‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 151 sur 167 · LOIS PARTICULIÈRES A CHAQUE CONSONNE · texte numérisé non relu

LOIS PARTICULIÈRES A CHAQUE CONSONNE

§ 758. — Nous allons maintenant examiner de plus près chacune des consonnes. Nous dirons d'abord quelques mots de l'aspiration h, et nous parlerons ensuite : 2° des gutturales, auxquelles nous joindrons le j ; 3° des dentales; 4° des labiales ; 5° des liquides; 6° des nasales; 7° de Y s; 8° de l'a? et du z.

§ 759. — Vh latine a disparu en principe, mais l'orthographe l'a maintenue ou rétablie au commencement d'un certain nombre de mots.

Au latin homo correspond le français on

— habere — avoir

— trahere — traire.

Mais nous écrivons par une h : honneur (latin Yionorem), herbe (latin ïierbam), heure (latin horam), etc.

Une h, tantôt muette, tantôt aspirée, s'est aussi in' troduite, sous différentes influences, au commencement de plusieurs mots qui en latin n'avaient pas d'A .• huile

(latin olea), huit (latin octo), haut (latin altum), etc. § 760. — Vh se trouve dans les mots latins après certaines consonnes, notamment après Je c. Le ck latin se prononçait comme un c dur (k), et a été traité comme tel (voyez ci-dessous, § 761) : il est resté c dur dans cour (de ekortem), il est devenu ch français dans charte (decharta). Il a été quelquefois maintenu ou plutôt rétabli dans l'orthographe française, même quand il avait conservé le son dur latin, par exemple dans chœur de chorum.

2° Les gutturales (c, g, q) et le j.

§ 761. — Le c latin avait le son dur (k) devant toutes les voyelles. Dans les cas où il doit se maintenir (Voyez cidessus, § 757, 1°) il n'a conservé le son dur que lorsqu'il était suivi en latin d'un o. d'un u, ou d'une consonne : cœur [cor), cuve (cupa), clair (clarum). Devant ïe ou Yi, il a pris le son que nous nommons c doux (ou s dure), mais il a continué à s'écrire de même :

celum (eœlum) :

ciel

ct'nerem :

cendre

mercedem :

merci

eilium :

centum :

cent

eccistum :

icest, cet.

§ 762. — Il résulte de ce qui précède que la lettre c a en français une double valeur : tantôt elle équivaut à un k, tantôt, quand elle est suivie d'une voyelle dérivée du latin e ou i, elle équivaut a une s dure. Comme les lettres dérivées de e ou i latin sont en français e, i ou ie *, l'usage

1. Ve long tonique est bien devenu oi en principe; mais, quand il

s'est établi de donner toujours dans la prononciation la valeur de Ys dure auc suivi de e ou i. Or Yo latin (on avait o dans *coda) a quelquefois produit un son que nous écrivons eu; lorsque cet o était précédé d'un c, le c a conservé régulièrement le son de c dur (k), mais on n'a pu continuer à Técrire par la lettre c, car cette lettre, placée devant Ye de eu, aurait dû, d'après l'usage, être prononcée c doux (s dure). Dans ce cas on a remplacé le c latin par qu (queux de coquus, queue |de coda), ou on a maintenu une ancienne graphie du son|eu (ue), et le c, se trouvant alors devant un u, a pu être conservé (cuei//e de colligit), ou bien enfin on a mélangé une autre graphie du son eu (oe) avec la nouvelle orthographe eu, ou plutôt on a placé devant eu un o rappelant Yo du mot latin, en écrivant œu, et le c a pu encore être maintenu (cœur de cor).

§ 763. — Devant les voyelles dérivées de l'a latin, le c a pris un son spécial, qu'on a écrit par ck :

coput : c/tef

caméra : c/itimbre

vaccam : vacAe

caulem : chou.

§ 764. — Dans une partie du nord de la France, le c placé devant Ya latin a, au contraire, conservé le son dur, et plusieurs des mots de ces dialectes sont entrés ensuite dans le français proprement dit. C'est ainsi, que le mot campum, par exemple, est représenté aujourd'hui par deux mots français, champ et camp, qui d'ailleurs ont pris des sens différents.

