LA SYLLABE MUETTE A LA FIN DU VERS ET A LA CÉSURE
§ 838. — Pour obtenir l'harmonie qui résulte de cette disposition des repos, il faut que la dernière syllabe du vers ne soit pas une syllabe muette: ou du moins, le vers doit contenir le nombre de syllabes exigé, abstraction faite de la dernière si elle est muette :
Quoi I vous vous arrêtez j aux songes d'une femme
Ce vers de Corneille a treize syllabes, mais est considéré comme n'en ayant que douze, parce que la dernière est muette: le repos est réellement après la douzième.
§ 839. — Pour la même raison, on doit admettre aussi à la césure une syllabe muette qui ne compte pas :
Oui je viens dans son tem|ple | adorer l'Éternel.
Mais d'après les règles actuelles, la syllabe muette n'est admise à la césure que si le mot suivant commence par une voyelle, et si Ye muet n'est suivi d'aucune consonne. On ne dirait pas :
Oui je viens daus son temple supplier l'Éternel.
ni
Oui je viens dans ses temples adorer l'Éternel. § 840. — Dans l'ancienne langue, ces restrictions
n'existaient pas. A la césure, comme à la fin du vers, on admettait une syllabe muette qui ne comptait pas, même quand le mot suivant commençait par une consonne. Ainsi dans la Chanson de Roland on trouve, entre beaucoup d'autres, ce vers de dix syllabes avec césure à la quatrième :