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IV. — Présent de l'indicatif

Conjugaison en er.

§ 258. — Le présent de l'indicatif de la première conjugaison offrait en latin les formes suivantes :

port-o (je porte) p6rt-as (tu portes) pôrt-at (il porte) port-âmus (nous portons) port-âtis (vous portez) port-ant (ils portent).

§ 259. — La partie invariable, commune à toutes les personnes, est port, qui a persisté en français sans aucun changement. Quant aux flexions, d'après les lois delà phonétique, Yo atone de la première personne du singulier et Yi atone de la deuxième personne du pluriel doivent tomber; l'a atone des deuxième et troisième personnes du singulier et de la troisième personne du pluriel doit être représenté par un e muet; les consonnes doivent persister sans modifications, sauf le changement de t-s, de

la deuxième personne du pluriel, en z; l'a tonique de la deuxième personne du pluriel doit se changer en é (en iê dans les verbes en ier, § 221); enfin la flexion de la première personne du pluriel doit être remplacée parla syllabe ons dont nous avons expliqué l'origine (§220).

§ 260. — L'ancienne conjugaison de ce verbe à l'indicatif présent était donc en français :

je port tu port-es il port-et nous port-ons vous port-ez il port-ent.

Cette conjugaison n'a subi que deux modifications : 1° le t final de la troisième personne du singulier est tombé de très bonne heure; 2° plus tard on a ajouté un e muet à. la première personne du singulier, pour l'assimiler aux verbes dont le radical se terminait par un groupe de consonnes appelant e.

Conjugaison en re, oir, ir.

§ 261. — Les autres conjugaisons latines avaient, au même temps, les formes suivantes :

2e conjugaison (ère). 4e conjugaison (ire).

déb-eo (je dois) dôrm-io (je dors)

déb-es (tu dois) dôrm-is (tu dors)

déb-et (il doit) dorm-it (il dort)

deb-[émus] (nous devons) dorm-[imus] (nous dormons)

deb-étis (vous devez) dorm-itis (vous dormez)

déb-ent (ils doivent) dôrm-iunt (ils dorment).

3e conjugaison (J ere).

'^ vénd-o (je vends) sâp-io (je sais)

vénd-is (tu vends) sâp-is (tu sais)

vénd-it (il vend) sâp-it (il sait)

vénd-imus (nous vendons) sâp-imus (nous savons)

vénd-itis (vous vendez) sâp-itis (vous savez)

vénd-unt (ils vendent) sâp-iunt (ils savent).

§ 262. — Comme on le voit par le tableau ci-dessus, les trois conjugaisons latines dont nous nous occupons se distinguaient nettement les unes des autres à presque toutesles personnes de l'indicatif présent. Ces différences ont disparu en français, surtout parce qu'elles affectaient principalement des voyelles atones, qui sont tombées.

§ 263. — Ainsi à la première personne du singulier la flexion est constituée uniquement par les voyelles atoneso, eo, io, qui ont disparu, de sorte qu'en principe la première personne du singulier de l'indicatif présent est constituée en français, dans les verbes en re, oir, et en ir non inchoatifs, par le radical tonique sans aucune flexion : je part, je vend.

§ 264. — Toutefois le radical peut être modifié, sousdifférentes influences, à cette première personne. Nous avons vu ci-dessus les effets produits dans certains verbes, dans savoir notamment, par Ye ou i consonniûable desflexions eo, io. Dans d'autres verbes, la consonne finale du radical a pu subir une mutation spéciale, parce que, faute de flexion, elle se trouvait terminer le mot; elle a pu même tomber complètement. Ainsi le radical tonique de recevoir eslreçoiv (ils reçoive»^, etc.) ; il devient reçoif à la première personne de l'indicatif présent.

§ 265. — C'est à une époque relativement récente qu'on a écrit : je parts, je vends, je reçois, je dois, etc. par analogie avec les formes telles que je sens, de sentio, où Ys finale s'explique phonétiquement.

§ 266. — Dans les flexions latines « es, is, et, it », les voyelles atones, e, i, doivent disparaître. Ces flexions se réduisent donc uniformément à s pour la seconde personne du singulier, t pour la troisième personne. L's et le ? s'ajoutent a- ---.••'•-• ' ,.•-,' i-'-» des verbes, quelquefois légèrement m iJ. " ' r.v en .'.:.,. i-. Ainsi les labiales qui terminent les

radicaux toniques doiv (de devoir), dorm (de dormir), sév (de savoir), disparaissent devant les consonnes de flexion : tu dois et il doit, tu dors et il dort , tu ses (sais) et il sét (sait). D'autre part, quand la consonne finale du radical est un d ou un t, elle forme un z avec Ys de la deuxième personne, ■et elle se confond avec le t de la troisième. Le radical de vendre étant « vend », et celui de partir étant «part », on •a : « tu venz (puis tu vens), tu parz (puis tu pars), il vent, il part ». L'orthographe « tu vends, il vend » est récente.

