SUFFIXES FRANÇAIS
EXEMPLES
ier.
er (anciennement fer)'.
aire.
âtre.
ade (origine étrangère).
âge.
atigue (savant).
aison.
ution (savant).
eur (anciennement eor).
ateur (savant).
at (savant).
ure (anciennement eùre, comparez plus bas le suffixe latin uram).
nture (savant).
elle.
eou (anciennement el).
ois, ais.
ier.
ère (savant).
ième.
csime (savant).
ie.
ible.
chevalier, pommier, étranger, rocher.
contraire, imaginaire.
marâtre, rouged7re.
armée, échappée, croisée croisade, escapade,
\oyage, passage. Viatique, aquatique.
comparaison, fondation.
empereur, semeur, accusateur, adorateur.
duché, évêché.
consulat, épiscopa*.
blessure, brûlure.
ligature'.
nouvelle, chapelle.
nouveau, chapeau.
Danois, Anglais.
moùt/er, monastère.
trentième, millésime.
folie, félonie, calomnie.
péni6/e, visiô/e.
SUFFIIES LATINS.
SCFFIXES FRANÇAIS.
EXEMPLES
icium.
is.
fouillis, hachis.
ice (savant).
artifice, factice.
iculam.
Me, eille.
icule (savant).
cheni//e, chexille, oreille, canicule, édicule.
! icum (voyei aticum plus haut).
te, ique (savants).
che, i semi-voyelle.
public, portique, laïque.
porche, lai.
' îdum.
ide (savant).
de.
rapide, liquide, maussade, raù/e.
' îlem.
ile (savant).
le.
fragi/e, utile.
frè/e, meub/e.
ilem.
avril, genti/, civtV.
inum.
in.
mouli», marin.
itiam.
esse (anciennement ece).
ise.
paresse, justesse, sottise, convoitise.
ice.
justice, notice.
'ittum (ittum, ottum).
et.
ot.
baquet, pauvret*, bachot, cuissot.
ivum.
if-
naïf, maladt/.
méntum.
ment.
garnement, ornement.
ôlam.
euie.
oie (savant ou étranger).
mieule, camiso/e, foliote.
ôlum.
eul.
ol.
épagwul, filleu/.
Espagnol.
ônem.
on.
oison, bâton.
ôrem.
eur.
chaleur, faveur.
1 ôriam.
oire.
histoire, mémoire.
SUFFIXES LATITIS.
SUFFIXES FRANCAJS.
EXEMPLES
ôrium.
itir.
oire.
arrosoir, comptoir, méritoire, auditoire.
ôsum.
eux.
glorieux, heureux.
tâtem.
té.
vérité, bonté.
tiônem.
y son, çon.
lion (savant).
poison, façon, leçon.
potion, (action, afflic/ion.
ùculam.
ouille.
citrouille, grenou///e.
ùculum.
ou (anciennement ouil).
verrou, genou (* genuculum).
lûdinera et itûdinem.
urne, lume.
ude, itude (savants).
coutume, amertume, inquiétude, amplï/urfe.
ûram.
ure (voyez atwam plus haut).
ceinture, mesure.
§ 11 bis. — A ces suffixes d'origine latine il faut ajouter deux suffixes d'origine germanique qui ont une grande importance : ard (germanique hart) de vieillard, bavard, etc., et aut ou aud, anciennement ald (germanique wald), de levraut, crapaud, etc.
Remarque. — Plusieurs suffixes peuvent être agglutinés : chapelet comprend el et et. Dans menterie, on retrouve le suffixe eur de menteur suivi de ie; oisillon se rattache à oisel, où on a déjà le suffixe el. Nous avons d'ailleurs fait entrer dans le tableau plusieurs suffixes ainsi composés.
II. — Règles générales de transformation des mots latins en mots français ou lois générales de la phonétique.
Accent tonique et accent secondaire. — Place de l'accent tonique en latin et en finançais.
