‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 125 sur 167 · V. — Adverbes d'affirmation, négation ou doute · texte numérisé non relu

V. — Adverbes d'affirmation, négation ou doute

§ 641. — Parmi les adverbes d'affirmation, certes est employé dans l'ancienne langue comme de nos jours. On trouve aussi à certes. Mais cet adverbe a surtout des acceptions dérivée?, telles que: « sérieusement, instamment».

Joinville : « Madame la royne... me pria si à certes comme elle pot. » G'est-à dire : « Madame la reine me prie aussi instamment qu'elle put. » -.

§ 642. — Nous avons conservé le vieil adverbe voire avec le sens de « même ». Voire (ou voir, voir s) a eu d'abord le sens étymologique de vraiment.

Chanson de Roland : « Guenes respunt : Ja ne sai veirs nul hume... ». G'est-à-dire : « Ganelon répond : Je ne connais vraiment personne. » 381.

D'ailleurs on a des exemples anciens de voire avec le sens de « même ».

§ 643. — Même avait un autre synonyme, qui était neis, nis. On l'employait surtout dans les phrases négatives, car le sens primitif de cet adverbe est « pas même ».

Joinville: « Ja... de la foi crestienne tu ne me osteras, nés se tu me feisses touz les membres tranchier. » G'est-àdire : « Tu ne m'ôteras jamais de la foi chrétienne, même en me faisant trancher tous les membres. » Ho.

§ 644. — Même a servi à former l'adverbe mêmement, qui signifie aujourd'hui « de même », mais qui, dans l'ancienne langue, avait plutôt le sens de « surtout ». On peut d'ailleurs, dans ce sens, le rattacher au latin « maxima

mente ».

§ 645. — L'indicatif espoir (d'espérer, lre pers. sing.) était employé adverbialement avec le sens de« peut-être ».

Joinville : « Espoir c'estoit uns Assacis. » Traduisez : « C'était peut-être un Assassin. » 589.

§ 646. — L'ancienne forme de la négation ne est « nen ».

« Ne (ou nen)... mie » avait le même sens que « ne... pas » ou « ne... point ».

Chanson de Roland : « Il ne s'esveille mie. » 724.

D'autre part, dans l'ancienne langue, ne (ou nen) s'em-

ployait plus librement qu'aujourd'hui sans être accompagné de pas, point, ou mie.

Chanson de Roland : « Jo nen ai ost ki bataille li dunget. » 18. Nous dirions : « Je n'ai pas d'armée qui lui livre bataille. »

§ 647. — Le vieux mot nient, noient, a tantôt le sens de notre substantif néant, tantôt celui de rien. 11 s'emploie aussi adverbialement avec la valeur de « nullement ».

Chanson de Roland: « Et dit al cunte : Jo ne vus aim nient. » C'est-à-dire : « Et il dit au comte : Je ne vous aime nullement, en aucune façon. »"306.

Page 1