NOMS LATINS EN « OR, OREM
§ 376. — Presque tous les noms latins en or, orem, sont masculins. Ils ont produit cependant des mots français qui sont tous féminins à l'origine. Ces mots se terminent en eur, sauf amour : honneur, humeur, valeur, ardeur, etc. Au xvie siècle, on leur a rendu le genre qu'ils avaient en latin; mais le féminin a définitivement prévalu, sauf pour honneur, labeur et amour. Encore « amour » est-il féminin au pluriel.
RÈGLE GÉNÉRALE DU GENRE PRIMITIF DES NOMS EN FRANÇAIS — CAUSES DE VARIATION
§ 377. — Ces réserves faites, on peut dire que les noms français ont conservé en principe le genre des noms latins correspondants. Quant aux mots de formation française,
ils ont pris le genre des mots de formation latine qui avaient le même suffixe.
§ 378. — Mais un bon nombre de mots français qui, à l'origine, étaient masculins, sont devenus féminins, ou vice versa, et les uns ont conservé leur nouveau genre, les autres ont vu reparaître l'ancien. Souvent on trouve le même nom employé tantôt comme masculin, tantôt comme féminin, sans qu'on puisse en général établir une différence de sens entre les deux emplois ; quelques-uns sont restés dans la langue actuelle avec les deux genres, mais on a séparé les genres par des nuances de signification (couple), ou bien l'un des deux est réservé au pluriel, l'autre au singulier (orgue, délice).
§ 379. — Cette variabilité de genre, quelquefois encore inexpliquée, est en grande partie attribuable aux terminaisons : on était tenté de faire masculins les noms féminins qui ne se terminaient pas par un e muet, et de faire féminins les masculins qui avaient une terminaison féminine. Et les mots qui étaient le plus exposés à changer de genre étaient ceux qui commençaient par une voyelle, parce que devant ces mots, qu'ils soient masculins ou féminins, l'article défini ou indéfini et l'adjectif démonstratif ou possessif ont la même prononciation, sinon toujours la même forme. Comparez : l'ouvrage et l'oreille, un ouvrage et une oreille (un' oreille), cet ouvrage et cetteoreille (cet* oreille), son ouvrage et son oreille.- Les mots commençant par des consonnes étaient protégés contre le changement de genre par la différence des articles et des adjectifs démonstratifs : le bois, la foi, etc.
§ 380. — Enfin certains noms féminins ont pu devenir masculins sous l'influence de l'idée neutre ou masculine qu'ils exprimaient. L'ancienne langue disait « la mensonge » . Mais ce mot exprime le fait de mentir, « le men-
tir » comme on dirait, si mentir pouvait s'employer substantivement. De là le changement de genre. De même ■personne a. été fait masculin quand on a voulu désigner un homme, aigle est devenu masculin quand on a voulu désigner l'animal mâle ou l'animal sans distinction de sexe.