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CHAPITRE VI

Cas de l'adjectif possessif.

§ 413. — Pour l'emploi des différents cas de l'adjectif possessif, nous ne donnerons que quelques exemples, cet emploi étant parfaitement régulier, et n'offrant aucune difficulté. Voyez au surplus les remarques générales sur l'emploi des cas (§ 369).

Chanson de Roland : « Li reis Marsilies est mult mis enemis. » Traduisez : « Le roi Marsile est beaucoup mon ennemi. » 1 44.

Ibidem : « Quand l'Emperere vait querre sun nevuld. » C'est-à-dire : « va chercher son neveu. » 2870.

Joinville : « Pour ce, fist-il, que mes chastiaus est en marche. » Traduisez : « Parce que, fît-il, mon château est sur la frontière. » 424.

Ibidem : « Il fu batus en l'estache des félons Juis, qui dévoient estre si frère. » Traduisez : « Il fut battu au poteau des félons Juifs qui devaient être ses frères. » 788.

Nostre, vostre au cas sujet masculin pluriel de l'adjectif possessif, au lieu de nos, vos.

§ 414. — Le pluriel de nostre, vostre, était d'abord

« nostres, vostres » au féminin et au cas régime masculin,

« nostre, vostre » au cas sujet masculin. Ces formes ne se

sont conservées que dans les emplois non proclitiques :

Clédat. il

«ils sont nôtres, ce sont les nôtres. » De très bonne heure, quand ces mots sont proclitiques, on les trouve abrégés en nos, vos (nos hommes, vos paroles); toutefois au cas sujet masculin pluriel on a employé longtemps nostre, vostre :

Chanson de Roland : « Nostre Franceis n'unt talent de fuir. » Traduisez : « Nos Français n'ont pas désir de fuir. » 1255.

Jo inville : « Et sont nostre enfant cousin germain. » Traduisez : <i Et sont nos enfants cousins germains. » 65.

Nos, vos, no, vo, au lieu de nostre, vostre.

§ 415. — Nous savons aussi qu'on trouve une déclinaison spéciale de l'adjectif possessif des deux premières personnes du pluriel, déclinaison dont nous avons expliqué l'origine § 147, et dont nous donnons ici le tableau :

Mascidin. Féminin.

Cassuj.: nos, vos /au lieu de nostre, vos-\ ) l au lieu de \

Cas rég.: no, vo \ tre invariables ))no,vo [nostre, vostre)

PLURIEL

Masr.ulin. Féminin.

/^-o,..- . „„ „~ ( au lieu de \ \

Cas si//.: no, vo ( ) 1 , . .

\.nostre, vostre J f /comme dans la\

nn<.„>n . ™* ,n- /comme dans la\ [nos'VOb l décl. ordin. ) Casreg.: nos, vos I .. , ,. ) 1 v '

\ décl. ordin. / J

Voici un passage de la Chanson d'Aliscans, où l'on voit mélangées les formes de cette déclinaison et celles de la déclinaison dérivée directement du latin :

« Niés Vivien, dist Guillaumes li frans, Mar fu vos cors ke tant par ert vailJans, Vostre proece et vostre hardemeus, Et vo biauté ke si ert avenans. n

Traduisez : « Neveu Vivien, dit Guillaume le franc, malheureux fut (joua de malheur) votre corps qui était si \-aillant. votre proues=e et votre hardiesse, et votre beauté qui était si avenante. » 728.

Ma, ta, sa devant un nom commençant par une voyelle*

§ 416. — Nous remplaçons aujourd'hui l'adjectif possessif « ma. ta, sa » parla forme masculine « mon, ton, son » devant les mots féminins commençant par une voyelle : « mon épée, mon amie, mon âme. » L'ancienne langue disait : « m espée, m amie (forme que nous avons conservée, mais que nous écrivons ma mie par confusion), m' anme, etc. »

Le mien, le tien, etc., employés comme adjectifs.

§ 417. — Mien, tien, sien, notre, votre, leur, précédés de l'article, sont aujourd'hui exclusivement pronoms; l'ancienne langue les employait aussi comme adjectifs, et disait « le mien frère » aussi bien que « mon frère ». Ces adjectifs possessifs pouvaient être précédés non seulement de l'article défini, mais de l'article un, d'un adjectif indéfini, ou d'un adjectif démonstratif : ce mien fils, un leur ami. Nous disons encore « un mien ami, un sien ami », mais nous ne dirions plus « un nôtre ami, un leur ami. »

Chanson de Roland : « Rollanz cist miens fillastre. » Mot à mot : « Roland ce mien beau-fils. » 743.

Ibidem : « Si recevrat la nostre lei plus salve. » Mot à mot : « Il recevra la nôtre loi plus salutaire. » 189.

§ 418. — Les féminins meie, teie (et tue),seie (et sue) que nous avons remplacés par mienne, tienne, sienne, avaient les mêmes emplois que les masculins correspondants.

Chanson de Roland : « Ceste meie grant ire. » C'est-àdire : « Cette mienne grande colère. » 301.

Emplois exceptionnels de différentes formes de l'adjectif possessif.

§ 419. — On trouve quelques rares exemples de meie (mienne) employé devant le nom, au lieu de ma, sans aucun article ni déterminatif, et de son au lieu de sien, nos au lieu de noslre, après un déterminatif.

Chanson de Roland : « De meie part. » Mot à mot : « De mienne part », c'est-à-dire : « de ma part. »

Ibidem : « Ci vos enveiet un sun noble baron. » Mot à mot : « Ici il vous envoie un son noble baron », c'est-àdire : « un sien noble baron. » 421.

Ibidem : « Tu n'ies mie des noz. » Traduisez : « Tu n'es point des nôtres. » 2286.

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