, mieulx.

§ 49. — Souvent, dans cette orthographe savante, on trouve unp ou un b parasite devant le v ; or le v était précisément la transformation du b ou du p latin, de telle

sorte que cette consonne latine était représentée deux fois : recepvoir, debvoir. Le p ou ]e b latin qui était tombé devant un t ou un d, reparait aussi dans soubdain, doubter, escript (écrit), etc.

§ 50. — Le préfixe latin ad était devenu a en français : ajoindre, avenir, ajourner, aviser. Auxve siècle on fit reparaître le d latin, et on écrivit adjoindre, advenir, adjourner, etc. Dans quelques-uns de ces mots l'influence de l'orthographe a été assez forte pour modifier la prononciation : aujourd'hui nous prononçons adjoindre, advenir, si bien qu'il est devenu impossible de supprimer dans ces verbes le d parasite. Au xvne siècle on trouve très souvent l'orthographe « avenir (infinitif) , il avient, etc. ». ce qui prouve que le d actuel ne se prononçait pas encore. Nous avons conservé d'ailleurs, comme substantif, l'ancien infinitif avenir, et comme adjectif l'ancien participe présent avenant. On a également rétabli le b du préfixe latin ab ou aôs, dans abstenir, absoudre, et la prononciation s'est encore ici soumise à l'orthographe.

Le redoublement des consonnes après le préfixe a est aussi un des caractères de cette orthographe savante.

§51. — Enfin il est arrivé plus d'une fois qu'on s'est trompé sur l'étymologie, et qu'on a ajouté à tel ou tel mot des lettres qu'il n'avait jamais eues en latin. On a écrit sçavoir au lieu de savoir, parce qu'on faisait venir ce verbe de scire, tandis qu'il vient de sapere, qui n'a jamais eu de c après Ys. On a écrit et nou^ écrivons encore poids avec un d, parce qu'on le faisait venir de pondus, tandis qu'il vient de pensum, ou il n'y a pas trace de d.

ORTHOGRAPHES DIALECTALES

§ 52. — Ce qui complique l'orthographe du moyen âge, c'est que le dialecte parlé dans l'Ile de Fiance n'était pas

encore devenu la langue officielle, la seule langue littéraire. Les différents dialectes parlés dans la France du Nord sont aujourd'hui réduits à l'état de patois, c'est-àdire de langues exclusivement populaires; mais au moyen âge, chaque auteur écrivait dans son dialecte. Or souvent la prononciation d'un même mot n'était pas identique dans toutes les provinces, et les habitudes orthographiques variaient. Nous n'avons pu signaler que quelques-unes de ces différences dans les dialectes les plus importants, dans ceux qui ont produit le plus d'œuvres littéraires, mais il y en avait un grand nombre d'autres. En outre beaucoup d'ouvrages ne nous sont parvenus que par l'intermédiaire de copistes qui appartenaient à un autre pays que l'auteur, et qui mélangeaient les formes de leur dialecte à celles du livre qu'ils copiaient. Enfin dans les limites de chaque prononciation dialectale, il n'y avait pas une orthographe officielle, mais seulement des traditions et des usages qui n'avaient rien de rigoureux et qui admettaient souvent plusieurs manières d'écrire le même mot. Dans un seul ouvrage, on trouve le même mot écrit de deux ou trois façons différentes : par exemple vos et vous pour le pronom personnel de la deuxième personne du pluriel, ou bien vus et vos. Il y a des textes où les mots qui ont l'ancienne diphtongue ai s'écrivent tantôt par ai tantôt par <?» et ce ix qui ont le son è tantôt par e, tantôt par ai.

TABLEAU SYNOPTIQUE § 53. — Nous résumerons ces remarques sur l'ancienne orthographe dans le tableau synoptique ci-joint, où on trouvera réunies par ordre alphabétique les principales variantes de l'orthographe française. Nous n'y avons pas. compris les lettres parasites du xve siècle.

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