§ 765. — Dans quelques mots le c latin initial s'est

était précédé d'un c, on a i au lieu de oi (voyez le tableau de l'e long, n« 7).

changé en g : gonfler (conflare), girofle caryophylum), gras (crassum).

C devant i et précédé de d a produit z dansv/ouze (duorf (e) cim).

§766. — Lorsque la consonne qui précédait le c était une s, il va eu souvent métathèse, le c a passé devant l's: paseit, cognoscat, etc., ont été traités comme si on avait dit : pacsit, cognocsat. Une métathèse semblable explique le subjonctif présent des inchoatifs : iscam aurait donné iscke ; il faut supposer icsam ou admettre que ce temps a été formé sur l'indicatif présent.

§ 767. — Comme nous l'avons dit dans la règle générale 2. le c entre deux voyelles, ou avant une autre consonne (et ne commençant, pas le mot), s'est changé en un y, écrit i ou y, qui s'est ajouté à la voyelle précédente ou confondu avec elle, ou qui a mouillé la consonne suivante. On trouvera des exemples de ces faits dans le= tableaux des voyelles, sous les n086 et 12. On remarquera que lorsque la voyelle qui suivait était un e ou un ?', le e a pu produire aussi une s : placet : platst, vicinum : woisin, decimam. disme.

5 768. — Lorsque le c était placé après un o ou un u, et avant un a, un o ou un u, il est complètement tombé : loue (locat), laitue (lactuca), etc. Après e ou a. le c tombe aussi devant u, dans seûr (sûr) de securum, pieu (plu) de *placutum, font de *facvnt.

§ 769. — Entre un a d'une part, et d'autre part un o, un w ou une r, le c a pu se changer en g, précédé ou non d'uni. • agu ou aigu (acutum), aiguiser (acu tiare), maigre (macrum).

§ 770. — Le c dans le corps des mots, suivi d'un e ou i consonnifiable (voyez § 723), a produit un c doux écrit souvent ss (ou un 2 à la fin du mot). Pour les exemples, voyez les tableaux des voyelles sous le n° o.

§ 771. — Quand deux c se suivent, le second est traité régulièrement, mais le premier tombe sans produire y : vaecam a donné vache, siccum : sec. Toutefois, quand le second c est placé devant e ou i, et doit par conséquent devenir c doux, le premier rentre dans la règle ordinaire et développe un y qui agit sur la voyelle précédente : eccis tum a donné icest (on attendrait eicest),

§ 772. — Le traitement du g offre des exceptions analogues à celles qu'on rencontre pour le traitement du c.

Dans les conditions de la règle générale 1 , c'est seulement devant les voyelles issues de o et u, et devant les consonnes, que le g a conservé le son dur latin : goutte (<jutta), goujon (^obionem), grand (grandem). Devant les voyelles latines a, au, e, i, il s'est changé en g doux (écrit g ouj) :

gambam : jambe

^abatam : joue

gaudia : j'oie

generum : cendre

gincivam : gencive *

§ 773. — Lorsque la consonne qui précédait le g était une n, au lieu de se changer en g doux devant e, le g latin a mouillé Yn et changé en diphtongue la voyelle précédente : pl&ngebat a donné « plaignait ». De même plaignant (plan^entem) au participe présent. Le g s'est (maintenu dans l'orthographe ; mais, suivi de Yn, il indique Seulement que cette n est mouillée. Les verbes en eindre, oindre, aindre offrent tous des exemples semblables. Longe a

1. Le latin classique dit gingiva, mais le second g s'est changé en c par dissimilation.

aussi donné loin, anciennement écrit lo^n : ici Yn mouillée a disparu dans la nasalisation de la voyelle précédente.

§ 774. — Conformément à la règle générale 2, le g entre deux voyelles ou avant une autre consonne (et ne commençant pas le mot) s'est changé en y, écrit i ou y : plaie (plagam), loyal (legalem), cm'der (cog(ï)tare), etc.

