LISTE DE NOMS A GENRE VARIABLE
§ 381. — Nous donnons ci-après, par ordre alphabétique, une liste de noms qui se trouvent dans les textes du moyen âge avec un genre différent du genre actuel :
— Affaire. Ce mot, qui se compose de la préposition à et de l'infinitif faire, a été d'abord masculin :
Villehardouin : « Vous avez empris le plus grant afaire et le plus perilleus que onques mais gent entrepreïssent. » 62.
— Amour est toujours féminin au moyen âge (Voyez cidessus § 376) :
Chanson de Berthe: « De mauvaise maraslre est Y amour moût petite. » 54.
— Art est quelquefois féminin (genre latin] :
Roman de Roland : « Barbarins est e mult de maies arz. » Mot à mot : « Il est de Barbarie et beaucoup de mauvaises ■arts, » c'est-à-dire « de très méchantes mœurs. » 8S6.
— Comté. Il y avait au moyen âge deux formes pour ce mot: ■conté (suffixe latin dtum) était masculin, et conteé (suffixe latin itdtem) était féminin. Le genre de conteé a été souvent attribué à conté. C'est ainsi que nous disons encore : « la Franche- Comlé. »
— Dent est quelquefois masculin (genre latin): Chanson des Saxons : « Les danz menus et blanz. » laisse V.
— Doute (substantif verbal de douter) est souvent féminin: Joinville: « Car nulle temptacion ne nulle douce je n'ai dou
sacrement de l'autel. » Traduisez: « Car je n'ai nulle tentation ni nul doute sur le sacrement de l'autel. » 49.
— Duché est souvent féminin, pour la même raison que comté.
— Espace (neutre en latin) est souvent féminin :
Froissart : « Quanti on l'eut regardé une espace. » C'està-dire : '< un espace de temps. » II, il, 198.
— Exemple (neutre en latin) est féminin sous la forme essample dans la Chanson de Roland : ce Malvaise essample n'en sera ja de mei. » C'est-à-dire : « Mauvais exemple ne viendra jamais de moi. » 1016.
— Fourmi est le plus souvent masculin :
Brunetto Latino : « For mis est pelite ebose : mais il est de grant porveance. » Mot à mot : « Le fourmi est petite chose, mais il est de grande prévoyance. » p. 245.
— Guide était féminin dans l'ancienne langue (et l'est encore dans le sens de lanière de cuir) :
Commynes : « On demanda la guide à ceux qui conduisoient les enseignes... et chascun respondit: Je n'en ai point. » vm,7.
Le mot est aussi féminin au xv>ie siècle. Voyez Molière (SganarelK :
« La guide des pécheurs est encore un bon livre. »
Dans le sens de « homme qui guide », l'ancienne langue employait tantôt le féminin guide, tantôt un mot masculin qui était guis (cas régime : guion).
— Honneur. Comme « amour», honneur est du féminin au moyen âge:
Roman de Berthe : « Quand de si haute honneur, je suis cheûe en la boue. » 33.
— Image (féminin en latin) se trouve quelquefois masculin : Oresme : « Sachent les autres faire beaux images. » Frol.
— Labeur. Comme « amour » et « honneur », labeur est du féminin au moyen âge (Voyez § 376).
Chrétien de Troyes : « la n'iert perie ma labours; » c'està-dire : <■<■ Mon labeur ne sera point perdu. »Chev. au lion, 234
— Malice est quelquefois masculin :
Froissart: « Et tant fit par son subtil malice », i . I , r>.
— Mensonge a été d'abord féminin :
Commynes : « Une plus belle mensonge. » Le peuple dit encore « une mensonge ». vm, 12.
— Mérite est féminin à l'origine :
Jean de Meung: « Pechié porte sa peine et bienfait sa mérite. »
— Miracle (neutre en latin) est souvent féminin : Joinville : « Là où il fait moult bêles miracles. » 660.
— Mœurs est quelquefois masculin (comme en latin) : Eustache Deschamps : «< Les meurs mauvais de sa condicion. »
— Paroi est quelquefois masculin (genre latin) :
Livre des Rois : « Les pareil furent cuverz de tables de cèdre. » Mot à mol : « Les parois furent couverts... » 247.
— Poison (féminin en latin) a été longtemps féminin, et l'est encore dans la langue populaire :
Roman de Renart : « Car je vos ai la poison quise. » Mot à mot : « Car je vous ai la poison cherchée. » Poison a ici le sens de « potion ». Ces deux mots dérivent d'ailleurs du même mot latin (potionem), l'un par voie populaire, l'autre par voie savante. 19302.
— Rencontre est d'abord masculin :
Froissart: « En ce dur rencontre. » n, m, 123.
— Reproche est souvent féminin.
Texte cité par Du Cange : « Et rjcelles reproces et oppositions veulent poursuir. »
— Rien est féminin à l'origine, et signifie chose, comme res en latin:
Châtelain de Couci : « La douce rien qui fausse amie a nom; » c'est-à-dire : « La douce chose qui a nom fausse amie. » VI.
§ 382. — Nous avons dû faire un choix de mots, pour ne pas grossir cette liste outre mesure. On pourrait y ajouter entre autres : âge, aise , emplâtre ,évêché , lièvre, navire, office, ongle, ordre, ost (masculin dans La Fontaine, vieux mot qui signifie armée), reste, rets (écrit rois au moyen âge), salut , serpent , sort, vice, que l'on trouve féminins plus ou moins souvent ; dette, étude, foudre, horloget idole, offre, voile (de navire), que l'on trouve masculins.