‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 54 sur 167 · V. — Présent du subjonctif · texte numérisé non relu

V. — Présent du subjonctif

Conjugaison en er.

§ 273. — Le présent du subjonctif des verbes latins en are se conjuguait comme suit :

pôrt-em (que je porte)

pûrl-es (que tu portes)

pôrt-et (qu'il porte)

port-émus (que nous portions)

port-étis (que vous portiez)

pùrt-ent (qu'ils portent).

§ 274. — D'après les lois générales et particulières de la phonétique, la flexion de la première personne du singulier devait tomber entièrement, et il ne devait rester que ïs pour la deuxième et le t pour la troisième (le t, dans le cas du verbe porter, devait se confondre avec le t final du radical). Le subjonctif du verbe porter devrait donc être au singulier : « que je port, que tu porz (ports), qu'il port. Mais de bonne heure, le subjonctif de la conjugaison en are a été assimilé à celui des autres conjugaisons (voyez § 276 et suivants), et il en est résulté que, pour les verbes €n er, le singulier du subjonctif présent et le singulier de l'indicatif présent se sont trouvés identiques : port-e, port-es, port-e.

Aux deux premières personnes du pluriel, on a substitué aux flexions étymologiques .(eins qu'aurait donné émus, eiz de étis) les terminaisons ons, ez, et plus tard ions et iez, qu'on empruntait aux verbes des autres conjugaisons latines (Voyez ci-dessous § 279). Quant à la troisième personne du pluriel, le latin portent a donné régulièrement le français portent, sans le secours d'aucune assimilation.

§275. — Parmi les exemples anciens des formes étymologiques du subjonctif présent dans la conjugaison en er, nous signalerons notamment des troisièmes personnes du singulier ent, sans e muet : culzt du verbe culchier (coucher), demeint du verbe démener, dans la Chanson de Roland. Jusqu'au xvne siècle on a dit : Dieu vous gart!

Conjugaison en re, oir, ir.

§ 276. — Dans les autres conjugaisons latines, le subjonctif présent offrait les formes suivantes :

2e conjugaison (ère).

respônd-eam (que je réponde) respônd-eas (que lu répondes) respônd-eat (qu'il réponde) respond-eâmus (que nous répondions) respond-eâtis (que vous répondiez) respénd-eant (qu'ils répondent).

3e conjugaison (1 ère),

vénd-am (que je vende)

vénd-as (que tu vendes)

vénd-at (qu'il vende)

vend-ânius (que nous vendions)

vend-âtis (que vous vendiez)

vénd-aut (qu'ils vendent)

recip-iam (que je reçoive) recip-ias (que tu reçoives) recip-iat (qu'il reçoive) recip-iâmus (que nous recevions); recip-iâtis (que vous receviez) recip-iant (qu'ils reçoivent).

4e conjugaison (ire).

pârt-iam (que je parte)

pârt-ias (que tu partes)

pârt-iat (qu'il parte)

part-iâmus (que nous partions)

part-iâtis (que vous partiez)

pârt-iant (qu'ils partent).

§ 277. — Sur ces quatre types de flexions, deux étaient identiques dans le latin classique (partiam, recipiam), et un troisième (respondeam) s'était identifié aux deux premiers dans le latin populaire, Ye placé devant une

DU VERBE. fît

voyelle s'étant changé en i: respondea/n = respond/aw. Nous choisirons donc l'un de ces trois types, partiam, et tout ce que nous dirons de pariiam s'appliquera à respondeam et à recipiam.

§ 278. — Si l'on compare partiam à vendam on verra que, au point de vue de la flexion, ces deux subjonctifs ne diffèrent que par une lettre, Vide partiam, qui est un i atone, et qui doit tomber, sauf à modifier le radical (phonétiquement partiam devait donner parc-e). Donc, en principe, les flexions iam de partiam et amde vendam doivent produire la même flexion française, un e muet. Il suffît d'ajouter une au radical du verbe, pour avoir la première personne du singulier du subjonctif présent : « que je part-e, que je vend-e. » De même, à la deuxième et à la troisième personne du singulier, ias et as produiront es> français, iat et at : et (par un e muet), puis e. Enfin à la troisième personne du pluriel iant et ant donneront ent.

§ 279. — Aux deux premières personnes du pluriel, 1'* atone se trouve avant la voyelle tonique de « part-iâmus, part-iâtis » et précède immédiatement cette voyelle. Or, d'après les lois phonétiques, Vi atone doit exercer une influence sur l'a tonique qui suit. En règle générale, l'a tonique suivi d'une m se change en ai, et non suivi d'une m il se change en é ; mais par exception, dans les deux cas,, quand il est précédé d'un i, il se change en ié.

Ainsi :

venddmus devait produire vendains

vcnddtis — vendez,

partiâmus — partiens (jtarciem)

partiàtis — partiez fparciez)

On a substitué aux flexions « ains, iens », de la premièrepersonne, la terminaison uniforme ons, qui tendait à s'introduire partout; mais on a respecté Vi de « zens », si

bien que vendains (forme théorique) est devenu vendons, et partiens (refait sur le radical ordinaire) est devenu partions. On a donc d'un côté, « vendons, vendez », comme à l'indicatif présent, et d'un autre côté « partions, partiez ». C'est ainsi du moins que l'on peut expliquer les premières et deuxièmes personnes du subjonctif en ons, ez, que l'on trouve dans les anciens textes au lieu de ions, lez. De très bonne heure il y a eu assimilation, dans les deux sens, et on a dit : vendions, vendiez, et partons, partez ; mais ce sont les flexions ions et iez qui l'ont emporté.

Les flexions subjonctives des deuxième, troisième et quatrième conjugaisons latines se sont donc confondues, et nous avons vu qu'elles ont été aussi introduites dans les verbes dérivés de la première conjugaison.

Page 1