III. — Noms indéclinables
§ 81. — Les noms indéclinables sont ceux qui, dans l'ancienne langue, se terminaient uniformément par une s à tous les cas, et qui aujourd'hui encore ont une s (ou un x) au singulier comme au pluriel. Ce sont ceux dont le radical latin (après la chute des voyelles atones) se terminait par une s ou par une lettre qui est devenue s en français.
§ 82. — Ainsi le mot latin ménsis (mois) faisait à l'accusatif ménsem. Si on le compare àpanis (pain), qui faisait panem, on verra que Ys de mensem a dû se maintenir au même titre que ïn de panem, et que Ys finale et Ys intérieure de mensis ont dû se confondre, après la chute de Yi atone. Mensis et mensem, le nominatif et l'accusatif latin,, ont donc également donné mois, avec une s finale. Le mot ne devait pas davantage se modifier au pluriel.
Pour la même raison, étaient aussi indéclinables : né» (aujourd'hui écrit nez), venant de nasus (accusatif nasum), pois (aujourd'hui écrit poids), venant de pensum (mot
neutre dont l'accusatif est semblable au nominatif), sens, venant de sensus (accusatif sensum), tous (aujourd'hui écrit toux), venant de tussis (accusatif tussim), etc.
§ 83. — Les mots neutres « prétlum, palâtium, brâckium » ont donné en français pris (aujourd'hui écrit prix), palais, bras, mots indéclinables. L's finale de ces mots est le produit de la transformation de Vi atone latin placé entre un t ou une gutturale et une voyelle. De même, l'accusatif pûteum, du mot masculin « pût eus », a donné, comme le nominatif : puiz, puis (aujourd'hui écrit puits). L's finale ici est le produit delà transformation de Ye atone placé dans la même situation que Yi de palâtium.
§ 84. — Un certain nombre de mots latins féminins avaient l'accusatif singulier terminé en cem : pâcem, vôcem, etc. Or, le c latin suivi d'un e doit produire en français une s. Ces mots donneront donc en français des noms féminins qui auront une s au singulier comme au pluriel : pais (aujourd'hui écrit paix) de pâcem, vois (aujourd'hui voix) de vôcem, fois de vicem, faus (aujourd'hui écrit faux) de fâlcem, etc. Le nominatif des mêmes mots se terminait en latin . par un x (pax, vox), qui a passé, sous une influence savante, dans l'orthographe française.
§ 85. — On sait que l'accusatif des mots neutres latins était identique au nominatif. Ceux qui sont devenus masculins et qui ne se terminaient pas par une s en ont cependant une en français au cas sujet singulier, par analogie avec les noms masculins, et nous avons vu qu'on leur avait fait aussi un pluriel analogique (§ 70). Mais ceux qui se terminaient par une s n'ont pas subi l'analogie inverse et n'ont pas perdu cette s au cas régime singulier. N'étant pas traités commp les autres mots masculins au sin-
gulier, ils ne pouvaient l'être non plus au pluriel. Leur pluriel est identique au singulier; ils sont indéclinables. Exemples : cors (aujourd'hui écrit corps) de corpus, tens (aujourd'hui écrit temps) de ternpus, pis (poitrine) de pectus, etc.
Observation générale sur les noms.
§ 86. — Souvent la consonne placée avant Ys de flexion ou Ys des noms indéclinables est tombée devant cette s Ainsi, le mot clef se trouvera écrit au pluriel clés, arc sera écrit ars au cas sujet singulier et au cas régime pluriel. Quand cette consonne finale est un t, en se réunissant à Ys de flexion elle forme un z, qui a été ensuite remplacé par une s; c'est ainsi que bontet (aujourd'hui bonté) a fait au pluriel bontez, enfant a fait au cas régime pluriel enfanz, puis en fans, aujourd'hui enfants, etc.
VI s'est vocalisée en u devant Y s de flexion ou Y s des noms indéclinables : ckevals, cas sujet singulier et cas régime pluriel, est devenu chevaus, chevaux; fais est devenu faus, faux.