§ 775. — Le g tombe devant Yu dans oûr (eùr, eur, de bonheur), qui vient de augûrium, dans le vieux mot fou (hêtre) qui vient de fa^um.

§ 776. — Il tombe aussi devant Yi, dans reine (reine) , de reginam, gaine (gaîne), de vaginam, seel (sceau) de sigiltum, etc.

§ 777. -* Placé devant Yn, le g a mouillé cette consonne : agneau (agnellum), poing (pugnum). Dans le second exemple, Yn mouillée a disparu en nasalisant la voyelle précédente. Cette nasalisation s'est produite toutes les fois que Yn mouillée terminait le mot ; c'est ainsi que le masculin de maligne est aujourd'hui malin. En l'écrivant avec un g, comme poing, on rappellerait l'ancienne mouillure de Yn.

§ 778. — Dans imaginem, le g s'est changé en g doux, comme s'il était au commencement du mot, et le mot français a été d'abord imajne (écrit imagene); puis Yn est tombée, et on a eu : image. D'ailleurs ce mot n'est pas entièrement populaire.

§ 779. — Cette gutturale latine était toujours suivie d'un u, dont le son précis n'a pu encore être parfaitement établi. Dans les conditions de la règle générale 1, qu a produit e'n français un c dur, écrit c ou qu, quelle que fût ta voyelle qui suivait :

guare : car

gui : qui

gwindecim: guinze gu(i)ritare : crier quinguaginta : cinguante.

§ 780. — Dans ce dernier exemple, le qu initial s'est changé par exception en c doux. De même « cinq», de «gwin que ». Il faut remarquer que dans ces mots la syllabe suivante commençait aussi par qu; il y a eu un phénomène de dissimilation.

§ 781. — Chascun, se rattache à cata unum en même temps qu'à quisque-unum. Le ck vient du c de cata.

§ 782. — Dans les conditions de la règle 2, le qu de xqaalem [igal, égal) et de aqa(ï)lam {aigle) a été traité comme le c de acutum (aigu) et de macrum (maigre)1. Le qu de coqaus (queux) est tombé comme lec de focum [feu), et celui de coqa.it (cuit) s'est changé en y (i) comme le c de facit (fait). Qu suivi d'un e consonnifîable dans laqueat (lace) a été traité comme le c de faciat (face, fasse). Quant aux différentes formes des mots eau (aquam) et évier (aquarium), et du verbe suivre (*sequere), elles présentent des particularités qu'il serait trop long d'expliquer ici.

§ 783. — Le j latin est devenu notre j français au commencement des mots : jeune (/uvenem), jouer (jocave), gxt (jiacet). Entre deux voyelles, ou avant une consonne, il a produit un y qui s'est joint à la voyelle précédente ou confondu avec elle : maire (de major), pis (de pejus), mateur (de majorent); la forme actuelle « majeur » a subi une influence savante.

1. A moins qu'on ne voie dans le g de égal et de aigle le produit de tfu qui suit le q.

Les dentales (t, d).

Exceptions à la loi générale 1.

§ 784. — Le d initial disparaît devant H consonnifîable de diurnum, qui a donné jour. Après une consonne, le d disparaît aussi devant Ye consonnifîable dans ordeum qui a donné orge. Le d, lorqu'il doit terminer le mot français, s'est changé en t : grand' erri) a donné grant (nous avons rétabli le d latin dans l'orthographe de ce mot), et le gérondif( — anrfo) s'est confondu avec le participe présent ( — antem) ; l'un et l'autre s'écrivent par un t. Le t initié l s'est changé en c dans craindre, de tremere.

§ 785. — Après un b, séparé du t par une voyelle dans le latin classique, le t se change en d : souckin (sui(i)Jaraum), courfe (cuè(i)fum). Le t s'est maintenu par dissimilation (à cause du d initial) dans doute de dub(i)tat ; toutefois à côté de coude (cub(i)tum) on trouve aussi la forme coûte, qui ne peut s'expliquer par la dissimilation mais qui suppose une prononciation cupitum.

§ 786. — Le t est tombé par exception après une autre consonne dans les secondes personnes du singulier des prétérits : — as (de asfi), — is (de istï).

