III. — Participe passé
Participes en è, i, des verbes en er, ir.
§ 233. — En latin, le participe passé de la conjugaison — are était en âtum, et celui de la conjugaison — ire en itnm. Atum ayant donné la flexion é (plus anciennement et), etitum la flexion i, les verbes français en «/'(latin are) auront le participe passe en é (ié quand l'infinitif est en ier), et ceux en ir (latin ire) l'auront en i.
§ 234. — Toutefois, parmi les verbes en ir, les inchoatifs seuls ont toujours le participe en i. Les non inchoatifs ont quelquefois emprunté la flexion de ce temps à d'autres conjugaisons. D'autre part, la flexion i a été appliquée à des verbes qui n'avaient pas l'infinitif en ir.
§ 235. — Ainsi les verbes en er ont le participe passé en é, les inchoatifs l'ont en i; la troisième conjugaison française, composée des débris de trois conjugaisons latines, et comprenant des verbes en oir, ir, re, a quelquefois le participe passé en i (suivi de suivre, senti de sentir), mais elle offre d'autres formes que nous allons étudier et qui se rattachent aux deux conjugaisons latines en ère.
Participes en t.
§ 236. — Les verbes de la conjugaison latine en ère avaient le participe passé en itum comme ceux en ire, mais avec l'accent sur la syllabe radicale qui précédait : débitum de debere {devoir), et non pas debitum comme dans finitum, qui a donné fini. Ceux de la conjugaison en 'ere ajoutaient simplement tum au radical : fâctum, de fâcere {faire).
Ces deux formes, débi^ra et fàctum, ne diffèrent entre elles que par l't atone de débiïwm, qui doit tomber en français. Il en résulte que, pour ces deux conjugaisons, le participe passé sera le même. Il se composera régulièrement du radical suivi d'un t, seul reste des flexions latines « itum, tum ». C'est ainsi que faire a pour participe passé fait, et que le participe passé théorique de devoir est det (ou doit)1 qui a été remplacé par une autre forme, mais dont il reste encore dans la langue le féminin, devenu substantif : dette.
Parmi les participes de ce genre, on peut citer:
ceint
de
ceindre
teint
teindre
plaint
plaindre
joint
joindre
oint
oindre
conduit
conduire
dit
dire
écrit
écrire
trait
de
traire.
§ 237. — Le v final du radical est tombé devant le t de
1. La forme doit se compose du radical tonique ordinaire doiv, moins lo t- final, et plus le t de flexion. Sur la chute de la labiale finale du radical devant le t, voyez § 237. Dans det on a un radical tonique modifié par l'influence des deux consonnes btde deb[i)tum (voyez § 724J,.
flexion dans écrit, le radical de ce verbe étant écriv (Voyez §228
§ 238. — A propos du participe passé des verbes en aindre, eindre, oindre, il faut se rappeler que le d de l'infinitif ne fait pas partie du radical et ne se trouvait pas dans les verbes latins (§ 213). D'ailleurs, lorsque le radical se terminait réellement par un d, ce d tombait devant le t du participe. Ainsi les participes passés en t des verbes tendre, vendre, rendre, pendre, perdre, verbes dont le d n'est pas euphonique, mais étymologique, seraient tent, vent,rent,pent,pert; les féminins de ces participes existent avec la valeur de substantifs : tente, vente, rente, pente, perte. Mais tous ces verbes ont reçu un participe passé en u dont nous verrons bientôt l'origine.
§ 239. — Quelques verbes latins en ire avaient par exception leur participe passé en tum, comme ceux en lere : on disait apér-tum (et non aper'dum), d'aper-ire (ouvrir), copér-tum, de coper-ire (couvrir). Ces verbes ont en français un double radical. Au participe passé, l'accent étant sur Ye de per, cette voyelle s'est maintenue, et le radical se compose de deux syllabes : ouver, couver; en ajoutant le t de flexion, on obtient ouvert, couvert. Mais à tous les autres temps, que l'accent soit sur le radical ou sur la terminaison, il ne porte jamais sur Ye de per, qui est tombé partout ; de telle sorte qu'à tous les autres temps le radical n'a qu'une syllabe : ouvr, couvr.
§ 240. — Un autre participe irrégulier en t, appartenant à un verbe en ir, est celui de mourir : mort. Le participe latin était môrtuum; Yo tonique, étant suivi en latin de deux consonnes, a dû rester o (mort) tandis que, dans les autres formes du même verbe, il est devenu, suivant la place de l'accent, eu, ou : mourir, meure (Voyez § 172).
§ 241. — Le participe du verbe naître, « né », a été
aussi, à l'origine, un participe en t : net. Le t est tombé comme dans les participes passés des verbes en er, qui ont été successivement en et puis en é : chantét, puis chanté. Mais entre ces participes et celui de naître, il y a cette différence que Yé de chanté appartient à la flexion, tandis que Yé de de né appartient au radical. Naître vient du latin nasc-ere dont le participe passé était na-tum. Le radical nasc a donné le français nais (ou naiss) que l'on retrouve à presque tous les temps. Le radical na du participe passé a donné le français né auquel s'ajoutait jadis un t de flexion.
Participes en u.
§ 242. — Un certain nombre de verbes latins en —ère avaient le radical termi-né par un u, qui se prononçait comme une semi-voyelle à l'infinitif, et qui, redevenant voyelle au participe passé, prenait l'accent. Ainsi battuere (battre) faisait au participe battûtum, d'où battu; cônsuere (coudre) faisait consûtum, d'où cousu. Cette terminaison idum, probablement mise en relief par son analogie avec les terminaisons âtumel itum, a été donnée à quantité de verbes dont le participe régulier était tout différent. Le participe français en u, qui en dérive, s'applique à tous les verbes en oir, sauf asseoir, à quelques verbes ir (courir, tenir, venir, vêtir), et à beaucoup de verbes en re, tels que boire, connaître, croître, lire, croire, moudre.
§ 243. — En principe la terminaison u doit simplement s'ajouter au radical du verbe, et, pour les verbes qui ont double radical, au radical atone. Ajoutez u au radical val de valoir, vous avez valu; ajoutez u au radical atone voul de vouloir, vous avez voulu, etc. Il en est de même, souvent malgré les apparences, pour la plupart des autres verbes.
i. Verbes en « oir ».
§ 244. — Dans savoir, le radical atone est sav, qui correspond à sap latin. Or, devant Vu tonique de la flexion, le p latin doit tomber et l'a se changer en o, puis en e. De là le participe passé soû, seii, enfin su par contraction. Ainsi, dans l'ancien verbe savoir, le radical spécial auquel s'ajoute Vu du participe est «so, se » au lieu de sav. Aujourd'hui la flexion u s'est substituée à la voyelle du radical t et le mot n'a plus qu'une syllabe. Le participe passé du verbe avoir s'explique de la même manière; nous l'écrivons eu, au lieu de u, par une tradition qui remonte au temps où on prononçait réellement eu. Il a été aussi où. Recevoir, devoir, mouvoir, pouvoir, ont fait, pour des raisons analogues : deù, pou et peu, moûetmeii. Dans devoir et mouvoir il y a eu chute de la labiale du radical (b et v latins) devant la flexion u, comme dans savoir. Dans pouvoir (anciennement pooir, pouoir), le participe passé n'a pas pris le v euphonique.
§ 245. — Le cas de choir et de voir est encore plus «impie. Ces deux verbes ont été cheoir et veoir, formes •auxquelles correspondent les anciens participes passés cheû et veù, qui sont devenus chu et vu quand les infinitifs devenaient choir et voir.