§ 12. — La transformation des mots latins en mots français populaires dépend surtout de la place de Y accent tonique. Dans tous les mots de toutes les langues, il y a toujours une syllabe sur laquelle la prononciation appuie. Cette insistance de la voix sur une syllabe, plutôt que sur îes autres, est ce qu'on nomme X accent tonique ou Y accent proprement dit, et la syllabe qui reçoit cet accent est dite ion'' que ou accentuée*. Ainsi dans le mot français « ornement » Y accent est sur la dernière syllabe : ment. Les autres syllabes, par opposition, sont dites atones. Mais parmi ces dernières il faut remarquer la première du mot, qui reçoit en quelque sorte un accent secondaire. Ainsi dans le mot fourniture, les syllabes qu'on entend le mieux sont la première four et la tonique tu.
§ 13. — En français, l'accent tonique est sur l'avantdernière syllabe quand la voyelle de la dernière est un e muet, et sur la dernière dans tous les autres cas. En latin, l'accent n'était jamais sur la dernière syllabe; mais il affectait tantôt l'avant-dernière, tantôt celle qui précédait lavant-dernière 2. Nous marquerons la place de l'accent dans les mots latins par un accent aigu au-dessus de la voyelle tonique.
1. On voit que le mot accent est pris ici dans un sens tout différent de celui qu'où lui donne lorsqu'il désigne un signe conventionnel placé sur certaines voyelles pour en préciser la prononciation (accent aigu, grave, circonflexe).
2. Il anectait l'avant-dernière ou pénultième quand elle était longue, et l'aDtépénultième quand la pénultième était brève.
Loi de la chute des atones. — Exceptions.
§ 14. — En règle générale les mots latins qui sont deve- 'nus français n'ont conservé que deux syllabes, la première et la syllabe tonique, et celle-ci est demeurée tonique en français. Ainsi vindicâre avait quatre syllabes : venger n'en a que deux, l'une ven, qui représente la première syllabe du mot latin, vin, l'autre qui représente la syllabe tonique ca avec adjonction de la consonne suivante. Quant au changement de 1'* de vin en e, du c de ca en g, de l'a ene, ce sont des phénomènes très réguliers, dont on trouvera l'explication dans la phonétique.
De même que vindicâre a donné venger, capitale a donné cheptel (dont le doublet savant est capital) ; adjutatis, aidez ',manducàreymanger; dormitôrium, dortoir, etc. Dans tous ces mots français l'accent tonique est sur la syllabe qui correspond à la syllabe tonique latine.
§ 15. — Les voyelles atones des syllabes non initiales, c'est-à-dire autres que la première, ont disparu complètement, excepté dans quatre cas principaux :
1° Les a latins atones des syllabes non initiales sont toujours représentés dans les mots français par des e muets. Ainsi ornwnéntun a donné ornement, fdba : fève. Pour bien comprendre la différence qui existe, à ce point de vue, entre l'a atone qui se conserve toujours sous forme d'e muet, et les autres voyelles atones qui disparaissent (sauf dans les exceptions ci-dessous), il suffit de comparer : * can&bisium qui donne chénevts, à sanitâtem qui donne santé; port qui vient de portxun, à porte qui vient de portant.
2° Les atones quelles qu'elles soient (et non pas seulement l'a) se conservent aussi par exception quand elles sont suivies de deux ou plusieurs consonnes ou d'une con-
sonne mouillée (mouillée par un i suivi d'une voyelle). Ainsi: * juvencéllum donne jouvenceau, guadriliônem, carillon; traditiônem, trahison (dont le doublet savant est tradition); * campiniônem, champignon ; * acutiâre, aiguiser, etc.
3° Certains groupes de consonnes ne peuvent se prononcer sans le secours d'un e muet. En conséquence lorsqu'une atone latine quelconque se trouve au milieu d'un groupe de ce genre (ou après le groupe, suivant les cas), elle est remplacée, dans le mot français correspondant, par un emuet, qu'on appelle voyelle de soutien ou d'appui. Ainsi peregrinum a donné pèlerin avec un e muet au milieu du mot, à cause du groupe de consonnes r gr du mot latin. De même librum a donné livre, fébrem, fièvre, etc.