Exceptions à la loi générale 2

§ 787. — Entre deux voyelles, ou devant une des deux liquides, les dentales ne sont pas tombées dès l'origine de la langue ; on les trouve maintenues dans les plus anciens textes. Ainsi, avant ^orc*é(bonita*em on-deubontet, avant pié (perfem) on a eu piet (l'orthographe pied a reparu au xv6 siècle sous une influence savante) ; avant veeir {veoir, voir, de virfere) on a eu vedeir; avant chante (de cantaf on a eu chantet. Quand la dentale ne terminait pas

le mot français, elle était toujours d, même à la place d'un t latin : pedre (père de pa/rem), porteûe (portée, de portatem).

§ 788- — Placée devant une r, la dentale, avant de tomber de la prononciation, s'est souvent assimilée à IV, et c'est ainsi que nous écrivons encore : larron (lafronem), verre (viïrum), etc.

§ 789. — Placées devant s, les dentales se sont ajoutées à Ys et ont formé un z, qui aujourd'hui n'a pas d'autre valeur qu'une s, et a été d'ailleurs remplacé par cette consonne dans un bon nombre de mots : minat(o)s, participe passé pluriel de *minare (mener) a donné menez, puis menés; minatis, deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent du même verbe, a donné aussi menez, forme où le z s'est conservé.

§ 790. — Placé devant l, le t s'est changé en c dans le latin populaire, et a été traité comme tel. C'est ainsi que vet(u)him, devenu veclum, a produit le français vieil. Dans quelques mots anciens, qui sont d'origine savante, bien qu'ils présentent plusieurs des caractères des mots populaires, le t s'est maintenu devant 17, qui s'est elle-même changée en r .* chapitre (capi£(u)/um), titre (ti£(u)Jum).

§ 791. — Le t précédé d'une consonne s'était également confondu avec un c devant l'e ou Vi consonnifiable. Mais te et ti entre deux voyelles ont produit i semi-voyelle plus * : raiionem : raison. (Comparez § 770).

4° Les labiales (p, b, f,v).

Exceptions à la loi générale 1.

§ 792. — Le p initial est tombé devant Ys dans les vieux mots saume (psalmum), soutier (psalterium). « Psaume » et « psautier » sont des formes savantes. Le v initial (ou sui-

vant une consonne) s'est changé en /"dans fois (uicera), en b dans brebis (vervecem), en g dur dans gué (vadum), guêpe (vespa), gâter (vastare) et quelques autres mots.

Exceptions à la loi générale 2.

§ 793. — Les labiales sont tombées devant u dans seù (su) de *scrputum, deù (dû) de *debutum, ot (eut) de kabuit, clou de clavum, etc.

§ 794. — Les labiales sont aussi tombées devant e ou » consonnifiable : ache (de apium), sache (de sapiam), aie de habeam), ayant (de *habeantem), cage (de caveam). Toutefois p a subi le changement habituel en v dans le vieux mot saive (autre forme de sage), de *sapium.

§ 795. — B est également tombé dans les flexions ébam, ébas, etc., des imparfaits, flexions qui sont devenues en français eie (puis oie, ais), êtes (oies, ais), etc.

§ 796. — Le u entre deux voyelles est tombé dans viande (devivenda), paon (depavonem), ouaille(deoviculam); mais ils'estmaintenu dans vivant, vivais, de viventem, vivebam.

§ 797. — Lorsque la labiale, placée entre deux voyelles dans le mot latin, termine le mot français, elle est devenue f et non v : cfeî (de ciayem), chef (de * ca/mm), tref, vieuxmot qui signifie tente (de trafem), vit (de virum), neuf (de nouem ou noium).

§ 798. — Devant l, le b se maintient, et le p se maintient ou se change en b : muât le (de mutab(i)lem), kièble (de eb(u)lum), peuple (de pop(u)lum), double (de *duplum.)

