‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 49 sur 167 · I. — Infinitif · texte numérisé non relu

I. — Infinitif

§ 221. — Les Latins avaient quatre conjugaisons, auxquelles correspondent les quatre terminaisons de nos infinitifs :

er (latin are), dans chanter de cantkre; quelquefois on avait ier au lieu de er : aider était jadis aidier

ir (latin ire) dans ouïr de audire.

re (de rendre) et oir (d'avoir), qui viennent également d'une terminaison latine en ère: reddere (rendre), habere (avoir); mais dans le premier verbe latin l'accent tonique est sur le radical : rêdd-ere, tandis que dans le second il est sur le premier e de la flexion : hab-ére.

§ 222. — La flexion latine ère, pare tonique, s'est souvent confondue dans le langage populaire avec la flexion JLere par e atone (avec accent sur le radical). Il en est résulté que des verbes qui, d'après leur étymologie, devraient être en oir, sont en re, ou inversement, et quelquefois les deux formes coexistent. Submonere a donné

semondre (qui dérive de la prononciation populaire submônere par e atone), au lieu de semonoir qu'on attendrait d'après le latin classique submonére ; câdere a donné ckeoir, puis choir (de la prononciation populaire cadére par e tonique), au lieu de chiére; ardére a donné ardoir (vieux mot qui signifie « brûler »), mais on trouve aussi ardre, dérivé de *drdere.

§ 223. — D'autre part, dans un bon nombre de verbes, la terminaison ir a été substituée à l'une ou l'autre des terminaisons dérivées de ère. De là le verbe courir à côté duquel on trouve la forme régulière courre, conservée dans plusieurs locutions telles que « chasse à courre ». On a aussi querre et quérir.

§ 224. — La terminaison française ir peut encore dériver directement (sans l'intermédiaire d'une transformalion populaire en ir) du latin ère. Ainsi placére a donné directement plaisir (ancien infinitif, devenu depuis longtemps substantif) et non plaisoir; le tonique latin ne s'est pas changé en oi, mais en i, par suite de l'influence exercée par le c sur la transformation de la tonique (Voyez dans la phonétique, le tableau de le long tonique, 7°). Ces cas sont rares d'ailleurs.

§ 225. — En résumé, la flexion française ir vient généralement de la flexion du latin classique ire. Mais, par exception, elle peut dériver de la flexion ère placée dans des conditions déterminées, ou bien encore elle peut correspondre à un ère ou à un!ere, transformé par le langage populaire.

Chacune des flexions françaises en oir et en re peut correspondre à l'une ou l'autre des flexions latines en ère.

Enfin la flexion er se ramène toujours au latin are.

§ 226. — Dans les infinitifs choir et voir, toute trace de la voyelle du radical a disparu; car si on supprime la

flexion ot'r, il reste pour tout radical ck ou v. La forme ancienne de ces infinitifs était cheoir et veoir (plus anciennement chadeir et vedeir).

Nous avons un infinitif en uir monosyllabique, c'est fuir. Mais on prononçait jadis en deux syllabes ; fuir. Le radical es.t fu et la flexion de l'infinitif ir.

§ 227. — On comprend que les verbes en re où la flexion atone re était précédée d'un i [i-re), aient pu se confondre avec les verbes en ir. C'est ce qui est arrivé pour les verbes dérivés ù^collegere et de benedicere. Légère ayant donné lire, et dicere : dire, collégere et benedicere auraient dû donner cueillire et bénire. L'assimilation avec les verbes en ir a produit cueillir et bénir (anciennement béneïr). A côté de beneir on trouve aussi beneïstre, qui se rattache à la terminaison inchoativê" scere.

§ 228. — Le v final' du radical est tombé devant la flexion n? de l'infinitif dans boire (anciennçment boivre) et dans écrire (anciennement escrixre .

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