Cette voyelle de soutien a persisté, même lorsque le groupe de consonnes qui l'a produite a cessé d'exister par suite de la chute d'une des consonnes. Ainsi Ve qui termine le mot père s'explique par le groupe tr qui se trouvait dans le mot latin patron. La chute du t qui précédait Yr a laissé intact Ye atone de soutien, tout en lui enlevant sa raison d'être.
4° La dernière voyelle des mots latins accentués sur l'antépénultième avait un accent secondaire, et cette voyelle s'est conservée en français sous forme d'e muet : tépidum = tièd<?. Les exceptions sont apparentes -.péril, sans e final, vient de periclum et non de periculum.
§ 16. — On voit que dans la plupart des cas, les atones des syllabes non initiales, quand elles ne tombent pas, sont représentées par des e muets. Quelquefois il s'y joint un i, provenant soit d'un i soit d'un c latin, et la diphtongue ei ainsi formée est aujourd'hui devenue oi: * Dominicéllam a fait dameiselle, puis demoiselle.
§ 17. — Ces différentes règles et exceptions appellent quelques remarques complémentaires.
Remarque I. — Vi et Vu latins atones, lorsqu'ils se trouvent dans les conditions où ils doivent tomber, se maintiennent quelquefois en formant diphtongue avec l'une des voyelles qui doit persister. Ainsi dans dormitôrium, qui a donné dortoir, Vi de la désinence ium a cessé de consli'^er une syllabe, niais il s'est ajouté à Vo tonique pour former la diphtongue oi. Vu de Deum est resté dans Dieu
Remarque II. — Lorsqu'un préfixe entre dans la composition d'un mot. la syllabe qui suit le préfixe doit être considérée comme la première du mot, au point de vue de l'application des règles ci-dessus. Elle persiste à ce titre. Mais le préfixe se conserve aussi. Ainsi dans * démordre, mot latin de quatre syllabes qui commence par le préfixe de, la première syllabe de persiste parce que c'est le préfixe, la deuxième mo se conserve (sous la forme meu, anciennement mou) parce que c'est la première du mot quand on fait abstraction du préfixe. La troisième ra qui est la tonique, persiste à plus forte raison. Enfin l'atone finale e disparaît, parce qu'elle n'est pas dans les conditions où les atones se conservent. De là le mot français demeurer, anciennement demourer. Si de n'était pas un préfixe, le mot français venant de démordre n'aurait que deux syllabes, ce serait : dembrer.
Toutefois, dans un certain nombre de cas, le préfixe a été considéré comme la première syllabe radicale du mot, et la syllabe suivante est tombée (voyez §§ 176 bis, 239, 256).
Remarque III. — 1° Le latin avait, comme toutes les langues, des mots simples et des mots dérivés: amicum était un mot simple, et *amicdbilem un dérivé d'amicum. L'un a donné le français ami, et l'autre amiable. On remarquera dans amiable la conservation de Vi atone, conservation due à ce que cet » était tonique dans le mot simple: amicum, ami. L'influence de la voyelle tonique d'un mot simple peut donc sauver cette même voyelle dans les dérivés où elle est atone.
2° Vu atone de virtuôsum s'est aussi conservé dans « vertueux », sous l'influence de Vu tonique de virtûtem (vertu), ou peut-être simplement parce qu'il faisait hiatus avec la tonique ; car l'hiatus parait avoir préservé les voyelles atones : c'est ainsi que christidnum a donné chrétien, mot qui formait jadis trois syllabes.
Remarque IV. — 1° Par exception Va latin atone est com-
plèlement tombé, au lieu de se conserver sous forme d'e muet, à la 3e personne du subjonctif du verbe avoir (ait = habeal), au singulier des imparfaits (devoit, devait, au lieu de devoiet, devaict = debébat) et dans quelques autres cas. Toutefois il i'aul faire une distinction entre les deux premières personnes de l'imparfait et la troisième. Très anciennement on a devoit sans e muet avant le t; mais aux deux premières personnes on a écrit jusqu'au xvie siècle : je dévoie, tu dévoies.
2° L'e muet résultant d'un groupe de consonnes est aussi tombé dans quelques mots tels que "persil, jadis peresil, latin petfrosélinum.