§ 799. — Devant les dentales et devant l's, les labiales tombent : chetel (écrit aujourd'hui cheptel), de cap(i)tale; soudain, de sub(i)tanum; cité, de civ(i)tatem; oes, vieux mot signifiant « besoin », de op(u)s. Elles tombent aussi devant une autre labiale : abé (aujourd'hui écrit abbé), de abbatem.

§800. — Les exceptions que no us venons d'énumérersont si nombreuses que nous croyons utile de donner ici de nouveaux exemples de la règle 2 pour les labiales (changement des p et b en v, maintien de u et f) :

capillum : cheveu capnnn : chèvre

crepare : crever lïbrum : livre

ripam : rive *sep(e)nu'e : sevrer

debere : devoir trif(o)lium: trèfle

càballum : cheval *hah[e)nibeo : avrai (puis aurai)~

subinde : souvent

levât : lève

5° Les liquides (1, r).

§ 801. — LV tombe exceptionnellement devant l's dansdvrsum, qui a dos, sursum qui a donné sus.

% 802. — L7 redoublée se réduit à une seule /, mais le plus souvent la consonne redoublée du latin a été rétablie dans l'orthographe : elle (anciennement ele, latin illam), belle (anciennement bêle, latin beUam).

$ 803. — L7 devant une consonne s'est conservée quelque temps, puis s'est changée en u, et aformédiphtongua avec la voyelle précédente ou s'est confondue avec elle : f'àlcem et falsum ont donné fa/s, puis îaus (faux), multum a donné mo/t, mou/t, puis moût; mal(o)s : ma/s, puis mai/s (maux); *volit : vue/t, veu/t, puis veut; ma\{e)dicere . ma/dire, puis maudire. Le pluriel des mots en el (sauf cieh, ol, il, VI a été refait sur le singulier !. Toutefois, dans plusieurs mots en il, par exemple dans sourcil, VI est tombée de la prononciation, même au singulier, mais on continue à l'écrire.

§ 804. — L7 non suivie d'une autre consonne, mais cor-

i. Dans l'ancienne langue, on a dit feus au lieu de tels), queus au Jicu de quels), morteus au lieu de mortels), etc.

TRANSFORMATION DES CONSONNES. :j25

respondant à deux / latines, s'est changée en u à la fin des mots, dans mou (anciennement mol, latin mo//em), cheveu (anciennement cheve/, latin, capi//um), nouveau (anciennement nouve/, nouvea/, latin nove//um), etc. Toutefois les formes avec / vocalisée en u se sont d'abord produites au cas sujet singulier et au cas régime pluriel, où 17 était suivie d'une s.

§ 805. — Les mots ^enoni/ (genûculum), ponil, verrouil Ont éfé refaits au singulier sur le pluriel.

§ 806. — L7 s'est changée en r dans lusciniolum, qui a donné rossignol, et, devant une nasale, dans ulmum qui a donné orme, Olnam qui a donné Orne (nom de rivière). Elle s'est changée en n dans libellum, qui a donné niveau.

§ 807. — LV est devenue /dans pèlerin de peregrinum, autel de altare,

6° Les nasales (n, m).

§ 808. — Vm finale des mots latins, à de rares exceptions près (n'en de rem, mon et mien de meum), n'a laissé aucune trace dans les langues romanes.

§ 809. — L'm suivie d'une autre consonne s'est changée en n: conte (aujourd'hui écrit comte) de com(i)tem.

§ 810. — M est encore devenue n au commencement des mots mespilum (nèfle) et mappam (nappe).

M suivie d'une autre consonne s'est maintenue (sans devenir n) quand on a intercalé une consonne de soutien : cum(u)lum a donné comble.

§ 811. — Deux m ou deux n consécutives se sont réduites aune seule; mais souvent les deux consonnes ont été ensuite rétablies dans l'orthographe : annatam donne anée (année), grammaticam : gramaire (grammaire).

§ 812. — Mn se réduit à m : hom(i)nem a donné homne, puis home (homme).

Clédat. 19

§ 813- — iVm se réduit aussi à in dans animant qui a donné âme; mais Yn s'est conservée assez longtemps devant Y m de ce mot (anme, écrit quelquefois aneme), et s'est même changée en r dans certains dialectes : arme.