§ 267. — Si les règles ordinaires de la phonétique expliquent fort bien la fusion des deuxième, troisième et quatrième conjugaisons latines en une seule, au singulier de l'indicatif présent, il n'en est pas de même au pluriel.

Pour le pluriel, c'est l'analogie qui aura le rôle prépondérant.

Si nous prenons d'abord la première personne du pluriel, il faut remarquer que l'accent est sur la flexion dans deb-[émus] et dans dorm-[imus), et sur le radical dans vénd-imus et sâp-imus. Nous avons mis les flexions accentuées entre crochets, pour indiquer que les formes françaises ne viennent pas des formes latines correspondantes. Nous savons déjà que la flexion uniforme « ons » a été substituée aux différentes flexions accentuée ; de la première personne du pluriel (§ 220).

Mais pour les verbes de la troisième conjugaison latine (véndimus, skpimus), l'accent tonique restant sur le radical, au lieu de passer sur la flexion, nous devrions avoir en français des formes accentuées sur le radical, telles que : « nous venmes, nous sames ». De même, et pour la même raison, nous devrions avoir à la deuxième personne du pluriel : « vous ventes, vous sates ». Une assimilation très ancienne a supprimé ces formes, et on a dit : « nous vendons, nous savons, vous vendez, vous savez » par analogie

avec « nous devons, nous dormons, vous devez, vous dormez ». Seuls les verbes dire et faire ont encore l'accent sur le radical à la seconde personne du pluriel : vous faites, vous dites.

§ 268. — La flexion ez appelle une explication. Elle est identique à la flexion correspondante des verbes en er (vous portez). Et cependant les flexions latines étaient fort différentes : dtis (première conjugaison), étis (deuxième conjugaison), itis (quatrième conjugaison). Seul « âtis » a pu produire « ez ». Etis n'a pu donner que eiz, plus tard oiz, et itis : iz. Certains dialectes de l'Est ont en effet conservé trois flexions différentes pour les trois conjugaisons. Ailleurs elles ont été réduites à deux : eiz et ez. La première appartenait en propre aux verbes dont l'infinitif était en eir (oir); avoir étant un de ces verbes, et l'indicatif présent d'avoir servant à former le futur, le futur de tous les verbes avait aussi la seconde personne du pluriel en eiz. Mais l'assimilation s'est complétée assez vite et elle a abouti à une deuxième personne du pluriel terminée uniformément en ez dans tous les verbes.

§ 269. — A la troisième personne du pluriel (debent, \endunt) nous avons des voyelles atones (e, u), qui, placéesdevant deux consonnes (nt), ne doiventpas tomber complètement. Elles sont représentées dans les formes françaises par un e muet (doivent, venden t). On remarquera qu'il n'y a pas de différence, pour cette personne, entre les verbes français en re, oir, ir, et ceux en er. Dormiunt et sapiunt étaient devenus * dormant et * sapunt.

§270. — Quand la voyelle du radical latin était un a, et n'était séparée de la terminaison unt que par une consonne destinée à tomber devant elle (c, b), cet a a formé la diphtongue au avec I'm de la terminaison, et cette diphtongue s'est changée en o comme dans un grand

nombre d'autres mots. Ainsi vadere (d'où vient l'indicatif présent de notre verbe aller) faisait à la troisième personne du pluriel de l'indicatif présent : * vaunt, qui est devenu vont. De même * habunt (forme populaire au lieu du classique habent) a donné ont, et * facunt (au lieu du classique faciunt) a donné font.

Conjugaison inchoative

§ 271. — On peut prendre comme type de la conjugaison inchoative le verbe gemiscere, dont les formes étaient, à l'indicatif présent :

gemisco, en français je gémis gemiscis — tu gémis

gemiscit — il gémist, gémit

gem[iscimus] — nous gémissons

gem[iscitis] — vous gémissez

gemiscunt — ils gémissent.

§ 272. — Les explications que nous avons données pour les verbes latins en ère nous dispensent d'entrer dans de longs détails à propos de la conjugaison inchoative. Le c latin disparaît à toutes les personnes. La première personne française s'est terminée dès l'origine par une s, qui est, comme on le voit, étymologique : gemisco. L'accent tonique latin restant sur la même syllabe à toutes les personnes, on devrait avoir, en français, aux deux premières personnes du pluriel : nous gémismes, vous gémistes. Ces formes ont été modifiées par l'analogie, comme celles du verbe vendre et autres semblables (§ 267).

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