§ 814. — Dès le latin populaire, n était tombée devant s : mensem était devenu mesem, qui a donné mois. ' § 815. — N finale est tombée d'assez bonne heure après r : diuvnum a donné 70m, yo?% jour.

§ 816. — Aujourd'hui, n ou m suivies d'une autre consonne n'indiquent plus que la prononciation nasale de la voyelle précédente. Gomme consonnes proprement dites elles ne se sont réellement conservées que seules entre deux voyelles ou après une consonne

§817. — L's est tombée devant toutes les consonnes r paste est devenu pâte, caresme : carême, esté : été. Mais on a continué pendant plusieurs siècles à écrire ces mots pars. L's ne s'est maintenue que dans un certain nombre de mots qui ne sont pas d'origine populaire, ou qui ont subi une influence savante : pasteur, dévaster, etc.

§ 818. — Quand Ys au commencement d'un mot latin était suivie d'une consonne, on la trouve précédée d'un é dans le mot français correspondant : scalam est devenu eschelle, scutum : escxx, etc. L's est ensuite tombée, sauf exceptions, mais Ye s'est maintenu : échelle, écu.

§ 819. — L's latine entre deux voyelles est devenue en français s douce : chose (causam), léser (*lœsare), etc.

§ 820. — L's redoublée s'est conservée double jusqu'à nos jours dans l'orthographe ; mais depuis très longtemps elle ne se prononce plus que comme une s simple (dure) : passer de *passare.

8° X et Z.

§ 821. — Vx se composant d'un c dur et d'une s, laxare a donné régulièrement laisser : Ys s'est maintenue (les deux s indiquant simplement la prononciation dure de la consonne), et le c a produit la diphtongaison de l'a précédent en ai. Quelquefois il y a eu métathèse des deux consonnes dont se compose Vx. Le même verbe laxare, prononcé lascare (au lieu de lacsare), a donné lascher; car le c, suivant une autre consonne, et placé devant un a, doit se changer en ch (§ 763).

§ 822. — Le z, dans Les mots d'origine populaire, s'est changé en j : zizyphum a donné jujube, et zelosum : jaloux.

LES GROUPES DE PLUS DE DEUX CONSONNES Loi générale o.

§ 823. — Quand trois consonnes se suivent, la première et la dernière sont traitées d'après les lois générales 1, 2 et 3. Quant à celle du milieu, elle se conserve ou disparait suivant qu'elle se lie facilement ou non avec les deux autres; quand elle disparaît, il peut arriver que la loi générale 4 soit appliquée.

Il serait trop long de passer en revue toutes les combinaisons possibles de consonnes; nous indiquerons seulement les plus importantes et les plus fréquentes.

Groupe commençant par deux consonnes semblables.

§ 824. — Si le groupe de trois consonnes commence par deux consonnes semblables, l'une des deux disparaît, et le groupe se trouve ainsi réduit à deux consonnes, aux-

quelles s'appliquent les règles ordinaires : cabati{o)s donne chevafe. cheva«#. ess(e)re donne estre, etc.

Groupe finissant par une s.

§ 825. — Quand la dernière des trois consonnes est une . ce qui arrive si souvent, notamment au cas sujet singulier et au cas régime pluriel des noms et adjectifs: 1° si la consonne du milieu est une dentale, elle s'unit à Ys pour former un s: ~2° si cette consonne est une gutturale ou une labiale, elle disparait; 3° si c'est une /précédée d'une gutturale, elle se maintient en se mouillant ; 4° si c'est une r, elle se maintient, et un e muet de soutien se place entre IV et r*.

Exemples :

1° <7/*and(e)s : granz (régime pluriel de grand); fact[o)s : faiz régime pluriel de fait].

2° /emp(«)s : tens (aujourd'hui écrit temps) ; corp(w)s : cors (aujourd'hui écrit corps : cerv(o)s : cers (régime pluriel de cerf); franc[o)s : frans (régime pluriel de franc).

3° Pa7Hc(u)l(o)s : parez'/s.

4° Patres : pères; petroselinum : peresil (ensuite persil).

§ 826. — Il faut remarquer que la consonne du milieu, lorsqu'elle disparaît, n'est pas toujours tombée dès l'origine, et qu'elle a pu être rétablie plus tard dans l'orthographe; ainsi on trouvera francs (au lieu de frans) dans les plus anciens textes, et nous écrivons encore ainsi. De même nous écrivons faits, grands, etc., par « ts, ds » au lieu de t.

§ 827. — Nous avons vu (§ 805) que 17 mouillée qui termine le mot est tombée après ou. Ce phénomène s'est produit au pluriel, où au lieu de terminer le mot, 17 •Hait suivie d'une s : * genuculos = genouils, puis genoux Quant 17 mouillée suivait un a, elle est régulièrement

TRANSFORMATOIX DES CONSOa. ...... 323

devenue sèche et s'est ensuite vocalisée en u devant l'$ : >traOa,c{u)l(o) s a donné travsdz puis Iravaxa.

§ 828. — L7 mouillée suivie d's s'est aussi vocalisée après e. et on trouve des formes telles que solews ou sola«s (cas sujet singulier et cas régime pluriel de soleil, latin solicums et solicu/os). Ces formes, avec vocalisation de 17. n'ont pas persisté, et aujourd'hui le pluriel de soleil est soleils. Mais nous avons conservé vieux (pour vîeils), eu le faisant des deux nombres.

§ 829. — Quand une dentale est entre deux s, les trois consonnes se réduisent à z ou s (hostes =oz, os, pluriel du vieux mot ost ; eccisfos a donné icez, ces), ou bien les trois consonnes se maintiennent et un e de soutien se place entre les deux dernières (cantas?is : chantastes, chantâtes}

Groupe finissant par une liquide.

§ 830. — Quand la dernière des trois consonnes est une liquide 7, r), et que la première, d'après les règles générales, doit se maintenir, il peut «e faire que celle du milieu ne puisse se lier facilement avec les deux autres, et que cependant les deux autres puissent se prononcer avec une consonne intermédiaire différente. Dans ce cas, la consonne du milieu tombe, mais elle est remplacée par une consonne euphonique d'après la règle ordinaire (Voyez la loi générale 4). C'est ainsi que pulverem a donné pouldre 'ensuite poudre), surgere : sourdre, et pasc[e)re : paistre. Dans ce dernier exemple, la gutturale du milieu n'est pas tombée entièrement; elle a produit la diphtongaison de la voyelle précédente. Il en est de même dans plaindre (plante), croistre (crescere), etc.

£'831. — Il faut remarquer pour plangere (plaindre), pascere (paître), crescere (croître), que les gutturales médianes étaient placées en latin devant un e, et étaient arrivée-:

à se prononcer, le c : c, et le g : j. Si elles avaient conservé le son dur latin (k, gu), elles auraient pu facilement se prononcer devant la liquide, et elles se seraient probablement maintenues ; c'est ainsi que les gutturales ont persisté dans ancre (ancoram), oncle (avuncu/um), an#le (an^u/um), sangle (cingulum), parce que, suivies d'un u ou d'un o dans le latin, elles étaient demeurées dures.

§ 832. — Dans angelum (ange), le g, devenu doux devant Ye, s'est conservé quelque temps entre les deux consonnes, comme l'atteste l'orthographe angele (prononcez anile) ; puis, au lieu de disparaître pour céder la place à une consonne euphonique, le g a chassé 17 et est resté seul avec Yn : ange. Un fait analogue s'est produit dans marge (de marginem). Nous avons vu d'ailleurs que Yn était tombée après le g doux (même non précédé d'une autre consonne) dans page, image (§ 778).

§ 833. — Entre s et /, la gutturale est tombée dans masc{u)lum qui a donné masle, mâle, dans misc(u)lare qui a donné me&ler, mêler.

§ 834. — Entre c et r, Y s est tombée dans dua?(e)mnt (= ducs(e)runt) qui a donné duirent, et dans toutes les troisièmes personnes en xerunt (Voy. cependant § 327;.

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